Les gilets jaunes, Notre-Dame et la renaissance de l’Europe

Les gilets jaunes, Notre-Dame et la renaissance de l’Europe

Après deux mois de publications, il est temps de synthétiser les grandes lignes qui se dégagent de tout ce qu’on a observé et analysé. En ce printemps 2019, la France renaît. Une analyse en quatre actes pour journalpolitique.info

Samedi veillant sur Paris depuis le Sacré-Coeur de Montmartre. .

1. Gilets jaunes : « la France de retour » et la fin de la chape de plomb

Si on a dit que les gilets jaunes étaient héroïques (voir articles), c’est parce que l’immense remue-ménage réformiste et révolutionnaire a été enclenché grâce à eux. Ceux qui sont pacifiquement allés se montrer 23 semaines de suite, tout l’hiver jusqu’au printemps, malgré tous les chapeaux que les infiltrés divers leur ont fait porter.

Les médias mainstream, les intellectuels de plateaux, les politiques : leur pouvoir est devenu intolérable. La société étant atomisée en unités productives autonomes, un tel pouvoir sur la superstructure est vécu comme injuste, sur fond d’égalitarisme. Une constante du discours et le doublement de l’injustice, car la classe dirigeante prône justement l’égalité. Le multiculturalisme comme objectif politique est un échec, dans la mesure où la liberté et la tolérance ne sont partagées qu’au sein de la société cosmopolite, qui laisse à ses périphéries se communautariser par besoin de solidarité, et se rétrécit sous effet de masse.

Il y a donc un régime idéal très élaboré et qui est génial là où il s’applique (en centre-ville) mais qui paraît grandiloquent et fou là où ne s’applique pas. Les gilets jaunes signent la rébellion contre un agenda libéral utopique qui ne s’applique que dans ces zones aéroportisées des métropoles, humains urbains entourés de classes productives, quant à elles peu à peu enfoncées dans le salariat et le précariat atomisés, perdues quant à leur communauté de destin à qui se référer. D’où le regain nationaliste à gauche comme à droite. Comme le rappellent les intellectuels, on s’interrogeait beaucoup moins sur l’identité nationale, qui allait de soi dans une tranquillité latine tout à fait brillante et productive. C’est la remise en question frontale et vindicative qui a relancé le patriotisme du XXIe siècle.

Désormais le peuple se sentant menacé dans ce qu’il est. Emmanuel Macron ne s’y trompe pas en parlant de refondation nationale et européenne. On en est bien là grâce à l’alignement des étoiles et le long chemin de croix des gilets jaunes pacifiques.

Nous remercions le gilet jaune pour avoir réveillé la conscience historique populaire, et ce malgré les manipulations dantesques qui leur ont été opposées (et malgré la médiocrité d’une partie du mouvement elle-même). La preuve étant qu’une majorité du peuple, c’est-à-dire une majorité de Français, a soutenu le mouvement depuis le mois de novembre. En Italie, on me disait cet hiver en commentant les scènes de l’insurrection sur la Rai : « La Francia è di ritorno », la France est de retour.

La mobilisation du cyberespace par les gilets jaunes a mis fin à la chape de plomb : ils ont gagné

Le retour de l’esprit païen, héroïque, solidaire, populaire. Le populisme devient une fierté (dont une bonne moitié des dirigeants ne s’est d’ailleurs jamais cachée), les sites conspirationnistes se multiplient sur fond de dialogue inter-religieux houleux mais positif, le militantisme révolutionnaire est plus vif que jamais dans toutes les factions et associations de France. Bref, la chape de plomb a sauté, c’est un moment crucial de la démocratie de ce siècle. Le grand débat a légitimé toute discussion de ce thème, nous avons ouvert le portail pour diffuser des connaissances.

Retour du conflit vertical et de la fronde populaire.

2. Échec du multiculturalisme hors-sol : retour aux symboles

Ce terrain de jeu pour élites globales, les quartiers multiculturels branchés et les grandes institutions, concerne surtout les métropoles (Paris, Lyon, Marseille, Nantes, Strasbourg). On reproche à l’arrière pays, en quelque sorte, de ne pas entre de plein pied dans la béatitude libertaire, orientaliste et cosmopolite. Il n’est donc pas étonnant que le discours multiculturaliste montre ses contradictions, lorsqu’un panel de citoyens français se réjouit en chœur quand Notre-Dame brûle. C’est bien la preuve qu’on ne rend pas chacun interchangeable dans ses valeurs, symboles et réactions, mais que chacun veut rester attaché à ce qu’il est. Mettons donc fin à l’orthodoxie du métissage anti-peuples et à la mauvaise utilisation de la nationalité.

Le rejet de la société cosmopolite et libérale par ces mêmes populations montre que sa juridiction vacille, et que tout le système national est à repenser. Le discours multiculturaliste est contrarié parce qu’on se rend compte que le régime universel, est en fait un particularisme européen. Eh oui, le drapeau de l’Union Européenne symbolise bien les douze étoiles de Marie. Il faut revoir les fondements. Et ce particularisme fondamental, il est localisé, là, sous vos yeux.

Il est en train d’être purgé par un feu venu d’on ne sait où.

Quand des citoyens français se réjouissent du brasier sur l’un des plus hauts-lieux de la chrétienté catholique, protestante, mais aussi orthodoxe et des églises d’Orient, d’Asie et d’Afrique, en plus d’être un symbole de Paris, du peuples français voire l’humanité en général, quand ceux qu’on attendrait comme représentants actuels de l’humanisme européen réel évoquent les préoccupations mondiales pour la grande église comme « un délire de petits blancs« , je crois qu’il est temps de mettre les choses au clair.

3. Réalisme : une stratégie au concret

Cela signifie que chacun se demande comment trouver la paix civile partant d’un niveau de haine ahurissant de part et d’autre, sans utiliser les faux-arguments mis à disposition. Il faut plutôt parler de politique et de géopolitique au concret (relire par exemple la stratégie carolingienne et le grand échiquier) et comprendre ce que ça implique pour la société française. Après la refonte du projet national, il sera envisageable de recentrer la place de la France dans l’Union Européenne qui doit être maintenue et réorientée.

Nos amis orthodoxes venaient de plus en plus nombreux et nombreuses à Notre-Dame de Paris, prier la couronne d’épines rapportée par Saint-Louis à Paris en 1249.

Images KTO France

Pardonnons à ceux qui se félicitaient du feu et oublions cette fable selon laquelle nous sommes l’Autre. Qui sommes-nous au fond ? L’histoire de l’Europe, et bien sûr celle de la France, est si longue et mérite d’être défendue. Se fondre dans la nouvelle orthodoxie diversitaire n’implique pas l’oblitération de soi mais le souvenir de soi et des vies antérieures, et d’être en paix avec cela. Le devise nationale du Québec est : Je me souviens. Souvenons-nous avant de penser à ce « nouveau monde » golémique.

Encore une fois, les populations hors société cosmopolite ont bien compris, se souviennent et perpétuent à juste titre leurs traditions menacées d’interchangeabilité. L’erreur est de penser que l’Europe est une terre friche qu’on doit livrer. Cette idée de changer la France, terre sainte et douce, en une banlieue du village global interchangeable, devient ignominieuse quand c’est volontairement professé par ceux qui souhaitent abolir toute tradition, défendant l’autre, qui compte au contraire ne pas se diluer dans l’Occident perçu comme décadent. C’est le réflexe de fin d’Empire, du déclin (voir les controverses à partir de la brillante analyse Le déclin de l’Occident de Spengler).

