Fin du Grand débat : en conférence de presse, Macron s’assume prophétique et républicain

Fin du Grand débat : en conférence de presse, Macron s’assume prophétique et républicain

Pour sa première conférence de presse, le PR Emmanuel Macron surélevé, encerclé d’une ecclesia (assemblée) de journalistes français et internationaux tournée vers le trône républicain. La mise en scène est parfaite, assez solennelle ou cocasse par moments, mais toujours très contrôlée. De nombreuses analyses vont être produites, nous voulons juste apporter quelques éléments de symboles. Pour journalpolitique.info

Au palais de l’Elysée le 25 avril 2019

Nous avons ici l’élu qui décide. Le roi républicain, flanqué des double-drapeaux : les douze Étoiles de Marie de la solidarité européenne, et Tricolore de la Nation (issu des armées révolutionnaires). Les armoiries de la République française occupent le fond du décor. Tout axe du conférencier invite à observer le grand blason et ces différents symboles. Les crânes sont légèrement prosternés, inclinés tout ouïe, transcrivant tandis que le roi énonce. Le cadrage symbolique est parfait pour donner toute sa place au verbe, qui est la matière mise officiellement en question. C’est le verbe qui sera commenté dans la presse.

Le cadrage médiatique pour les télévisions est lui aussi parfait, par exemple BFMTV qui transmet en direct :

BFMTV du 25/04/2019

Les symboles : derrière le PR, la salle des Fêtes a ainsi pu dévoiler des emblèmes républicains de bien meilleur aloi que le grand tableau du bureau présidentiel. On note que l’essentiel tel que figurant sur les passeports demeure.

Emblème de la République française (RF)

Ces emblèmes ne sont frappés d’aucune définition juridique dans les constitutions. Depuis 1870 et la fin du Second empire, les constitutions républicaines ne mentionnent que la devise, l’hymne et le drapeau.

Un bouclier de pelta gaulois, la hache (le faisceau de licteur), le chêne français dont était issue la forêt de Notre-Dame, et l’olivier séculaire.

Ces armoiries républicaines sont progressivement instaurées à la fin du XIXe siècle à partir d’éléments plus anciens, lors de la consolidation de la IIIe République qui fera aussi usage de la Statue de la Liberté. La devise « Liberté, Égalité, Fraternité » est introduite ainsi que le drapeau tricolore. Sous l’État français, après la fin de la IIIe République, le tricolore sera indexé à la Révolution nationale et le faisceau, emblème personnel du Maréchal Pétain, sera lui-même tricolore et étoilé :

Drapeau de la France de Vichy, domaine public

Sous les quatrième et cinquième républiques, on revient à la forme initiale des années 1890-1900, et les emblèmes restent utilisés pour les affaires diplomatiques, consulaires ou autres activités historiques de l’État.

L’Élysée, tête de l’exécutif et siège du roi républicain, s’est elle-même dotée de ces attributs symboliques à partir de 2010, pour mieux incarner la mission séculaire du chef de l’État français, dans son rôle unique.

La tradition républicaine, semblable à toute autre tradition aristocratique, permet à l’Élysée de déployer blasons et emblèmes personnels, tel le tableau souvent mis en scène et ce que livre cette conférence dans la salle des fêtes.

C’est là la nouveauté essentielle, l’emblème mis en avant aujourd’hui adjoint la Croix de Lorraine à l’ensemble. Dès 2018, sous l’impulsion de Macron promouvant des références gaulliennes, sans nier le reste des symboles. Ici, la Croix de Lorraine, croix d’Anjou, fait sa seconde apparition dans les armoiries, car la conférence de presse a un caractère diplomatique.

Source : fr.wikipedia.org

Pour tout citoyen qui a regardé des extraits de cette conférence de presse, cela montre bien qu’Emmanuel Macron assume une position de synthèse vis-à-vis de l’histoire de France. Il rend le chef de l’Etat, la fonction elle-même dépositaire de la contradiction entre Pétain et De Gaulle, dans une résolution symbolique

Emblème de la Présidence depuis 2018

Le PR montre bien qu’il prend sa mission présidentielle au sérieux et voudrait couper l’herbe sous le pied de ses opposants sur le plan symbolique, puisque le gaullisme est transpartisan.

