Les gilets jaunes, Notre-Dame et la renaissance de l’Europe

Les gilets jaunes, Notre-Dame et la renaissance de l’Europe

Après deux mois de publications, il est temps de synthétiser les grandes lignes qui se dégagent de tout ce qu’on a observé et analysé. En ce printemps 2019, la France renaît. Une analyse en quatre actes pour journalpolitique.info

Samedi veillant sur Paris depuis le Sacré-Coeur de Montmartre. .

1. Gilets jaunes : « la France de retour » et la fin de la chape de plomb

Si on a dit que les gilets jaunes étaient héroïques (voir articles), c’est parce que l’immense remue-ménage réformiste et révolutionnaire a été enclenché grâce à eux. Ceux qui sont pacifiquement allés se montrer 23 semaines de suite, tout l’hiver jusqu’au printemps, malgré tous les chapeaux que les infiltrés divers leur ont fait porter.

Les médias mainstream, les intellectuels de plateaux, les politiques : leur pouvoir est devenu intolérable. La société étant atomisée en unités productives autonomes, un tel pouvoir sur la superstructure est vécu comme injuste, sur fond d’égalitarisme. Une constante du discours et le doublement de l’injustice, car la classe dirigeante prône justement l’égalité. Le multiculturalisme comme objectif politique est un échec, dans la mesure où la liberté et la tolérance ne sont partagées qu’au sein de la société cosmopolite, qui laisse à ses périphéries se communautariser par besoin de solidarité, et se rétrécit sous effet de masse.

Il y a donc un régime idéal très élaboré et qui est génial là où il s’applique (en centre-ville) mais qui paraît grandiloquent et fou là où ne s’applique pas. Les gilets jaunes signent la rébellion contre un agenda libéral utopique qui ne s’applique que dans ces zones aéroportisées des métropoles, humains urbains entourés de classes productives, quant à elles peu à peu enfoncées dans le salariat et le précariat atomisés, perdues quant à leur communauté de destin à qui se référer. D’où le regain nationaliste à gauche comme à droite. Comme le rappellent les intellectuels, on s’interrogeait beaucoup moins sur l’identité nationale, qui allait de soi dans une tranquillité latine tout à fait brillante et productive. C’est la remise en question frontale et vindicative qui a relancé le patriotisme du XXIe siècle.

Désormais le peuple se sentant menacé dans ce qu’il est. Emmanuel Macron ne s’y trompe pas en parlant de refondation nationale et européenne. On en est bien là grâce à l’alignement des étoiles et le long chemin de croix des gilets jaunes pacifiques.

Nous remercions le gilet jaune pour avoir réveillé la conscience historique populaire, et ce malgré les manipulations dantesques qui leur ont été opposées (et malgré la médiocrité d’une partie du mouvement elle-même). La preuve étant qu’une majorité du peuple, c’est-à-dire une majorité de Français, a soutenu le mouvement depuis le mois de novembre. En Italie, on me disait cet hiver en commentant les scènes de l’insurrection sur la Rai : « La Francia è di ritorno », la France est de retour.

La mobilisation du cyberespace par les gilets jaunes a mis fin à la chape de plomb : ils ont gagné

Le retour de l’esprit païen, héroïque, solidaire, populaire. Le populisme devient une fierté (dont une bonne moitié des dirigeants ne s’est d’ailleurs jamais cachée), les sites conspirationnistes se multiplient sur fond de dialogue inter-religieux houleux mais positif, le militantisme révolutionnaire est plus vif que jamais dans toutes les factions et associations de France. Bref, la chape de plomb a sauté, c’est un moment crucial de la démocratie de ce siècle. Le grand débat a légitimé toute discussion de ce thème, nous avons ouvert le portail pour diffuser des connaissances.

Retour du conflit vertical et de la fronde populaire.

2. Échec du multiculturalisme hors-sol : retour aux symboles

Ce terrain de jeu pour élites globales, les quartiers multiculturels branchés et les grandes institutions, concerne surtout les métropoles (Paris, Lyon, Marseille, Nantes, Strasbourg). On reproche à l’arrière pays, en quelque sorte, de ne pas entre de plein pied dans la béatitude libertaire, orientaliste et cosmopolite. Il n’est donc pas étonnant que le discours multiculturaliste montre ses contradictions, lorsqu’un panel de citoyens français se réjouit en chœur quand Notre-Dame brûle. C’est bien la preuve qu’on ne rend pas chacun interchangeable dans ses valeurs, symboles et réactions, mais que chacun veut rester attaché à ce qu’il est. Mettons donc fin à l’orthodoxie du métissage anti-peuples et à la mauvaise utilisation de la nationalité.