D’autres militants, confondant tous les déclins (civilisationnel, climatique, apocalyptique, messianique), les jugeant inévitables, pensent que toute action est vouée à l’échec et s’en tiennent à leur autogestion atomisée. Penser que tout est fini et ne plus vouloir participer aux affaires du pays, se voir comme identité modifiable à tout moment et démissionnaire du champ politique : « Circulez, il n’y a rien à voir, et d’ailleurs occupez-vous plutôt de votre compost et de vos impôts.« 

« Quel golem vais-je vous envoyer aujourd’hui… tiens, je vais essayer le populisme. »

On en vient au cœur du sujet : Macron souhaite prendre la tête du village global progressiste et rendre à la France sa fonction prophétique moteur quitte à doubler les populistes.

4. Renaissance de l’Europe : le all-in impérial d’Emmanuel Macron

Discours du 11 novembre 2018.

La remise de la France au premier plan pour porter le libéralisme messianique en Europe, 200 ans après Napoléon qui en avait été un grand champion, est une question récurrente dans la campagne de Macron et dans les deux premières années de sa présidence. « Champion de la terre« , chef du multiculturalisme et du multilatéralisme, chef de l’OCDE : Macron développe ce thème dans le discours historique du 11 novembre 2018, qui en est un élément central. Cependant vite désavoué par le mouvement social :

Figure de Marianne au sous-sol de l’Arc de Triomphe

Après avoir pris la mesure du problème immense de cohésion sociale avec Gérard Collomb et la crise de la Méditerranée à gérer avec les Italiens excédés, le rapport sur la Seine St-Denis, le PR a voulu mettre en place la reconquête républicaine, l’éducation massive, le Service national universel ou encore la tentative d’organiser l’islam de France. Ses marges de manœuvres existent aussi en Europe avec Frontex et Schengen, mais il y a énormément à faire.

Étant donné que le sort de l’Europe réalignée sur le front sino-américain se joue avec le Brexit et ce qui suivra, un grand coup de feu juste avant son discours-réponse fuité progressivement dans la presse permet une légitimation politique très forte symboliquement. Cet une image que le monde a vue, qui restera évidemment dans les archives planétaires jusqu’à l’oblivion.

D’où la tentative de Macron de faire de cet épisode le début d’une grande refondation et sauver sa présidence et ses chances de conquête du pouvoir européen. L’incendie s’ordonne à cette logique, à celles des américains qui y voient un 11 septembre ou des Turcs ou Iraniens qui disent que l’on sème ce que l’on récolte.

Je peux apprécier l’idéologie de la société cosmopolitique, Kant, les lumières ou d’autres libéraux. La raison-monde est fascinante.

Cependant je ne l’érigerai pas en norme au vu du contexte géopolitique mondial actuel et surtout au vu des tensions en France. Ce n’est pas le moment d’enfoncer le clou. On voit bien que la France préfère Marie à Marianne comme le suggère le lyonnais Bernard Pivot.

Comme après 1815, et après 1870, le protectionnisme revient. Comme dans les années 1930. Après la digestion générationnelle de la révolution culturelle de 1968, un cycle conservateur s’ouvrira dans un contexte de France archipel mondialisé. Sans réalisme, ce serait un prophétisme aveugle pour tout libéral sérieux (par exemple nos gouvernants très conscients) Il faut sortir du passé unique qui commence en 1945 ou en 1789.

Jeanne d’Arc, détail

C’est le feu sur la vieille Europe et la chrétienté, personne ne s’y trompe et y trouve ses propres implications. Ça n’implique pas de crier, de prendre les armes, de détester, de tout casser. Non. Simplement le meilleur prétexte pour ouvrir une analyse sur ce que nous allons faire : réhabiliter l’âme de la France, son rôle unique et déminer cette montée aux enchères identitaire organisée. En nous inspirant des anciens et en pensant à ceux qui nous succéderont. Aujourd’hui il faut revenir aux sources.

Révolte de 1848 à Paris

Revenons à Emmanuel Macron. Il est dans une toute autre logique, qui peut paraître plus simple : remplaçons symboliquement la vieille chrétienté gothique, qu’on veut effacer. Ces travaux de reconstruction règlent le problème qui se pose en France, cette saleté chauvine et raciste qui ne veut pas bouger d’un iota. On devrait être comme Trudeau, un vaste territoire à peupler massivement et donc multiculturel par vocation. Inscrivons-nous dans ce gigantesque kaléidoscope humain réparti sur un immense espace à remplir.

Organisons un peu les flux et les stocks de tout ce beau monde.

Or la France est historique, et elle n’est pas vaste, ni à peupler ni à vendre. On ne doit pas l’axer à tout prix sur l’économie monde productive et la dépecer.

Elle doit impérativement renforcer la cohésion du peuple actuel avant d’en ajouter, faute de quoi elle ne peut avancer qu’en se trahissant de plus en plus. Le peuple historique se sent vraiment dérouté par tant d’épreuves.

L’avez-vous vraiment compris, roi républicain ? (ici les gardes sont un poil plus endormis)

Peu importe se dit Macron, les Lumières triompheront et elles doivent s’incarner à Paris. Donc faisons-lui comprendre à tout ce peuple que son temps est terminé, que mon calcul lui est mondial. Qu’on ouvre une bonne fois pour toutes l’ère universelle. Allons vers un produit du mondialisme et du rayonnement, laissez-moi employer mes réseaux : un concours international. Les compagnons du devoir n’ont qu’à bien se tenir. Pour tous ceux qui se sentaient encore ce boulet de l’histoire au pied : ne vous inquiétez pas, hommes nouveaux, c’est désormais brûlé !

« Nous avons une stratégie pour l’Europe. » Macron n’est pas seul

Le résultat pourra remettre la France dans une position messianique au niveau mondial, régénérer le cœur d’Europe espère Macron. En un sens, son programme de Renaissance européenne, Nathalie Loiseau, le cap qui attend cette Union Européenne : tout cela méritait bien un grand feu symbolique. L’alignement des étoiles évoqué dans nos colonnes s’affirme, que le feu soit accidentel ou pas.

Pour notre part, considérons que les responsables politiques ont bien cette logique de puissance en tête lorsqu’ils calculent à propos de la Turquie, de la Chine, de l’Arabie Saoudite ou d’Israël. Ils savent bien que la France est en tête de conflit, que son sol est en voie de mondialisation avancée, que les négociations et les alliances sont versatiles et troubles.

N’oublions pas qu’ils veillent au grain et front preuve de réalisme non-utopique (ici à Helsinki en Finlande)

Or, nous citoyens informés considérons que la terre de France ne doit pas devenir le champ de bataille de conflits globaux de plus en plus risqués. Le poursuite du séparatisme braque chacun sur son identité et lobotomise de leur passé les autres pour les maintenir en docilité. La situation actuelle nécessite une clarification informationnelle, c’est-à-dire un élargissement du débat et de ce qui est discuté. Crever l’abcès est préférable au maintien de la chape de plomb qui nuit à tous les partis, c’est le mérite que nous trouvons à Macron avec le grand débat (lire ici).