« Le chef de l’Etat a voulu marquer les nombreux anniversaires ‘gaulliens’ de son quinquennat. Les 60 ans de la Constitution de la Ve République, les 50 ans de la mort du général de Gaulle et les 80 ans de l’appel du 18 juin. »

D’autant que la Croix de Lorraine existe dès le XVe siècle et que son sens gaulliste renvoie généralement à la France libre. On remarque aussi que le faisceau supplanté de la croix ne contient plus de faisceaux : un dépassement synthétique du fascisme ? L’essentiel est de voir ici dans l’attelage symbolique la fonction qui dépasse l’acteur politique.

Emmanuel Macron possède-t-il la force de la conviction indispensable à la posture prophétique parée d’emblèmes ?

Les gilets jaunes sont un « mouvement inédit, impatient que les choses changent plus vite et plus radicalement et que le peuple français puisse avoir sa part du progrès, dans un monde incertain« . Le PR réaffirme la logique de sa réponse au mouvement, initiée le 10 décembre : « C’est pour cela que j’ai voulu ce grand débat national, exercice inédit dans les démocraties contemporaines. »

On voit ici le particularisme de la symbolique républicaine universelle que les royalistes ne partageraient pas

Cet épisode de clarification, et la séquence politique après l’incendie de Notre-Dame de Paris pourront-ils s’achever par une victoire de cette posture de synthèse ? Le PR se positionne comme un pôle aspirant.

Parle-t-on d’une posture de synthèse subie des contraintes et au rabais comme Hollande miné par la fronde, ou d’une synthèse proprement prophétique telle que symbolisée en cet être supérieur, quitte à être impopulaire comme le déclare Macron ? Doit-on faire confiance à un guide de l’humanité à la tête de la République universelle ?

Les électeurs trancheront.

A suivre rapidement,

Sur journalpolitique.info

Lyon : un grand débat des européennes prévoit huit candidats et un « maximum de clash »

Lyon : un grand débat des européennes prévoit huit candidats et un « maximum de clash »

Une bonne partie du spectre politique républicain sera représentée lors de ce « Grand débat des européennes » qui se déroulera à Lyon, le 29 avril prochain, 18h, à l’initiative de l’association d’étudiants de l’EM Lyon et trois autres groupes étudiants.

Crédits photo : Débat des européennes du 29 avril

L’occasion pour les huit candidats invités de défendre leur vision du Vieux Continent, quelques semaines seulement avant le scrutin. Soutiennent-ils l’OTAN ? L’accord de Paris ? Erasmus ? L’euro ? Veulent-ils sortir de l’UE ou ajouter de nouveaux traités ? Croient-ils dans les institutions de l’Union ? Voient-ils en Salvini et Orban une menace ou une promesse ? Quelle renaissance européenne défendent-ils ? Pourquoi se présenter devant les jeunes de Lyon ? Autant de réponses à apporter.

Devant un public jeune, rappelant le Grand débat national qui avait eu lieu à Lyon en mars 2019 (notre article), ces candidats traitement les quatre grands thèmes du débat et répondront aux quolibets des étudiants marxistes. Ils devront déjà convaincre les différents amphithéâtres d’aller voter. Notons qu’une tête de liste fait le déplacement (Nicolas Dupont-Aignan pour DLF), que le PS représente Place publique et que l’ancien chroniqueur Bernard Guetta représentera le parti présidentiel pour son entrée en politique. Enfin, deux figures appréciées des jeunes, Adrien Quatennens pour La France insoumise et Nicolas Bay pour le Rassemblement national, risquent de se partager les honneurs.

Les 4 associations d’étudiants organisant l’évènement s’attendent surtout à ce que les affrontements soient vifs : « 8 couleurs politiques, 4 thèmes puis des questions du public, 2h30 de débat pour un maximum de clash dans ce Grand Débat des Européennes – Lyon  » peut-on lire.

Programme :

17h15 :Ouverture de la salle – 18h00 : Débat sur les 4 thèmes principaux –19h30 :Questions du public –20h30 : Clôture du débat

Les équipes de journalpolitique.info seront bien présentes.