Le rejet de la société cosmopolite et libérale par ces mêmes populations montre que sa juridiction vacille, et que tout le système national est à repenser. Le discours multiculturaliste est contrarié parce qu’on se rend compte que le régime universel, est en fait un particularisme européen. Eh oui, le drapeau de l’Union Européenne symbolise bien les douze étoiles de Marie. Il faut revoir les fondements. Et ce particularisme fondamental, il est localisé, là, sous vos yeux.

Il est en train d’être purgé par un feu venu d’on ne sait où.

Quand des citoyens français se réjouissent du brasier sur l’un des plus hauts-lieux de la chrétienté catholique, protestante, mais aussi orthodoxe et des églises d’Orient, d’Asie et d’Afrique, en plus d’être un symbole de Paris, du peuples français voire l’humanité en général, quand ceux qu’on attendrait comme représentants actuels de l’humanisme européen réel évoquent les préoccupations mondiales pour la grande église comme « un délire de petits blancs« , je crois qu’il est temps de mettre les choses au clair.

3. Réalisme : une stratégie au concret

Cela signifie que chacun se demande comment trouver la paix civile partant d’un niveau de haine ahurissant de part et d’autre, sans utiliser les faux-arguments mis à disposition. Il faut plutôt parler de politique et de géopolitique au concret (relire par exemple la stratégie carolingienne et le grand échiquier) et comprendre ce que ça implique pour la société française. Après la refonte du projet national, il sera envisageable de recentrer la place de la France dans l’Union Européenne qui doit être maintenue et réorientée.

Nos amis orthodoxes venaient de plus en plus nombreux et nombreuses à Notre-Dame de Paris, prier la couronne d’épines rapportée par Saint-Louis à Paris en 1249.

Images KTO France

Pardonnons à ceux qui se félicitaient du feu et oublions cette fable selon laquelle nous sommes l’Autre. Qui sommes-nous au fond ? L’histoire de l’Europe, et bien sûr celle de la France, est si longue et mérite d’être défendue. Se fondre dans la nouvelle orthodoxie diversitaire n’implique pas l’oblitération de soi mais le souvenir de soi et des vies antérieures, et d’être en paix avec cela. Le devise nationale du Québec est : Je me souviens. Souvenons-nous avant de penser à ce « nouveau monde » golémique.

Encore une fois, les populations hors société cosmopolite ont bien compris, se souviennent et perpétuent à juste titre leurs traditions menacées d’interchangeabilité. L’erreur est de penser que l’Europe est une terre friche qu’on doit livrer. Cette idée de changer la France, terre sainte et douce, en une banlieue du village global interchangeable, devient ignominieuse quand c’est volontairement professé par ceux qui souhaitent abolir toute tradition, défendant l’autre, qui compte au contraire ne pas se diluer dans l’Occident perçu comme décadent. C’est le réflexe de fin d’Empire, du déclin (voir les controverses à partir de la brillante analyse Le déclin de l’Occident de Spengler).

D’autres militants, confondant tous les déclins (civilisationnel, climatique, apocalyptique, messianique), les jugeant inévitables, pensent que toute action est vouée à l’échec et s’en tiennent à leur autogestion atomisée. Penser que tout est fini et ne plus vouloir participer aux affaires du pays, se voir comme identité modifiable à tout moment et démissionnaire du champ politique : « Circulez, il n’y a rien à voir, et d’ailleurs occupez-vous plutôt de votre compost et de vos impôts.« 

« Quel golem vais-je vous envoyer aujourd’hui… tiens, je vais essayer le populisme. »

On en vient au cœur du sujet : Macron souhaite prendre la tête du village global progressiste et rendre à la France sa fonction prophétique moteur quitte à doubler les populistes.

4. Renaissance de l’Europe : le all-in impérial d’Emmanuel Macron

Discours du 11 novembre 2018.