Que voyez-vous dans le télescope ?

Maintenant que la France s’est réveillée, que les longs processus initiés en 1945 et en 1968 ont connu leur digestion générationnelle, il est temps de penser et d’agir au même niveau que nos gouvernants (voir ce qu’en dit Chateaubriand). Sous le mouvement générationnel, un nouveau régime va s’imposer progressivement. Son orientation sera indéfectiblement liée à l’histoire :

Saint-Louis rapporte la relique au peuple de Notre-Dame (domaine public)

Rester dans l’analyse mainstream de marché n’a pas d’intérêt pour nous, d’où le vocabulaire et les oppositions que nous développons sur journalpolitique.info. Il faut regarder le temps long de la politique et le temps court de la révolution à faire à partir de la brèche des gilets jaunes.

A votre service,

Sur journalpolitique.info

Marché du travail et automatisation : l’ambiance du forum de Davos

Marché du travail et automatisation : l’ambiance du forum de Davos

Pour déminer le débat actuel, il est nécessaire de s’intéresser au marché mondial du travail, qui change à vue d’œil au fil du développement de l’intelligence artificielle et des robots. Cette configuration mondiale du capital travail permet de comprendre les dynamiques de l’emploi, des formations, des stratégies industrielles et des migrations économiques. D’où le fait que les décisionnaires planétaires réunis à Davos en Suisse pour le Forum Economique Mondial (janvier 2019) soient observés de près. Kevin Roose, New York Times du 25 janvier 2019, relayé sur journalpolitique.info

Cette année, le Forum économique mondial de Davos, en Suisse, où les positions publiques des chefs d’entreprise sur l’impact de l’automatisation sur les travailleurs ne correspondaient pas aux opinions qu’ils partageaient en privé. Laurent Gillieron/EPA, via Shutterstock

DAVOS, Suisse – Ils ne l’admettront jamais en public, mais beaucoup de vos patrons veulent des machines pour vous remplacer dès que possible.

Je le sais parce que, depuis une semaine, je me suis mêlé à des dirigeants d’entreprises lors de la réunion annuelle du Forum économique mondial à Davos. Et j’ai remarqué que leurs réponses aux questions sur l’automatisation dépendent beaucoup de qui écoute.

En public, de nombreux cadres se tordent les mains sur les conséquences négatives que l’intelligence artificielle et l’automatisation pourraient avoir pour les travailleurs. Ils participent à des tables rondes sur la construction d’une « I.A. centrée sur l’homme » pour la « Quatrième Révolution industrielle » – Davos parle pour l’adoption par les entreprises de l’apprentissage machine et d’autres technologies avancées – et parlent de la nécessité de fournir un filet de sécurité aux personnes qui perdent leur emploi en raison de l’automatisation.

Mais dans un cadre privé, y compris lors de réunions avec les dirigeants des nombreuses sociétés de conseil et de technologie dont les vitrines animés bordent la Promenade de Davos, ces dirigeants racontent une autre histoire : Ils se précipitent pour automatiser leurs propres forces de travail afin de garder une longueur d’avance sur la concurrence, sans se soucier de l’impact sur les travailleurs.

Partout dans le monde, les dirigeants dépensent des milliards de dollars pour transformer leurs activités en opérations allégées, numérisées et hautement automatisées. Ils ont soif de marges bénéficiaires élevées que l’automatisation peut leur procurer, et ils voient l’I.A. comme un ticket en or pour réaliser des économies, probablement en leur permettant de réduire le nombre de services de milliers de travailleurs à quelques dizaines à peine.

« Les gens cherchent à atteindre de très gros chiffres », a déclaré Mohit Joshi, le président d’Infosys, une société de technologie et de conseil qui aide d’autres entreprises à automatiser leurs opérations. « Auparavant, ils avaient des objectifs supplémentaires de 5 à 10 pour cent de réduction de leur main-d’œuvre. Maintenant, ils disent : “Pourquoi ne pouvons-nous pas le faire avec 1 % des gens que nous avons ?” »

Peu de cadres américains admettront vouloir se débarrasser des travailleurs humains, un tabou dans l’ère de l’inégalité d’aujourd’hui. Ils ont donc dressé une longue liste de mots à la mode et d’euphémismes pour masquer leurs intentions. Les travailleurs ne sont pas remplacés par des machines, ils sont « libérés » de tâches pénibles et répétitives. Les entreprises ne licencient pas des travailleurs, elles « subissent une transformation numérique ».

Une enquête réalisée en 2017 par Deloitte a révélé que 53 % des entreprises avaient déjà commencé à utiliser des machines pour effectuer des tâches auparavant effectuées par des humains. On s’attend à ce que ce chiffre grimpe à 72 % d’ici l’an prochain.

L’obsession de l’élite entrepreneuriale pour l’I.A. a été lucrative pour les entreprises spécialisées dans « l’automatisation des processus robotiques », ou R.P.A. [R.P.A.: Robotic Process Automation NdT]. Infosys, qui est basée en Inde, a enregistré une augmentation de 33 % de ses revenus sur un an dans sa division numérique. L’unité « solutions cognitives » d’IBM, qui utilise l’I.A. pour aider les entreprises à accroître leur efficacité, est devenue la deuxième activité de l’entreprise, affichant 5,5 milliards $ en revenus au dernier trimestre. La banque d’investissement UBS prévoit que l’industrie de l’intelligence artificielle pourrait valoir jusqu’à 180 milliards de dollars l’année prochaine.

Kai-Fu Lee, l’auteur de « AI Superpowers » et un cadre en technologie depuis longtemps, prévoit que l’intelligence artificielle va éliminer 40 % des emplois dans le monde en 15 ans. Dans une entrevue, il a déclaré que les chefs de la direction subissaient d’énormes pressions de la part des actionnaires et des conseils d’administration pour maximiser les profits à court terme, et que le passage rapide à l’automatisation en était le résultat inévitable.

Les bureaux du fabricant d’électronique taïwanais Foxconn de Milwaukee, dont le président a déclaré qu’il prévoyait de remplacer 80 % des travailleurs de l’entreprise par des robots dans cinq à dix ans. Lauren Justice pour le New York Times

« Ils disent toujours que c’est davantage que le cours de l’action », dit-il. « Mais à la fin, si tu merdes, tu te fais virer. »

D’autres experts ont prédit que l’I.A. créera plus de nouveaux emplois qu’elle n’en détruira, et que les pertes d’emplois causées par l’automatisation ne seront probablement pas catastrophiques. Ils soulignent qu’une certaine automatisation aide les travailleurs en améliorant leur productivité et en les libérant pour leur permettre de se concentrer sur des tâches créatives plutôt que routinières.

Mais à une époque de troubles politiques et de mouvements anti-élites de la gauche progressiste et de la droite nationaliste, il n’est probablement pas surprenant que toute cette automatisation se fasse discrètement, hors de la vue du public. À Davos cette semaine, plusieurs cadres supérieurs ont refusé de dire combien d’argent ils avaient économisé en automatisant des tâches auparavant effectuées par des humains. Et personne n’était prêt à dire publiquement que le remplacement des travailleurs humains est leur but ultime.