Rendez-vous sur le campus de Lyon 3 (Manufacture des Tabacs, 6 cours Albert Thomas, 69003 Lyon).

Affiche du débat

Détails sur le site dédié.

Madeleine,

Pour journalpolitique.info


Grand débat des partis : BFM valide l’alliance FI-RN

Débat du 20 mars avec les 6 représentants des partis politiques, sur l’indétrônable BFM-Tv. Au consensus argumentaire entre Jean-Luc Mélenchon (La France Insoumise) et Marine le Pen (Rassemblement National), Ruth Elkrief y voit le spectre de l’alliance populiste, celle qu’en réalité beaucoup de militants espèrent depuis 2017 car elle saute aux yeux. JLM à Le Pen : « Jetez-lui donc son os, Madame Le Pen ! »

Relayé pour Journalpolitique.info

Grand débat national : Villeurbanne lance le sujet « régulation du cannabis »

Grand débat national : Villeurbanne lance le sujet « régulation du cannabis »

La municipalité de Villeurbanne vient d’achever la dernière étape de la concertation lancée fin 2018, intitulée « Cannabis : Villeurbanne ouvre le débat ! ». La restitution des résultats du processus a montré qu’un changement de politique s’impose. Loin du « cannabusiness » américano-canadien, les participants esquisseraient un monopole d’État jouant sur des mécanismes incitatifs et un usage thérapeutique encadré. Quel est l’enjeu ?

Cannabis : sécurité-liberté

Le modèle de libéralisation complète cherche à répondre à toutes les demandes, des adolescents comme des seniors, en diversifiant les types
de produits (alimentaires, cosmétiques) et les modes de consommation (cannabis fumé, ingéré, bu en tisane, yoga jajar) à grand renfort de stratégies marketing. La régulation a surtout bénéficié aux insérés, le marché noir reste équivalent à 30-40% selon I. Obradovic de l’OFDT. En France, il apparaît désormais qu’outre la question économique, la question sécuritaire doit prendre en compte cette réalité. On se souvient de plusieurs tentatives de mettre un cadre sur la question du cannabis, et de la tournure morale d’un tel débat. Des propositions plus élaborées ont émergé sous le quinquennat Hollande, notamment de Terra Nova, l’officine sociale-libérale qui proposait dans un rapport d’octobre 2016 d’encadrer le cannabis comme un marché. Le blindé à penser proposait de créer une autorité de régulation du cannabis (ARCA) pour « assécher le marché criminel d’un côté et prendre en compte un problème de santé publique de l’autre ». On retrouve dans ces deux aspects une dialectique sécurité-liberté : la France est le 1er consommateur européen avec 17 millions d’individus ayant consommé au moins une fois au cours de leur vie. A partir du constat que plus de la moitié des hommes en a déjà fumé et moins de quatre femmes sur dix, on peut considérer que c’est une liberté individuelle. Au vu des sommes gigantesques que le marché criminel génère, et des crimes et délits qu’il importe (hors les 90 tonnes interceptées en moyenne chaque année), il y a aussi un enjeu de sécurité du marché par la régulation d’État d’un vaste secteur d’activité, lié à tous les autres trafics internationaux. Il y a bien sûr un enjeu de sécurité publique vis-à-vis d’un marché s’étendant de plus en plus vers les jeunes générations et servant de revenus à bien d’autres activités criminelles. Plus récemment, Le Monde, de la même doctrine, proposait une infographie qui montrait les avantages économiques au duo légalisation-prévention, pour les pouvoirs publics, pour les producteurs, et pour les consommateurs (1). La dernière étude de santé sur les niveaux d’usage des drogues illicites en France, focalisée sur les adultes (20 000 personnes de 18 à 64 ans) (2), montre aussi que 10 % des 26-45 ans en ont un usage régulier. C’est surtout le taux d’expérimentation qui a progressé, et ce dans toutes les tranches :