La remise de la France au premier plan pour porter le libéralisme messianique en Europe, 200 ans après Napoléon qui en avait été un grand champion, est une question récurrente dans la campagne de Macron et dans les deux premières années de sa présidence. « Champion de la terre« , chef du multiculturalisme et du multilatéralisme, chef de l’OCDE : Macron développe ce thème dans le discours historique du 11 novembre 2018, qui en est un élément central. Cependant vite désavoué par le mouvement social :

Figure de Marianne au sous-sol de l’Arc de Triomphe

Après avoir pris la mesure du problème immense de cohésion sociale avec Gérard Collomb et la crise de la Méditerranée à gérer avec les Italiens excédés, le rapport sur la Seine St-Denis, le PR a voulu mettre en place la reconquête républicaine, l’éducation massive, le Service national universel ou encore la tentative d’organiser l’islam de France. Ses marges de manœuvres existent aussi en Europe avec Frontex et Schengen, mais il y a énormément à faire.

Étant donné que le sort de l’Europe réalignée sur le front sino-américain se joue avec le Brexit et ce qui suivra, un grand coup de feu juste avant son discours-réponse fuité progressivement dans la presse permet une légitimation politique très forte symboliquement. Cet une image que le monde a vue, qui restera évidemment dans les archives planétaires jusqu’à l’oblivion.

D’où la tentative de Macron de faire de cet épisode le début d’une grande refondation et sauver sa présidence et ses chances de conquête du pouvoir européen. L’incendie s’ordonne à cette logique, à celles des américains qui y voient un 11 septembre ou des Turcs ou Iraniens qui disent que l’on sème ce que l’on récolte.

Je peux apprécier l’idéologie de la société cosmopolitique, Kant, les lumières ou d’autres libéraux. La raison-monde est fascinante.

Cependant je ne l’érigerai pas en norme au vu du contexte géopolitique mondial actuel et surtout au vu des tensions en France. Ce n’est pas le moment d’enfoncer le clou. On voit bien que la France préfère Marie à Marianne comme le suggère le lyonnais Bernard Pivot.

Comme après 1815, et après 1870, le protectionnisme revient. Comme dans les années 1930. Après la digestion générationnelle de la révolution culturelle de 1968, un cycle conservateur s’ouvrira dans un contexte de France archipel mondialisé. Sans réalisme, ce serait un prophétisme aveugle pour tout libéral sérieux (par exemple nos gouvernants très conscients) Il faut sortir du passé unique qui commence en 1945 ou en 1789.

Jeanne d’Arc, détail

C’est le feu sur la vieille Europe et la chrétienté, personne ne s’y trompe et y trouve ses propres implications. Ça n’implique pas de crier, de prendre les armes, de détester, de tout casser. Non. Simplement le meilleur prétexte pour ouvrir une analyse sur ce que nous allons faire : réhabiliter l’âme de la France, son rôle unique et déminer cette montée aux enchères identitaire organisée. En nous inspirant des anciens et en pensant à ceux qui nous succéderont. Aujourd’hui il faut revenir aux sources.

Révolte de 1848 à Paris

Revenons à Emmanuel Macron. Il est dans une toute autre logique, qui peut paraître plus simple : remplaçons symboliquement la vieille chrétienté gothique, qu’on veut effacer. Ces travaux de reconstruction règlent le problème qui se pose en France, cette saleté chauvine et raciste qui ne veut pas bouger d’un iota. On devrait être comme Trudeau, un vaste territoire à peupler massivement et donc multiculturel par vocation. Inscrivons-nous dans ce gigantesque kaléidoscope humain réparti sur un immense espace à remplir.

Organisons un peu les flux et les stocks de tout ce beau monde.

Or la France est historique, et elle n’est pas vaste, ni à peupler ni à vendre. On ne doit pas l’axer à tout prix sur l’économie monde productive et la dépecer.

Elle doit impérativement renforcer la cohésion du peuple actuel avant d’en ajouter, faute de quoi elle ne peut avancer qu’en se trahissant de plus en plus. Le peuple historique se sent vraiment dérouté par tant d’épreuves.