« C’est la grande dichotomie », a déclaré Ben Pring, directeur du Centre pour l’avenir du travail chez Cognizant, une société de services technologiques. « D’un côté », dit-il, « les dirigeants soucieux du profit veulent absolument automatiser autant que possible. »

« D’un autre côté », a-t-il ajouté, « ils font face à un retour de bâton dans la société civile. »

Pour avoir une vision sans fard de la façon dont certains dirigeants américains parlent de l’automatisation en privé, il faut écouter leurs homologues en Asie, qui souvent ne font aucune tentative pour cacher leurs objectifs. Terry Gou, président du fabricant taïwanais d’électronique Foxconn, a déclaré que l’entreprise prévoit de remplacer 80 % de ses employés par des robots au cours des cinq à dix prochaines années. Richard Liu, le fondateur de la société chinoise de commerce électronique JD.com, a déclaré lors d’une conférence d’affaires l’an dernier : « J’espère que mon entreprise sera un jour entièrement automatisée. »

L’un des arguments couramment avancés par les cadres supérieurs est que les travailleurs dont les emplois sont éliminés par l’automatisation peuvent être « requalifiés » pour occuper d’autres emplois dans une organisation. Ils donnent des exemples comme Accenture, qui a prétendu en 2017 avoir remplacé 17 000 emplois de back-office [Le back-office (service d’appui, ou post-marché, selon la terminologie officielle française, ou encore arrière-guichet selon l’Office québécois de la langue française) est l’ensemble des activités de supports, de contrôle, d’administration d’une entreprise NdT] sans licenciement par la formation d’employés pour travailler autre part dans l’entreprise. Dans une lettre adressée aux actionnaires l’an dernier, Jeff Bezos, directeur général d’Amazon, a déclaré que plus de 16 000 magasiniers d’Amazon avaient reçu une formation dans des domaines très en demande comme les soins infirmiers et la mécanique aéronautique, l’entreprise couvrant 95 % de leurs dépenses.

Mais ces programmes peuvent être l’exception qui confirme la règle. Il y a beaucoup d’histoires de recyclage réussi – les optimistes citent souvent un programme au Kentucky qui a formé un petit groupe d’anciens mineurs de charbon à devenir programmeurs informatiques – mais il y a peu de preuves que cela fonctionne à grande échelle. Un rapport du Forum économique mondial de ce mois-ci estime que sur les 1,37 million de travailleurs qui devraient être complètement remplacés par l’automatisation au cours de la prochaine décennie, seulement un sur quatre pourra être requalifié avec profit dans les rangs du secteur privé. Les autres devront probablement se débrouiller seuls ou compter sur l’aide du gouvernement.

A Davos, les cadres tendent à parler de l’automatisation comme d’un phénomène naturel sur lequel ils n’ont aucun contrôle, comme les ouragans ou les vagues de chaleur. Ils affirment que s’ils n’automatisent pas le travail le plus rapidement possible, leurs concurrents le feront.

« Ils seront éjectés s’ils ne le font pas », a déclaré Katy George, associée principale de la société d’experts-conseils McKinsey & Company.

L’automatisation du travail est un choix, bien sûr, rendu plus difficile par les exigences des actionnaires, mais c’est toujours un choix. Et même si un certain degré de chômage causé par l’automatisation est inévitable, ces cadres peuvent choisir comment les gains de l’automatisation et de l’I.A. sont répartis, et s’ils doivent donner aux travailleurs les bénéfices supplémentaires qu’ils en tirent, ou les amasser pour eux et leurs actionnaires.

Les choix faits par l’élite de Davos – et la pression qu’elle subit pour agir dans l’intérêt des travailleurs plutôt que dans le leur – détermineront si l’I.A. est utilisée comme un outil pour augmenter la productivité ou pour infliger de la souffrance.

« Le choix n’est pas entre l’automatisation et la non-automatisation », a déclaré Erik Brynjolfsson, directeur de l’Initiative sur l’économie numérique du MIT. « C’est entre utiliser la technologie d’une manière qui crée une prospérité partagée ou plus de concentration des richesses. »

Kevin Roose est chroniqueur pour Business Day et rédacteur général pour le New York Times Magazine. Sa chronique « The Shift » examine l’intersection de la technologie, des affaires et de la culture.

Source : The New York Times, Kevin Roose, 25-01-2019

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

Relayé pour journalpolitique.info

Europe : afficher les vraies couleurs de l’Union (tribune)

Europe : afficher les vraies couleurs de l’Union (tribune)

Pour les élections européennes qui approchent, Journalpolitique.info relaye cette tribune de deux europhiles italiens, Romano Prodi et Stefano Micossi. Ils militent pour brandir fièrement le drapeau de l’Union, qui bien qu’imparfaite demeure absolument nécessaire pour les peuples européens. A lire en anglais ci-dessous.

Romano Prodi est l’ancien président de la Commission européenne et deux fois premier ministre de la République italienne (centre-gauche).

Stefano Micossi est Directeur général d’Assonime, think-tank romain, ancien DG à la Commission européenne


Where in Europe are you most likely to see the European Union flag proudly flying above private homes and buildings? The answer is obvious, if strange: the United Kingdom, by citizens who dread the idea of Brexit. Is it really necessary to lose something that we love – and need – before we really begin to appreciate it?

We believe that, as a sign of our common European identity, EU citizens should, starting on 21 March, proudly display the Union banner. In the face of the challenge posed by nationalists and populists ahead of the European Parliament elections in May, standing up for Europe’s fundamental values has never been more important. Flying the EU flag from our homes and offices can send an undeniable signal that the Union will not be hollowed out by its enemies, within or without.

In an era of growing uncertainty, frustration, and obfuscation of our common destiny, too many Europeans seem oblivious to the long history of dislocation and war that preceded the creation of the EU, and the unprecedented period of peace and prosperity that we have achieved since the 1950s. For 70 years, Europe’s shared institutions have underpinned the common market, the euro, and the vigorous expansion of individual rights under the protection of the European Court of Justice.

Les douze étoiles représentent la solidarité entre ces peuples d’Europe

Moreover, the European welfare-state model is a beacon of civilisation and an example for the entire world. The incorporation of the Charter of Fundamental Rights in the Treaty of Lisbon crowned the construction of an integrated area of 500 million people based on democracy, the rule of law, and the highest affirmation of human dignity. When we travel with our common EU passport, we are recognized and respected worldwide as citizens of a key player in the world order.

These achievements are under threat not only from the Union’s internal opponents but also by the contempt shown for the EU – indeed, for all multilateral institutions – by US President Donald J. Trump’s administration. The institutions that have long underpinned peace, security, and the growth of world trade are, for Trump, enemies to be undermined, which is particularly dangerous given the confrontation between the United States and China. Today, the Sino-American feud is disrupting world trade; tomorrow, it may be world peace.


« The European welfare-state model is a beacon of civilisation »

Romano Prodi et Stefano Micossi

En effet, les politiques sociales européennes sont très performantes pour diminuer la pauvreté (le RSA la fait passer de 22% à 13% par ex) et garantir le développement humain.