« Même si la résine reste majoritaire sur le marché, la part de l’herbe augmente : les volumes interceptés ont été multipliés par dix en dix ans et les forces de l’ordre démantèlent de plus en plus de plantations de cannabis (près de 140 000 plants saisis l’année dernière). Cela est à la fois dû au fait
que la France est dorénavant un lieu de production et à une transformation du marché. Plusieurs enquêtes de l’OFDT confi rment que l’herbe est de
plus en plus populaire, en particulier dans les jeunes générations. Par ailleurs, la concentration des produits augmente : le taux moyen de THC dépasse 20 % pour la résine et 11 % pour l’herbe : c’est trois fois plus qu’il y a quinze ans
. » I. Obradovic, Directrice adjointe de l’Observatoire français
des drogues et des toxicomanies (OFDT)


Villeurbanne prête à mener le débat public au niveau national ?

On retiendra des résultats de la concertation avec 3600 habitants qu’après les différentes tables rondes et votations débutées en janvier, 72 % soutiennent une  » dépénalisation ou d’une légalisation » et que 85 % des participants estiment que « la répression du trafic de cannabis n’est pas efficace ». Retrouvez les quatre étapes du processus avec toute la documentation en cliquant sur les gratte-ciels (nouvel onglet) :

Le GDN pourrait permettre de mesurer la popularité d’une réforme chez le public, y compris la question thérapeutique sur laquelle de nombreux pays ont avancé : Etats américains, provinces canadiennes, l’Italie avec le CBD… Jean-Paul Bret, maire PS de Villeurbanne, déclarait il y a quelques semaines que face à la situation du Tonkin, il fallait envisager la question pour du cannabis dans tous ses aspects, et notamment les effets sur le marché tel qu’il fonctionne aujourd’hui. En plus de son envoi sur le site du GDN, le livre blanc de ce processus sera envoyé au gouvernement, aux députés du Rhône et présenté au Forum français pour la sécurité urbaine, le 21 mars à Ivry-sur-Seine (94). Quelle « réponse forte » pourrait y apporter le gouvernement, qui poursuit cette doctrine Collomb-Philippe en termes de sécurité publique vis-à-vis des territoires où sévit le trafic, alors même que C. Castaner annonce une « révolution du système de gestion de l’ordre public en France » (3) ? Le tout sous la critique des Nations unies et du défenseur des droits Jacques Toubon (4), pointant tous deux la chute des libertés publiques en France dans cette dialectique ?

Dans un contexte géopolitique où le vent souffle une guerre distillée qui s’alimente des flux des marchés noirs, l’Etat est bien aux prises avec le problème sécurité-liberté, et l’adjoint à la Sécurité de Villeurbanne, qui « souhaite du courage politique au gouvernement“ pour mener sa doctrine de synthèse, a bien ouvert le débat.

Sur journalpolitique.info


(1) « Légalisé, dépénalisé, prescrit, le cannabis dans le monde en neuf graphiques » Le Monde 06/01/2018

(2) Rendue publique en novembre 2018 (Santé Publique France – Observatoire français des drogues et des toxicomanies, OFDT)

(3) Interview sur BFMTV 13/03/2019

(4) J. Toubon dénonce avec force arguments « Une logique sécuritaire contraignant les libertés fondamentales« . Présentation du rapport d’activité 2018 (03/2019).

Grand débat jeunes à Lyon : vif débat sur la démocratie et le climat

Grand débat jeunes à Lyon : vif débat sur la démocratie et le climat

Par Madeleine, observation du grand débat du 6 mars dans l’amphithéâtre Leclerc de l’Institut d’études politiques de Lyon (avenue Berthelot, Lyon 7).

Seconde partie de mon compte-rendu de ma participation au Grand débat national, lors de cette soirée dédiée aux jeunes en présence notamment de D. Kimelfeld (président de la Métropole de Lyon), F. Vidal (Ministre de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation) et leurs équipes. Pour lire la première partie (mise en contexte : « un exercice laborieux mais foisonnant »), cliquez ici. Nous abordons ici le fond des discussions, qui ont été riches tout au long des deux heures initialement prévues, sur les deux thèmes choisis par le public : la démocratie et la citoyenneté, puis la transition écologique. Le Grand débat a mis en scène le « nouveau monde » et ses contradictions : une jeunesse vive et impliquée, toutefois menacée par le mépris du principe de réalité.