L’avez-vous vraiment compris, roi républicain ? (ici les gardes sont un poil plus endormis)

Peu importe se dit Macron, les Lumières triompheront et elles doivent s’incarner à Paris. Donc faisons-lui comprendre à tout ce peuple que son temps est terminé, que mon calcul lui est mondial. Qu’on ouvre une bonne fois pour toutes l’ère universelle. Allons vers un produit du mondialisme et du rayonnement, laissez-moi employer mes réseaux : un concours international. Les compagnons du devoir n’ont qu’à bien se tenir. Pour tous ceux qui se sentaient encore ce boulet de l’histoire au pied : ne vous inquiétez pas, hommes nouveaux, c’est désormais brûlé !

« Nous avons une stratégie pour l’Europe. » Macron n’est pas seul

Le résultat pourra remettre la France dans une position messianique au niveau mondial, régénérer le cœur d’Europe espère Macron. En un sens, son programme de Renaissance européenne, Nathalie Loiseau, le cap qui attend cette Union Européenne : tout cela méritait bien un grand feu symbolique. L’alignement des étoiles évoqué dans nos colonnes s’affirme, que le feu soit accidentel ou pas.

Pour notre part, considérons que les responsables politiques ont bien cette logique de puissance en tête lorsqu’ils calculent à propos de la Turquie, de la Chine, de l’Arabie Saoudite ou d’Israël. Ils savent bien que la France est en tête de conflit, que son sol est en voie de mondialisation avancée, que les négociations et les alliances sont versatiles et troubles.

N’oublions pas qu’ils veillent au grain et front preuve de réalisme non-utopique (ici à Helsinki en Finlande)

Or, nous citoyens informés considérons que la terre de France ne doit pas devenir le champ de bataille de conflits globaux de plus en plus risqués. Le poursuite du séparatisme braque chacun sur son identité et lobotomise de leur passé les autres pour les maintenir en docilité. La situation actuelle nécessite une clarification informationnelle, c’est-à-dire un élargissement du débat et de ce qui est discuté. Crever l’abcès est préférable au maintien de la chape de plomb qui nuit à tous les partis, c’est le mérite que nous trouvons à Macron avec le grand débat (lire ici).

Que voyez-vous dans le télescope ?

Maintenant que la France s’est réveillée, que les longs processus initiés en 1945 et en 1968 ont connu leur digestion générationnelle, il est temps de penser et d’agir au même niveau que nos gouvernants (voir ce qu’en dit Chateaubriand). Sous le mouvement générationnel, un nouveau régime va s’imposer progressivement. Son orientation sera indéfectiblement liée à l’histoire :

Saint-Louis rapporte la relique au peuple de Notre-Dame (domaine public)

Rester dans l’analyse mainstream de marché n’a pas d’intérêt pour nous, d’où le vocabulaire et les oppositions que nous développons sur journalpolitique.info. Il faut regarder le temps long de la politique et le temps court de la révolution à faire à partir de la brèche des gilets jaunes.

A votre service,

Sur journalpolitique.info

Lyon : Wauquiez s’interpose dans le duel persique

Lyon : Wauquiez s’interpose dans le duel persique

Évidemment l’occasion était trop belle pour Laurent Wauquiez, chef du parti LR. En phase active de campagne, il revient d’apostrophes aiguës face à Marine Le Pen (RN) et Nicolas Dupont-Aignan (DLF) qui suivent le Brexit ou Stanislas Guérini (LREM) et Olivier Faure (PS) qu’il juge inconsistants, lors du débat télévisé du 10 avril dernier. Il se sent un vrai poids politique.

Il s’est montré particulièrement dur envers D. Cormand (EELV). Guérini pense à une nouvelle taxe – photo CNEWS

De retour à Lyon-Confluence, il déclare que le duel persique officialisé par Gérard Collomb met carrément en cause « le territoire« , à cause de la concurrence, ou de la cohabitation, entre la Ville et la Métropole. Il n’avait pas hésité à affirmer son rôle de guide en tant président de Région, notamment pour les politiques sociales. Il emploie une nouvelle métaphore aujourd’hui : « Si la locomotive est à l’arrêt parce que j’ai deux conducteurs qui se tapent dessus, on ne peut pas y arriver ». Les disputes sur le projet d’Anneau des sciences l’ont excédé.