There is little doubt that we in Europe will be unable to preserve what we have achieved over the past seven decades if each EU member state strikes out on its own. After all, even the largest EU member, Germany, is a minnow compared to the US and China. Alone, none of us can manage the enormous challenges posed by technology, protectionism, climate change, or international terrorism.

But instead of recognizing that Europe’s strength is its unity, nationalistic and xenophobic forces have gained support across the continent by promising to close our frontiers, dismantle free movement, and reassert our national control over all public policies. The dramatic increase in migration inflows, owing largely to the Syrian Civil War and the near-anarchy prevailing in Libya, have created fertile ground for xenophobes to spread their message of hate. Exploiting the insecurity felt by low-skilled workers and the unemployed, they blame immigrants for all of Europe’s woes. Yet, given Europe’s demography, increasing inflows of skilled migrants are needed to preserve our economies’ dynamism and the sustainability of our health and pension systems.

Yes, Europe’s institutions and policies need deep changes to reconnect with disenchanted citizens. We must show again a capacity to foster growth and investment, to meet the challenges of fast-changing technologies and climate change, and to revitalise our faltering social model. We must show that our common institutions are able and willing to listen to the demands of a frightened public and that we can act together to protect our frontiers and bring greater security to our unstable eastern and southern neighbourhoods.

But there is also an urgent need to mobilize European public opinion around a symbol of our unity and our future projects: and that symbol is the European flag. For this reason, in January one of us launched the idea that starting on 21 March, we display the flag on houses, factories, and offices.

Ancien drapeau du grand projet d’Union paneuropéenne des années 1920

21 March is the first day of spring, and we would like to believe that the coming European elections will herald a new spring for the European project (une Renaissance telle que proposée par Macron en gros ndlr). The date is also the anniversary of the death of Benedict, patron saint of Europe. In one of the darkest hours of the demise of the Roman Empire, Benedict issued a stirring call for tolerance and piety to rebuild a sense of community in the face of nihilism and barbarism.

Let us show our flag to the world, as the symbol of our unity and our dreams, and as a sign of a new beginning in our efforts to preserve and deepen European unity. Or will we recognize what we have only when it is too late?


Une tribune publiée dans New Europe, relayée pour journalpolitique.info

A votre service

Laïcité : Est-ce à la démocratie de s’accommoder de l’islam, ou à l’islam de s’adapter à la démocratie ?

Laïcité : Est-ce à la démocratie de s’accommoder de l’islam, ou à l’islam de s’adapter à la démocratie ?

Nous republions le compte-rendu d’une table ronde qui s’est tenue autour des essayistes Malika Sorel, Mathieu Bôck-Côté, Hakim El Karoui et Shadi Hamid, mi-2018.

Lors des Conversations Tocqueville qui se sont tenues ce week-end dans le château normand de l’auteur de De la Démocratie en Amérique, une table-ronde particulièrement stimulante portait sur le fondamentalisme religieux et le danger sur celui-ci fait peser sur les démocraties libérales. Fondées sur la séparation entre pouvoir politique et pouvoir religieux, l’égalité hommes-femmes et la liberté de conscience, jusqu’où les démocraties doivent-elles accepter l’existence sur leurs sols de mœurs dérogeant à ces valeurs ? En d’autres termes, brûlants, tels qu’on les voit s’exposer régulièrement dans des polémiques médiatiques, : est-ce à la démocratie de s’accommoder de l’islam, ou à l’islam de s’adapter à la démocratie ?

Les deux déminages traditionnels

L’islamologue Gilles Kepel, dans un propos introductif, a retracé la ligne de crête qu’il fallait tenir, entre d’une part une position excusiste qui considère que l’islam n’a rien à voir avec le djihadisme, qu’il ne serait qu’une révolte repeinte en verte, dont les causes sont à chercher dans la marginalisation économique et la ghettoïsation sociale, et une position essentialiste, qui considère que la spécificité de l’islam conduit nécessairement ses fidèles à la violence. « Il faut marcher sur deux jambes », dit l’auteur de Terreur dans l’Hexagone, qui a rappelé que le monde musulman est lui-même très fracturé.

Inversion du devoir d’intégration ?

Le sociologue Mathieu Bock-Côté, farouche défenseur de l’identité québécoise dans le Canada multiculturel, a abordé la question sur l’angle de la diversité. « Il faut reconnaître le droit des sociétés occidentales à la continuité historique », a-t-il martelé, tout en précisant que cela ne signifiait pas la « congélation mentale ». Selon lui, les démocraties occidentales ne peuvent se contenter d’une définition aseptisée de l’identité, fondée uniquement sur les droits de l’homme et le respect des libertés, sans quoi, il n’y aurait plus de différence entre la France, la nouvelle Zélande et le Québec. Elles doivent assumer une dimension plus substantielle, fondée sur une épaisseur historique, des mœurs et un imaginaire spécifiques. Il a fustigé « l’inversion du devoir d’intégration » qui régit désormais la relation entre autochtones et nouveaux arrivants, et acté de la nécessité de « prendre au sérieux la peur de devenir étranger chez soi » qui en est la conséquence.

Un propos dont ne pouvait se sentir plus éloigné Shadi Hamid, universitaire auteur de Islamic Exceptionalism, qui lui vante les mérites du multiculturalisme. D’après lui, il n’existe aucune contradiction entre l’islam et la démocratie, même si l’islam a pour spécificité de résister à la sécularisation et continue à porter une dimension publique, voire politique. « La démocratie, c’est le reflet des préférences publiques, y compris celles qui nous déplaisent en tant qu’Occidentaux. Il nous faut respecter des vues différentes, même celles qui nous paraissent effrayantes. On permet bien aux partis d’extrême droite d’exister. » On doit donc, selon lui, permettre aussi aux islamistes d’exister politiquement. « Si les taux d’immigration continuent, la Suède sera bientôt à 20% de musulmans. Ce n’est pas réaliste de leur demander de se séculariser. On ne peut pas les exclure. Il faut donc trouver un moyen pour les musulmans suédois d’être à la fois suédois et musulmans. On ne peut pas demander aux musulmans occidentaux de choisir entre deux identités. Il n’y a pas d’autre alternative que d’accepter l’islam dans nos démocraties ». Voilà qui fait bondir Malika Sorel, pour qui la « politique du fait accompli » est bien le contraire de la démocratie. Citant Tocqueville : « Le mahométisme est la religion qui a le plus complètement emmêlé les deux puissances, le politique et le religieux » , l’essayiste s’est lancée dans un vibrant plaidoyer pour l’intégration, qui ne peut être selon elle n’être qu’un « choix individuel et affectif », qui ne saurait s’appliquer aux masses.