Image Journalpolitique via Sciences po Lyon

Démocratie et citoyenneté : une jeunesse engagée mais désarmée face à la complexité et l’interdépendance des enjeux

L’engagement de la jeunesse envers un renforcement (ou en tout cas une transformation) de la démocratie semble largement reconnu depuis les analyses du vote à la présidentielle et aux législatives de 2017. L’enjeu dépasse le cadre de l’amphi mais celui-ci s’en est fait une illustration forte (le thème a été choisi par 29% des présents). Après une présentation des services publics et de l’enjeu de leur modernisation, les premières interventions interrogent l’abstention des jeunes pour les élections européennes et les moyens de l’éroder, les violences policières dans les manifestations, la réforme des institutions de la Ve République ou encore les concertations pour l’aménagement urbain. Les jeunes semblent unanimes à louer un engagement actif dans la société et une participation franche à la vie démocratique. Les interventions aux solutions toutes faites sont tempérées par certains plus âgés, qui rappellent que la citoyenneté s’appuie de l’information pluraliste et la conscience de n’avoir pas réponse à tout : « même après cinq ans d’études ça reste compliqué de comprendre le système, il faut persévérer » confesse une étudiante en master sous l’œil approbateur de la ministre, docteure en biologie. Un étudiant plus âgé aussi ajoute qu' »essayer de comprendre le système, s’informer, échanger avec ceux qu’on ne comprend pas, c’est déjà une citoyenneté active« . On voit donc le défi à laquelle fait face la jeunesse : une volonté sincère de participer aux affaires du monde, mais deux choix pour y parvenir : le militantisme clé-en-main (voir premier article) et l’humilité intellectuelle de s’insérer dans un système complexe multi-acteurs, dans lequel des milliers d’individus nous ont précédé : la République. En cela, je me suis dit qu’un portail comme journalpolitique.info avait bien saisi cet écart, en préférant l’argumenté et l’écrit pluraliste aux invectives partisanes. Cela montre aussi que la mission d’informer sans simplismes est exigeante, et que le chemin de la participation aux affaires publiques est quant à lui sinueux.

Démocratie et citoyenneté : le sentiment d’une jeunesse fragmentée socialement

Nous avons souligné la relative homogamie de la salle, brillante par l’absence de jeunes des classes populaires, ce qui est compréhensible au vu de l’autocensure. Néanmoins cela montre aussi un désintérêt des « quartiers relégués » pour les affaires publiques. S’en faisant donc le porte-parole tout à tour, une intervenante déplore que les QPV (quartiers politique de la ville) « ne sont jamais écoutés« , là où un autre, plus offensif et le regard agité, décrit une citoyenneté stratifiée, dont les strates inférieures sont relativement exclues. Il n’hésite pas à asséner à l’adresse de tous : « c’est à vous de leur donner une place« . L’intervenant décrit une classe d’âge qui bien qu’elle accède au bac souffrirait d’un manque patent de reconnaissance. Ceci enclenchera une discussion franche avec la ministre, qui déplore l’influence néfaste de groupes profitant de la relégation des « quartiers » pour retourner les habitants contre la République et repousser l’Etat et les services publics. Elle évoque, la voix vibrante, « ces petites filles qui sautent au cou de leurs maîtresses quand elles les retrouvent enfin. La République doit être là pour empêcher la mainmise sur ces populations, qui souffrent ensuite de la mauvaise réputation du quartier à l’embauche ou dans les études« . Liant ainsi problématiques de sécurité publique et de reconquête républicaine à la possibilité d’offrir une égalité des chances réelle à tous, F. Vidal illustre la doctrine que l’on pourrait appeler Collomb-Philippe : face aux inégalités socio-spatiales et à la relégation des périphéries, la république une et indivisible. Cette discussion montre une jeunesse soucieuse de ses pairs, mais intolérante à la rhétorique fondée sur la sécurité publique et la présence de l’État. D. Kimelfeld, attaqué sur la gestion des mineurs non-accompagnés (MNA), assume une « critique moins ardue du gouvernement, car je le porte aussi » et répond qu’en contexte migratoire massif, « nous sommes débordés, y compris les associations et l’éducation nationale« . Se voulant un acteur « en sérieux et en concertation« , il rappelle que la Métropole de Lyon en fait bien plus pour les MNA que les autres collectivités, et que le budget alloué n’a fait qu’augmenter depuis 2017. Pour le président de la Métropole, s’attaquer à la citoyenneté stratifiée décrite passe par une politique ambitieuse et intégrée : « on ne peut pas traiter climat, migrations, démographie, jeunesse et citoyenneté séparément. Solidarités et climat, il faut marcher sur ses deux jambes« .