Il ne manque que le « Roi de Perse » au milieu

Ce que LyonMag qualifie d’appel au calme provient pour Lyon Capitale d’une position de « grand frère » dans cette affaire d’enfants. C’est tout simplement une concurrence d’autorité politique, et d’autorité morale : « J’ai du respect et de l’estime pour Gérard Collomb et David Kimelfeld. Il y aura le temps des élections. Mais de grâce, on ne va pas vivre dans un combat de tranchées pendant des mois et des mois« . Les lieutenants LR avaient ces derniers temps voulu signifier la vivacité de la droite grandlyonnaise.

A voir si les combattants perses toléreront cet arbitrage ou préfèreront écourter leur duel.

Journalpolitique.info

Lyon : duel persique en vue. Gérard Collomb ne veut pas partir divisés

Lyon : duel persique en vue. Gérard Collomb ne veut pas partir divisés

L’actuel président de la Métropole s’était déclaré candidat à sa réélection. Il a mis au point les premiers éléments de sa stratégie cette semaine, devant ses troupes réunies à l’Odéon (Lyon 2e). L’actuel maire de Lyon, qui se trouve bien mieux place de la Comédie que place Beauvau, lui a tout simplement proposé de se retirer à son profit, lui laissant en revanche chance libre à l’Hôtel de Ville…

Voici ce que déclarait Gérard Collomb (LyonMag 04/2019) :

Au Point, il avait auparavant livré un entretien remarqué.

Photo du Point, portrait assez conquérant de stature nationale (édition du 4 avril 2018)

Dans cet entretien, le maire de Lyon jugeait :

« Il y a une seconde étape à tracer. Emmanuel Macron doit sortir de façon positive du grand débat, ce qui est complexe, car beaucoup d’idées ont été brassées, et nous sommes dans un contexte de préparation des élections européennes. Surtout, le président a déjà engagé 10 milliards d’euros. Avec le grand débat, Emmanuel Macron a fait une deuxième campagne électorale et il n’est jamais aussi bon que dans ces circonstances. Mais on n’est pas toujours en campagne électorale. Après, il faut faire des choix. Et s’y tenir« .

Gérard Collomb au Point

Il évoque aussi sa situation à Lyon en faisant allusion aux guerres fratricides persiques. Le maire historien pense que le jeune ne peut qu’échouer contre l’ancien. Emmanuel Macron et David Kimelfeld, sont tous deux des « fils spirituels ».

A voir si la droite, assez active dernièrement, pourrait profiter de ces querelles pour progresser. A gauche, on voit aisément les écologistes en position de force, ainsi que le PCF. Qui pour espérer mettre à profit ce duel persique ?

Pour Collomb, c’est simple nous apprend rue89 : il «  prévient, mais cela sonne en fait comme une menace : si les divisions perdurent, la droite a toutes ses chances de remporter les élections locales de 2020. Il le sait bien, lui qui, en 2001, avait bénéficié des fractures du parti adverse, enclin à perdre, à cette époque.  » (04/2019)

A suivre,

Sur journalpolitique.info

Lyon : trois lieutenants LR à l’assaut de la Métropole, nouveau lieu de contestation

Lyon : trois lieutenants LR à l’assaut de la Métropole, nouveau lieu de contestation

Ce jeudi, dans le contexte de la grève des éboueurs grandlyonnais et des négociations entamées entres élus municipaux, services métropolitains et syndicats, Alexandre Vincendet (maire LR de Rillieux-la-Pape) , Philippe Cochet (LR Caluire-et-Cuire) et Claude Cohen (LR Mions) ont apporté des déchets, qu’ils ont disposés en triomphe devant l’Hôtel du Lac, qui abrite la Métropole :

Photo de Susie Waroude.

Grand Lyon la Métropole et son président sont pris à parti symboliquement. L’Hôtel du Lac, édifice administratif, devient progressivement le lieu contestataire, davantage que la place de la Comédie ou l’hôtel de Région.