Auteur d’une stimulante étude sur l’islam de France, l’essayiste Hakim El Karoui a lui rappelé que l’essentialisme en matière d’islam est toujours risqué et prit soin de dissocier les faits des représentations parfois fantasmées : « Quand on interroge les Français, ils disent qu’il y a 20 millions de musulmans. En réalité, ils sont six millions, 8% de la population. On a l’image des musulmans dans les quartiers populaires, avec des casquettes à l’envers et des djellabas. Or, 30% seulement d’entre eux vivent dans les quartiers populaires. Beaucoup ont réussi ! » Citant les chiffres de l’enquête qu’il a menée pour l’Institut Montaigne, il a rappelé que 20% des musulmans français sont en train de sortir de la religion, soit deux fois plus que ceux qui se convertissent. « 30% sont des croyants pratiquants conservateurs. Un dernier quart, avec beaucoup de jeunes, utilise en effet la religion pour manifester une sécession. Mais ne prenons pas la partie pour le tout ! », a-t-il martelé, insistant sur la nécessité de s’appuyer sur les musulmans modérés qui constituent la majorité silencieuse. Il plaide pour un islam français, détaché des influences étrangères et portée par des voix mesurées, et craint que la réduction systématique de l’islam à l’islamisme ne serve les plus radicaux.

Le débat fut courtois, nuancé, exempt de démagogie et de précautions oratoires superflues. Il touchait à l’une des questions les plus brûlantes qui se pose à l’Occident. Les intervenants tentaient de répondre à ce paradoxe, formulé par le philosophe polonais Kolakowki : jusqu’où l’universalisme, qui fait au fond la spécificité de la culture occidentale, de par le double héritage du christianisme et des Lumières, peut-il s’ouvrir à la diversité sans renier ses fondements ? Le philosophe prévenait : « L’universalisme culturel se nie s’il est généreux au point de méconnaître la différence entre l’universalisme et l’exclusivisme, entre la tolérance et l’intolérance il se nie, si, pour ne pas tomber dans la tentation de la barbarie, il donne aux autres le droit d’être barbares. »

Un texte d’Eugénie Bastié, relayé sur Journalpolitique.info via Le Figaro Vox du 10 juin 2018.

Grand débat jeunes à Lyon : vif débat sur la démocratie et le climat

Grand débat jeunes à Lyon : vif débat sur la démocratie et le climat

Par Madeleine, observation du grand débat du 6 mars dans l’amphithéâtre Leclerc de l’Institut d’études politiques de Lyon (avenue Berthelot, Lyon 7).

Seconde partie de mon compte-rendu de ma participation au Grand débat national, lors de cette soirée dédiée aux jeunes en présence notamment de D. Kimelfeld (président de la Métropole de Lyon), F. Vidal (Ministre de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation) et leurs équipes. Pour lire la première partie (mise en contexte : « un exercice laborieux mais foisonnant »), cliquez ici. Nous abordons ici le fond des discussions, qui ont été riches tout au long des deux heures initialement prévues, sur les deux thèmes choisis par le public : la démocratie et la citoyenneté, puis la transition écologique. Le Grand débat a mis en scène le « nouveau monde » et ses contradictions : une jeunesse vive et impliquée, toutefois menacée par le mépris du principe de réalité.

Image Journalpolitique via Sciences po Lyon

Démocratie et citoyenneté : une jeunesse engagée mais désarmée face à la complexité et l’interdépendance des enjeux

L’engagement de la jeunesse envers un renforcement (ou en tout cas une transformation) de la démocratie semble largement reconnu depuis les analyses du vote à la présidentielle et aux législatives de 2017. L’enjeu dépasse le cadre de l’amphi mais celui-ci s’en est fait une illustration forte (le thème a été choisi par 29% des présents). Après une présentation des services publics et de l’enjeu de leur modernisation, les premières interventions interrogent l’abstention des jeunes pour les élections européennes et les moyens de l’éroder, les violences policières dans les manifestations, la réforme des institutions de la Ve République ou encore les concertations pour l’aménagement urbain. Les jeunes semblent unanimes à louer un engagement actif dans la société et une participation franche à la vie démocratique. Les interventions aux solutions toutes faites sont tempérées par certains plus âgés, qui rappellent que la citoyenneté s’appuie de l’information pluraliste et la conscience de n’avoir pas réponse à tout : « même après cinq ans d’études ça reste compliqué de comprendre le système, il faut persévérer » confesse une étudiante en master sous l’œil approbateur de la ministre, docteure en biologie. Un étudiant plus âgé aussi ajoute qu' »essayer de comprendre le système, s’informer, échanger avec ceux qu’on ne comprend pas, c’est déjà une citoyenneté active« . On voit donc le défi à laquelle fait face la jeunesse : une volonté sincère de participer aux affaires du monde, mais deux choix pour y parvenir : le militantisme clé-en-main (voir premier article) et l’humilité intellectuelle de s’insérer dans un système complexe multi-acteurs, dans lequel des milliers d’individus nous ont précédé : la République. En cela, je me suis dit qu’un portail comme journalpolitique.info avait bien saisi cet écart, en préférant l’argumenté et l’écrit pluraliste aux invectives partisanes. Cela montre aussi que la mission d’informer sans simplismes est exigeante, et que le chemin de la participation aux affaires publiques est quant à lui sinueux.

Démocratie et citoyenneté : le sentiment d’une jeunesse fragmentée socialement

Nous avons souligné la relative homogamie de la salle, brillante par l’absence de jeunes des classes populaires, ce qui est compréhensible au vu de l’autocensure. Néanmoins cela montre aussi un désintérêt des « quartiers relégués » pour les affaires publiques. S’en faisant donc le porte-parole tout à tour, une intervenante déplore que les QPV (quartiers politique de la ville) « ne sont jamais écoutés« , là où un autre, plus offensif et le regard agité, décrit une citoyenneté stratifiée, dont les strates inférieures sont relativement exclues. Il n’hésite pas à asséner à l’adresse de tous : « c’est à vous de leur donner une place« . L’intervenant décrit une classe d’âge qui bien qu’elle accède au bac souffrirait d’un manque patent de reconnaissance. Ceci enclenchera une discussion franche avec la ministre, qui déplore l’influence néfaste de groupes profitant de la relégation des « quartiers » pour retourner les habitants contre la République et repousser l’Etat et les services publics. Elle évoque, la voix vibrante, « ces petites filles qui sautent au cou de leurs maîtresses quand elles les retrouvent enfin. La République doit être là pour empêcher la mainmise sur ces populations, qui souffrent ensuite de la mauvaise réputation du quartier à l’embauche ou dans les études« . Liant ainsi problématiques de sécurité publique et de reconquête républicaine à la possibilité d’offrir une égalité des chances réelle à tous, F. Vidal illustre la doctrine que l’on pourrait appeler Collomb-Philippe : face aux inégalités socio-spatiales et à la relégation des périphéries, la république une et indivisible. Cette discussion montre une jeunesse soucieuse de ses pairs, mais intolérante à la rhétorique fondée sur la sécurité publique et la présence de l’État. D. Kimelfeld, attaqué sur la gestion des mineurs non-accompagnés (MNA), assume une « critique moins ardue du gouvernement, car je le porte aussi » et répond qu’en contexte migratoire massif, « nous sommes débordés, y compris les associations et l’éducation nationale« . Se voulant un acteur « en sérieux et en concertation« , il rappelle que la Métropole de Lyon en fait bien plus pour les MNA que les autres collectivités, et que le budget alloué n’a fait qu’augmenter depuis 2017. Pour le président de la Métropole, s’attaquer à la citoyenneté stratifiée décrite passe par une politique ambitieuse et intégrée : « on ne peut pas traiter climat, migrations, démographie, jeunesse et citoyenneté séparément. Solidarités et climat, il faut marcher sur ses deux jambes« .