« Je sais que vous êtes frustrés, mais ce n’est que le début ! » (D. Kimelfeld à propos de la politique environnementale)

Transition écologique : première préoccupation des jeunes. La pollution de l’air à Lyon et le rôle de chacun au cœur des discussions.

Le second thème de la soirée est celui ayant recueilli le plus de suffrage (36%). A grand renfort de chiffres et d’exemples vécus comme la Vallée de l’Arc, l’ensemble des prises de parole insiste sur l’urgence, la nécessité d’agir vite, le grand bouleversement que cela impose. Beaucoup d’interventions pointent la pollution de l’air à Lyon, dont deux étudiantes (l’une d’outre-mer, l’autre africaine) pour qui ça a été le premier choc en débarquant à Lyon. Un débat divise rapidement la salle : aux intervenants pour qui « il ne faut pas attendre tout des politiques comme des enfants » et pour qui chacun doit faire son examen de conscience et contribuer à son échelle, d’autres répondent que « l’urgence de la situation demande une vraie impulsion du monde politique et c’est ce qu’il nous manque« . D. Kimelfed se pose en synthétiseur : il faut avancer ensemble, les politiques sont à l’écoute (« je ne vis pas dans une bulle« ). Pour lui, l’opposition politiques-citoyens n’a aucun sens : il déclare travailler depuis des mois avec « des associations très investies« , avoir lu le manifeste pour le climat, et proposer un Plan climat-air énergie territoriale (une stratégie partenariale désormais obligatoire depuis 2016 pour les intercommunalités de plus de 20 000 habitants) ambitieux à l’échelle de la Métropole. Celui-ci prévoyait notamment de réduire de 20% les émissions de gaz à effet de serre d’ici 2020 : un objectif assez ambitieux ? (lecteurs lyonnais : blog très détaillé à ce sujet). Quant aux marches pour le climat, DK répond « oui, mais quelles propositions concrètes ?« . Enfin, à l’encontre de la décroissance, il affirme, en bon Saint-Simonien, « militer pour une croissance décarbonnée« . Une croissance non-destructrice à même de concilier les impératifs de développement d’une ville dans l’économie-monde (« l’emploi, la métropole attractive, les entreprises« ) à la nécessaire transition des capitalismes vers la préservation de la Nature ?

Transition écologique : pour la ministre, s’appuyer sur la recherche scientifique et prendre en compte le contexte international

Scientifique de formation et de métier elle-même, F. Vidal admet l’urgence réelle du dossier climat. Elle vise implicitement Donald Trump le climatosceptique et affirme vouloir « porter la recherche avec mon ministère » dans le combat du réchauffement climatique. « Je crois que la recherche trouvera des solutions. Il faut se donner les moyens de penser » tempère-t-elle, affirmant vouloir « laisser les scientifiques débattre » et mobiliser la COP21 pour « engager davantage ses signataires et réengager ceux qui se désengagent« , en référence aux États-Unis d’Amérique. Fustigeant la décroissance et rappelant que les pays en développement devaient aussi pouvoir se développer, elle conclura toutefois la soirée d’échanges par une confidence teintée d’inquiétude : « L’enjeu est grave. Quand on aura basculé on n’aura plus qu’à subir« . De quoi conforter la jeunesse dans son combat phare ?


Remerciements à Sciences Po Lyon et à son directeur R. Payre pour ce débat mouvementé, vitrine des questions posées à la jeunesse à laquelle le politique s’est risqué à répondre.