On se souvient notamment de voir la citadelle métropolitaine prise à parti en 2018 par les manifestants pro-migrants, ou plus récemment encore par le mouvement écologiste :

La manifestation écologique du 16 mars
Action autour de la citadelle « Hôtel du Lac », photo de GreenpeaceLyon

On retiendra de Tribune de Lyon que le maire de Rillieux-la-Pape insiste bien sur la nouveau pouvoir qu’abrite l’Hôtel de Métropole : « L’élu local le plus puissant de France reste bien caché à la Métropole ». Quant au président Kimelfeld, il met l’emphase sur cette configuration à « 59 communes, 1 président » : « Il s’agit de l’action de 3 maires sur 59, qui s’imaginent un grand destin dans cette métropole. J’ai regardé ça avec beaucoup de tristesse.  » (édition du 4 avril). Fréquemment interpellé sur le climat et la pollution, le président briguant l’onction populaire en 2020 avait livré une réponse pour le Grand débat national devant des étudiants. Ce qui n’empêche pas ses adversaires de « venir le chercher ».

De quoi renforcer le lien symbolique du nouveau pouvoir métropolitain ?

A suivre,

Sur journalpolitique.info

Siège du siège du Grand Lyon (photo d’alternatiba rhône)

Lyon : la politique sociale déjà au centre du débat

Lyon : la politique sociale déjà au centre du débat

En plein Grand débat national, les exécutifs de Part-Dieu et de la Confluence s’activent. Le président de la Région Auvergne-Rhône-Alpes, L. Wauquiez et le président de la Métropole de Lyon, D. Kimelfeld, livrent leur vision respective de la place des collectivités et de leur prérogatives sociales dans la refonte nationale voulue par le PR.

Ils placent au centre de leurs préoccupations la question sociale, c’est-à-dire la politique collective pour « traiter » ou « réguler » la pauvreté et l’exclusion, et le principal dispositif : le Revenu de Solidarité Active (RSA) versé par les départements depuis 2004 (ex-RMI). C’est en effet une question essentielle aux politiques sociales telles qu’elles fonctionnent à ce jour, prises de le mille-feuille administratif et l’avènement d’un système de workfare à la française depuis les années 1990-2000 : est-ce le rôle des pouvoirs publics d' »activer les pauvres » ? Les contreparties aux prestations pourraient-elles favoriser l’intégration dans la société française et générer de la richesse collective ?

D. Kimelfeld à gauche, L. Wauquiez à droite. Montage d’images libres de droit et modification.

Le RSA et ses contreparties au cœur du débat national : en août 2018, un rapport complet est rendu à Matignon sur l’amélioration de la mise en œuvre du RSA et de l’accompagnement de ceux qui le perçoivent (1). La présence de la rhétorique des droits et devoirs, de la responsabilité individuelle, est systématique chez le PR, dans sa communication (2) et dans sa stratégie politique (« L’émergence d’un grand service public de l’insertion » lors de l’annonce du plan pauvreté en octobre 2017 (3)). Parmi les « devoirs » liés au RSA, la loi prévoit pour l’instant de contracter un contrat d’engagement dans un parcours d’insertion sociale et professionnelle. Depuis la décision du Conseil d’Etat, le bénévolat pourrait constituer un devoir, une contrepartie : la question a été abordée avec prudence par la ministre du travail M. Pénicaud (proposer le bénévolat mais ne pas l’imposer).

C’est E. Philippe, qui mène la charge le 15/02/2019 sur ce sujet qu’il juge « explosif« . Destinataire du rapport, confronté à la crise et sociale et conforté par les résultats provisoires du grand débat (à ce stade, 3 répondants sur 4 voudraient instaurer des contreparties aux aides sociales), il déclare : « ma conviction, qui est une conviction personnelle, c’est que compte tenu de l’importance de nos mécanismes de solidarité, compte tenu de nos finances publiques, compte tenu de la situation d’un pays qui est en croissance mais qui reste avec un niveau de chômage élevé, il faut qu’on s’interroge sur ces contreparties  » (via Le figaro du 19/02/2019). Il admet que la question sociale doit être au centre du débat ouvert et la qualifie de « vrai belle question politique« .