« Je sais que vous êtes frustrés, mais ce n’est que le début ! » (D. Kimelfeld à propos de la politique environnementale)

Transition écologique : première préoccupation des jeunes. La pollution de l’air à Lyon et le rôle de chacun au cœur des discussions.

Le second thème de la soirée est celui ayant recueilli le plus de suffrage (36%). A grand renfort de chiffres et d’exemples vécus comme la Vallée de l’Arc, l’ensemble des prises de parole insiste sur l’urgence, la nécessité d’agir vite, le grand bouleversement que cela impose. Beaucoup d’interventions pointent la pollution de l’air à Lyon, dont deux étudiantes (l’une d’outre-mer, l’autre africaine) pour qui ça a été le premier choc en débarquant à Lyon. Un débat divise rapidement la salle : aux intervenants pour qui « il ne faut pas attendre tout des politiques comme des enfants » et pour qui chacun doit faire son examen de conscience et contribuer à son échelle, d’autres répondent que « l’urgence de la situation demande une vraie impulsion du monde politique et c’est ce qu’il nous manque« . D. Kimelfed se pose en synthétiseur : il faut avancer ensemble, les politiques sont à l’écoute (« je ne vis pas dans une bulle« ). Pour lui, l’opposition politiques-citoyens n’a aucun sens : il déclare travailler depuis des mois avec « des associations très investies« , avoir lu le manifeste pour le climat, et proposer un Plan climat-air énergie territoriale (une stratégie partenariale désormais obligatoire depuis 2016 pour les intercommunalités de plus de 20 000 habitants) ambitieux à l’échelle de la Métropole. Celui-ci prévoyait notamment de réduire de 20% les émissions de gaz à effet de serre d’ici 2020 : un objectif assez ambitieux ? (lecteurs lyonnais : blog très détaillé à ce sujet). Quant aux marches pour le climat, DK répond « oui, mais quelles propositions concrètes ?« . Enfin, à l’encontre de la décroissance, il affirme, en bon Saint-Simonien, « militer pour une croissance décarbonnée« . Une croissance non-destructrice à même de concilier les impératifs de développement d’une ville dans l’économie-monde (« l’emploi, la métropole attractive, les entreprises« ) à la nécessaire transition des capitalismes vers la préservation de la Nature ?

Transition écologique : pour la ministre, s’appuyer sur la recherche scientifique et prendre en compte le contexte international

Scientifique de formation et de métier elle-même, F. Vidal admet l’urgence réelle du dossier climat. Elle vise implicitement Donald Trump le climatosceptique et affirme vouloir « porter la recherche avec mon ministère » dans le combat du réchauffement climatique. « Je crois que la recherche trouvera des solutions. Il faut se donner les moyens de penser » tempère-t-elle, affirmant vouloir « laisser les scientifiques débattre » et mobiliser la COP21 pour « engager davantage ses signataires et réengager ceux qui se désengagent« , en référence aux États-Unis d’Amérique. Fustigeant la décroissance et rappelant que les pays en développement devaient aussi pouvoir se développer, elle conclura toutefois la soirée d’échanges par une confidence teintée d’inquiétude : « L’enjeu est grave. Quand on aura basculé on n’aura plus qu’à subir« . De quoi conforter la jeunesse dans son combat phare ?


Remerciements à Sciences Po Lyon et à son directeur R. Payre pour ce débat mouvementé, vitrine des questions posées à la jeunesse à laquelle le politique s’est risqué à répondre.

Pour journalpolitique.info, portail d’information politique


Débat national et mise à l’agenda : l’alignement des étoiles ?

Débat national et mise à l’agenda : l’alignement des étoiles ?

Une bonne partie du peuple français et des peuples européens attendent beaucoup de cette année 2019. La crise actuelle montre à quel point les défis sont immenses. Qu’espérer au mieux ? A quelles condition les problèmes et inscriptions à l’agenda politique par le mouvement social et le GDN trouveront-ils un débouché sous forme d’action concrète ?

Les astres ne s’agencent que rarement de cette façon…

C’est une question classique dans la théorie politique américaine, centrée sur la décision comme processus et résultat final. Dans la phase de pré-décision, les forces politiques nomment, blâment, revendiquent, catégorisent. Elles construisent, par ce jeu, le terreau de la décision. Le politiste John Kingdon de l’université du Michigan a travaillé plus particulièrement sur les concepts de fenêtre d’opportunité (policy window) et d’entrepreneur politique (policy entrepreneur) pour comprendre qui contribue et comment à changer les choses.

Dans le modèle de Kingdon (1), une politique donnée (fiscalité, lutte contre le tabac, régulation d’internet, politique agricole, prestations sociales…), elle ne peut évoluer que si l’on est en conjonction de 3 courants distincts, qui réunis peuvent générer le changement concret de l’ordre politique et social :

  • Courant d’identification et de définition des problèmes : mouvement social, revendications, rapports, évaluations, évènements spécifiques.
  • Courant des politiques publiques : la communauté de spécialistes public-privé aux manettes autour de ladite politique.
  • Courant politique : élus, sous l’influence de l’opinion publique, de la presse, des groupes d’intérêts et des sondeurs.

En définitive, la décision est atteinte quand il y a conjonction de ces trois univers, qui peuvent parfois s’ignorer royalement. Prenons par exemple le cas du RSA évoqué ces derniers jours. Le problème public (pauvreté, précarité, salariat) est largement authentifié, les rapports ne manquent pas, la presse enquête, en parle, les sondeurs mesurent l’écho sur le public. Le gouvernement activant de plus en plus la communauté de spécialistes sur ce domaine et chacun joue sa partition, y compris les exécutifs locaux qui sont pris dans le débat.

On voit bien qu’on est à l’orée de grands changements selon ce modèle. Il montre que les changements procèdent de décisions, de choix humains, collectifs. Les astres se meuvent et chaque citoyen a sa part dans cette affaire qui se déroule sous nos yeux.

Et enfin, c’est quand les trois courants cadrent avec l’enjeu général et la phase électorale, « par l’intermédiaire d’entrepreneurs politiques particulièrement endurants » (2), que le changement peut se faire. Le grand débat et le mouvement social réunissent donc les conditions du changement, et ce dans la plupart des secteurs. Même si ce modèle n’est qu’une proposition dans un large champ d’hypothèses, il montre tout de même que ces semaines sont déterminantes.

Le changement oui, mais lequel ? A chacun de se faire son idée et de participer. Pour ma part, à développer dans d’autres dépêches !

pour journalpolitique.info


(1) John KINGDON, Agendas, Alternatives and Public Policies, Little Brown, 1984.

(2) Pierre LASCOUMES, Patrick LE GALES, Sociologie de l’action publique, Paris, Armand Collin, 2018 [2007].

Lyon : la politique sociale déjà au centre du débat

Lyon : la politique sociale déjà au centre du débat

En plein Grand débat national, les exécutifs de Part-Dieu et de la Confluence s’activent. Le président de la Région Auvergne-Rhône-Alpes, L. Wauquiez et le président de la Métropole de Lyon, D. Kimelfeld, livrent leur vision respective de la place des collectivités et de leur prérogatives sociales dans la refonte nationale voulue par le PR.