Pour journalpolitique.info, portail d’information politique


Grand débat jeunes à Lyon : un exercice démocratique laborieux mais foisonnant

Grand débat jeunes à Lyon : un exercice démocratique laborieux mais foisonnant

Par Madeleine, observation du grand débat du 6 mars dans l’amphithéâtre Leclerc de l’Institut d’études politiques de Lyon (avenue Berthelot, Lyon 7).


Pour mon premier reportage sur le portail (je remercie encore l’équipe pour leur confiance), je vous propose deux articles, inspirés par mon observation du GDN à Sciences Po Lyon, en présence de Mme Frédérique Vidal, ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, et de M. David Kimelfeld, président de la Métropole de Lyon, et de leurs équipes respectives, ainsi que de M. Renaud Payre, directeur de l’IEP de Lyon. Mesurer l’état d’esprit de la jeunesse, cet évènement « Grand débat jeunes » montre la discorde frappant cette belle jeunesse de France : tolérante et soudée, fière d’elle, cette génération Erasmus est aussi agitée par des activistes niant la réalité. Or, je suis tombée sur un spectacle déroutant. Ce premier article sert donc de mise en contexte, le second abordera le fond des échanges, stimulants.

Photographie Sciences Po Lyon

Faire vivre le grand débat national, c’est à nos yeux plus que nécessaire : sur tous les fronts, le contexte politique n’a jamais été aussi tendu et « au bord du gouffre ». Il est bien plus urgent de reconstruire la vérité, en « libérant la parole » comme on dit désormais, en se pliant à l’exigence de la démocratie et du respect de soi et d’autrui qui est son fondement, au refus des idées toutes faites.

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Tribune de Macron pour la renaissance européenne : oui à l’Europe dans le monde

Nous remercions Charles, de Meyzieu (69) pour sa réaction à la tribune du PR que nous avons publiée en intégralité, que nous publions volontiers après aller-retour éditorial avec notre équipe, pour faire vivre le débat.

Vous souhaitez une tribune de lecteur ? Vous pouvez écrire à malik@journalpolitique.info

Merci à JP de publier in extenso un discours essentiel, plutôt que de butiner des petites phrases à l’effet délétère.
L’Europe est une question si vaste, si complexe, si fascinante et si chargée de passions (y compris les plus laides, on le voit avec la lamentable affaire du Brexit!) qu’elle ne mérite pas d’être raccourcie dans des dans quelques extraits tronqués repris par toutes les rédactions du buzz.
Une Renaissance de l’Europe ? Oui, absolument. La Renaissance des XIIIème-XVème siècles est notre a été une grande étape civilisationnelle pour ce nous sommes aujourd’hui. Elle ouvrit un monde d’effervescence où les plus belles voix s’exprimèrent, de la peinture de Botticelli aux géniales inventions de Leonardo da Vinci ou de Michel-Angelo, de la réflexion politique de Machiavel à l’humanisme d’Érasme, de la volonté de libération religieuse de Luther à la Divine Comédie, de l’invention des techniques modernes de finances commerciales et publiques à la résurgence des grands philosophes antiques grâce aux penseurs arabes d’Andalousie et aux chrétiens de la Méditerranée, de la médecine à l’agriculture qui permettra de sauver sauf accident des grandes famines. C’est encore l’Europe de la Renaissance qui découvrit son monde.
Aujourd’hui que nous savons combien les civilisations sont mortelles. D’un point de vue générationnel, ayant observé l’histoire je mesure mieux encore combien une renaissance est nécessaire. Que les plus jeunes s’emparent de notre civilisation pour savoir où on veut aller. Nous avons toute raison de vouloir une Renaissance.

Aujourd’hui que nous savons combien les civilisations sont mortelles, Nous avons toute raison de vouloir une Renaissance.