L. Wauquiez saisit la fenêtre de tir le 25/02/2019. Dans la continuité dans son discours anti-assistanat et vertueux en termes de dépenses publiques, il se place apparemment en première ligne en soutien d’E. Philippe pour faire advenir une telle politique, dans la grande région dont il préside le conseil depuis 2015. Il rappelle toutefois au Premier ministre LREM sa paternité en matière de workfare incitatif comme solution à l’assistanat : cela fait des années qu’il sabre le « cancer de l’assistanat« . Wauquiez propose donc d’établir des contreparties variées au RSA, dans un nouveau système de politiques publiques que pourrait piloter la Région, et ce pour une expérimentation d’au moins deux ans. Rappelons enfin que le pionner en termes de mise en œuvre est le département du Haut-Rhin (majorité LR) qui a fait douter le Conseil d’Etat. La presse rapporte bien que « la proposition d’Édouard Philippe avait suscité de nombreuses critiques jusque dans les rangs de la majorité. Il a en revanche reçu des soutiens à droite, notamment du député LR du Haut-Rhin Éric Straumann. » (4) Le Haut-Rhin connaît des succès en termes de maîtrise de la dépense publique et d’insertion dans l’emploi, et Wauquiez a le mandat d’une grande région qui surplombe les départements… et la Métropole de Lyon !

« La transformation du RSA sera sans doute l’un des leviers majeurs pour répondre aux problématiques de précarité, hors et dans l’emploi, soulevées par le GDN.« 

journalpolitique.info

Or, sur son territoire (situé bien entendu en AURA), le RSA est versé aux individus par les services Métropole de Lyon depuis 2016. Territoire de 59 communes qui concentre beaucoup d’allocataires (plus de 50 000 foyers en 2014) et qui promeut sa propre stratégie pour l’insertion : « La réunion des compétences « développement économique » et « insertion », nous invite à associer étroitement acteurs économiques, acteurs de l’insertion et acteurs publics. L’ambition de la Métropole est de mettre en synergie les besoins et atouts. » écrit G. Collomb, président encore en 2016 (plus d’informations ici).

La métropole privilégie un pilotage autonome, et ne bénéficierait pas du plan de L. Wauquiez qui voudrait s’appuyer d’abord sur les départements volontaires (il parle « de l’Ain, du Cantal, de la Loire et de la Haute-Savoie« ). D. Kimelfeld, candidat déclaré au mandat de présidence de la Métropole, est jugé par des observateurs comme plaçant le social au cœur de la campagne de 2020 pour la Métropole (5). En effet, la transformation du RSA sera sans doute l’un des leviers majeurs de réponse aux problématiques de précarité soulevées par le GDN. Touché sur ses positions et ses prérogatives, réaction de D. Kimelfeld : ne pas stigmatiser les allocataires (il rappelle les contrôles effectués par la CAF et le fait que chacun peut un jour nécessiter la solidarité nationale). Plus encore, écrit D. Kimelfeld : « Au-delà de la question “idéologique”, il faut éviter de lancer des “grandes idées” sans analyser au préalable la faisabilité opérationnelle. Comme bien souvent dans la mise en œuvre de nos politiques publiques, le diable est dans le détail. ». De plus, les deux institutions devront gérer la question ensemble, la Métropole ayant largement la main et se méfiant de cette « Région-pilote » voulue par L. Wauquiez : la Métropole est « pleinement engagée sur la question de la sortie du RSA. Nous avons d’ailleurs engagé de nouveaux chantiers en ce sens. Je m’attache à ce que soient fédérées toutes les initiatives, à coordonner tous les partenaires, dont la Région qui est compétente sur le volet formation. » écrit-il.

Ces escarmouches montrent toute la concurrence institutionnelle autour de l’insertion, des contreparties aux prestations, de la citoyenneté sociale et de l’emploi. Les exécutifs en font à juste titre le centre du débat, car il est urgent de sortir de l’état d’appauvrissement et de précarité, mais qu’en pensent les autres forces politiques ? Laisseront-elles le monopole de cette question cruciale aux deux ténors de Lyon ?

Affaire à suivre,

Sur le journal politique


(1) « L’accompagnement des bénéficiaires du RSA« , rapport au premier ministre à télécharger en pdf ici

(2) Voir notamment l’épisode polémique de la galette des Rois du 11/01/2019 :  » Parfois, on a trop souvent oublié qu’à côté des droits de chacun dans la République – et notre République n’a rien à envier à beaucoup d’autres – il y a des devoirs.« 

(3) Voir par exemple Public Sénat.

(4) : 20minutes Lyon (25/02/2019)

(5) Salade Lyonnaise nous dit que « sa campagne pour conserver la tête de la Métropole de Lyon en 2020 est centrée sur le social« , voir l’édition du 27/02/2019


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