Ils placent au centre de leurs préoccupations la question sociale, c’est-à-dire la politique collective pour « traiter » ou « réguler » la pauvreté et l’exclusion, et le principal dispositif : le Revenu de Solidarité Active (RSA) versé par les départements depuis 2004 (ex-RMI). C’est en effet une question essentielle aux politiques sociales telles qu’elles fonctionnent à ce jour, prises de le mille-feuille administratif et l’avènement d’un système de workfare à la française depuis les années 1990-2000 : est-ce le rôle des pouvoirs publics d' »activer les pauvres » ? Les contreparties aux prestations pourraient-elles favoriser l’intégration dans la société française et générer de la richesse collective ?

D. Kimelfeld à gauche, L. Wauquiez à droite. Montage d’images libres de droit et modification.

Le RSA et ses contreparties au cœur du débat national : en août 2018, un rapport complet est rendu à Matignon sur l’amélioration de la mise en œuvre du RSA et de l’accompagnement de ceux qui le perçoivent (1). La présence de la rhétorique des droits et devoirs, de la responsabilité individuelle, est systématique chez le PR, dans sa communication (2) et dans sa stratégie politique (« L’émergence d’un grand service public de l’insertion » lors de l’annonce du plan pauvreté en octobre 2017 (3)). Parmi les « devoirs » liés au RSA, la loi prévoit pour l’instant de contracter un contrat d’engagement dans un parcours d’insertion sociale et professionnelle. Depuis la décision du Conseil d’Etat, le bénévolat pourrait constituer un devoir, une contrepartie : la question a été abordée avec prudence par la ministre du travail M. Pénicaud (proposer le bénévolat mais ne pas l’imposer).

C’est E. Philippe, qui mène la charge le 15/02/2019 sur ce sujet qu’il juge « explosif« . Destinataire du rapport, confronté à la crise et sociale et conforté par les résultats provisoires du grand débat (à ce stade, 3 répondants sur 4 voudraient instaurer des contreparties aux aides sociales), il déclare : « ma conviction, qui est une conviction personnelle, c’est que compte tenu de l’importance de nos mécanismes de solidarité, compte tenu de nos finances publiques, compte tenu de la situation d’un pays qui est en croissance mais qui reste avec un niveau de chômage élevé, il faut qu’on s’interroge sur ces contreparties  » (via Le figaro du 19/02/2019). Il admet que la question sociale doit être au centre du débat ouvert et la qualifie de « vrai belle question politique« .

L. Wauquiez saisit la fenêtre de tir le 25/02/2019. Dans la continuité dans son discours anti-assistanat et vertueux en termes de dépenses publiques, il se place apparemment en première ligne en soutien d’E. Philippe pour faire advenir une telle politique, dans la grande région dont il préside le conseil depuis 2015. Il rappelle toutefois au Premier ministre LREM sa paternité en matière de workfare incitatif comme solution à l’assistanat : cela fait des années qu’il sabre le « cancer de l’assistanat« . Wauquiez propose donc d’établir des contreparties variées au RSA, dans un nouveau système de politiques publiques que pourrait piloter la Région, et ce pour une expérimentation d’au moins deux ans. Rappelons enfin que le pionner en termes de mise en œuvre est le département du Haut-Rhin (majorité LR) qui a fait douter le Conseil d’Etat. La presse rapporte bien que « la proposition d’Édouard Philippe avait suscité de nombreuses critiques jusque dans les rangs de la majorité. Il a en revanche reçu des soutiens à droite, notamment du député LR du Haut-Rhin Éric Straumann. » (4) Le Haut-Rhin connaît des succès en termes de maîtrise de la dépense publique et d’insertion dans l’emploi, et Wauquiez a le mandat d’une grande région qui surplombe les départements… et la Métropole de Lyon !

« La transformation du RSA sera sans doute l’un des leviers majeurs pour répondre aux problématiques de précarité, hors et dans l’emploi, soulevées par le GDN.« 

journalpolitique.info

Or, sur son territoire (situé bien entendu en AURA), le RSA est versé aux individus par les services Métropole de Lyon depuis 2016. Territoire de 59 communes qui concentre beaucoup d’allocataires (plus de 50 000 foyers en 2014) et qui promeut sa propre stratégie pour l’insertion : « La réunion des compétences « développement économique » et « insertion », nous invite à associer étroitement acteurs économiques, acteurs de l’insertion et acteurs publics. L’ambition de la Métropole est de mettre en synergie les besoins et atouts. » écrit G. Collomb, président encore en 2016 (plus d’informations ici).

La métropole privilégie un pilotage autonome, et ne bénéficierait pas du plan de L. Wauquiez qui voudrait s’appuyer d’abord sur les départements volontaires (il parle « de l’Ain, du Cantal, de la Loire et de la Haute-Savoie« ). D. Kimelfeld, candidat déclaré au mandat de présidence de la Métropole, est jugé par des observateurs comme plaçant le social au cœur de la campagne de 2020 pour la Métropole (5). En effet, la transformation du RSA sera sans doute l’un des leviers majeurs de réponse aux problématiques de précarité soulevées par le GDN. Touché sur ses positions et ses prérogatives, réaction de D. Kimelfeld : ne pas stigmatiser les allocataires (il rappelle les contrôles effectués par la CAF et le fait que chacun peut un jour nécessiter la solidarité nationale). Plus encore, écrit D. Kimelfeld : « Au-delà de la question “idéologique”, il faut éviter de lancer des “grandes idées” sans analyser au préalable la faisabilité opérationnelle. Comme bien souvent dans la mise en œuvre de nos politiques publiques, le diable est dans le détail. ». De plus, les deux institutions devront gérer la question ensemble, la Métropole ayant largement la main et se méfiant de cette « Région-pilote » voulue par L. Wauquiez : la Métropole est « pleinement engagée sur la question de la sortie du RSA. Nous avons d’ailleurs engagé de nouveaux chantiers en ce sens. Je m’attache à ce que soient fédérées toutes les initiatives, à coordonner tous les partenaires, dont la Région qui est compétente sur le volet formation. » écrit-il.

Ces escarmouches montrent toute la concurrence institutionnelle autour de l’insertion, des contreparties aux prestations, de la citoyenneté sociale et de l’emploi. Les exécutifs en font à juste titre le centre du débat, car il est urgent de sortir de l’état d’appauvrissement et de précarité, mais qu’en pensent les autres forces politiques ? Laisseront-elles le monopole de cette question cruciale aux deux ténors de Lyon ?

Affaire à suivre,

Sur le journal politique


(1) « L’accompagnement des bénéficiaires du RSA« , rapport au premier ministre à télécharger en pdf ici

(2) Voir notamment l’épisode polémique de la galette des Rois du 11/01/2019 :  » Parfois, on a trop souvent oublié qu’à côté des droits de chacun dans la République – et notre République n’a rien à envier à beaucoup d’autres – il y a des devoirs.« 

(3) Voir par exemple Public Sénat.

(4) : 20minutes Lyon (25/02/2019)

(5) Salade Lyonnaise nous dit que « sa campagne pour conserver la tête de la Métropole de Lyon en 2020 est centrée sur le social« , voir l’édition du 27/02/2019


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