Nous n’avons plus l’illusion de croire à une consommation indéfinie de notre planète: en 2018, nous en sommes arrivés à l’avoir consommée dès le 24 juillet ! Nous devons dépenser des ressources de plus en plus grandes pour ne pas voir sombrer notre « modèle » de consommation, ce qui est aberrant ! L’esprit et la culture européenne survivront à une transformation de notre mode de vie, obligatoire envers la nature.On peut espérer que l’argent-roi n’y survivra pas.Nous pouvons devenir un havre d’harmonie de l’humain et de la nature. Quand le Président de la République invite l’Afrique dans ce grand projet, c’est le signe humaniste que la Renaissance de l’Europe ne se fera pas seule mais en solidarité, dans cette hauteur de vue de sa mission dans le monde. Le débat du colonialisme sera définitivement tourné si nous nous tenons main dans la main avec l’extraordinaire continent qui a donné naissance à l’humanité ! Oui à l’Europe des peuples libres et amis, oui à l’Europe souveraine et sensible au monde, oui à une vision lucide, sincère et humaniste pour pour notre continent et pour l’humanité.

Nouvelles de Meyzieu, Rhône (France).

Malik pour journalpolitique.info



Débat national et mise à l’agenda : l’alignement des étoiles ?

Débat national et mise à l’agenda : l’alignement des étoiles ?

Une bonne partie du peuple français et des peuples européens attendent beaucoup de cette année 2019. La crise actuelle montre à quel point les défis sont immenses. Qu’espérer au mieux ? A quelles condition les problèmes et inscriptions à l’agenda politique par le mouvement social et le GDN trouveront-ils un débouché sous forme d’action concrète ?

Les astres ne s’agencent que rarement de cette façon…

C’est une question classique dans la théorie politique américaine, centrée sur la décision comme processus et résultat final. Dans la phase de pré-décision, les forces politiques nomment, blâment, revendiquent, catégorisent. Elles construisent, par ce jeu, le terreau de la décision. Le politiste John Kingdon de l’université du Michigan a travaillé plus particulièrement sur les concepts de fenêtre d’opportunité (policy window) et d’entrepreneur politique (policy entrepreneur) pour comprendre qui contribue et comment à changer les choses.

Dans le modèle de Kingdon (1), une politique donnée (fiscalité, lutte contre le tabac, régulation d’internet, politique agricole, prestations sociales…), elle ne peut évoluer que si l’on est en conjonction de 3 courants distincts, qui réunis peuvent générer le changement concret de l’ordre politique et social :

  • Courant d’identification et de définition des problèmes : mouvement social, revendications, rapports, évaluations, évènements spécifiques.
  • Courant des politiques publiques : la communauté de spécialistes public-privé aux manettes autour de ladite politique.
  • Courant politique : élus, sous l’influence de l’opinion publique, de la presse, des groupes d’intérêts et des sondeurs.

En définitive, la décision est atteinte quand il y a conjonction de ces trois univers, qui peuvent parfois s’ignorer royalement. Prenons par exemple le cas du RSA évoqué ces derniers jours. Le problème public (pauvreté, précarité, salariat) est largement authentifié, les rapports ne manquent pas, la presse enquête, en parle, les sondeurs mesurent l’écho sur le public. Le gouvernement activant de plus en plus la communauté de spécialistes sur ce domaine et chacun joue sa partition, y compris les exécutifs locaux qui sont pris dans le débat.

On voit bien qu’on est à l’orée de grands changements selon ce modèle. Il montre que les changements procèdent de décisions, de choix humains, collectifs. Les astres se meuvent et chaque citoyen a sa part dans cette affaire qui se déroule sous nos yeux.

Et enfin, c’est quand les trois courants cadrent avec l’enjeu général et la phase électorale, « par l’intermédiaire d’entrepreneurs politiques particulièrement endurants » (2), que le changement peut se faire. Le grand débat et le mouvement social réunissent donc les conditions du changement, et ce dans la plupart des secteurs. Même si ce modèle n’est qu’une proposition dans un large champ d’hypothèses, il montre tout de même que ces semaines sont déterminantes.

Le changement oui, mais lequel ? A chacun de se faire son idée et de participer. Pour ma part, à développer dans d’autres dépêches !

pour journalpolitique.info


(1) John KINGDON, Agendas, Alternatives and Public Policies, Little Brown, 1984.

(2) Pierre LASCOUMES, Patrick LE GALES, Sociologie de l’action publique, Paris, Armand Collin, 2018 [2007].