Les gilets jaunes, Notre-Dame et la renaissance de l’Europe

Les gilets jaunes, Notre-Dame et la renaissance de l’Europe

Après deux mois de publications, il est temps de synthétiser les grandes lignes qui se dégagent de tout ce qu’on a observé et analysé. En ce printemps 2019, la France renaît. Une analyse en quatre actes pour journalpolitique.info

Samedi veillant sur Paris depuis le Sacré-Coeur de Montmartre. .

1. Gilets jaunes : « la France de retour » et la fin de la chape de plomb

Si on a dit que les gilets jaunes étaient héroïques (voir articles), c’est parce que l’immense remue-ménage réformiste et révolutionnaire a été enclenché grâce à eux. Ceux qui sont pacifiquement allés se montrer 23 semaines de suite, tout l’hiver jusqu’au printemps, malgré tous les chapeaux que les infiltrés divers leur ont fait porter.

Les médias mainstream, les intellectuels de plateaux, les politiques : leur pouvoir est devenu intolérable. La société étant atomisée en unités productives autonomes, un tel pouvoir sur la superstructure est vécu comme injuste, sur fond d’égalitarisme. Une constante du discours et le doublement de l’injustice, car la classe dirigeante prône justement l’égalité. Le multiculturalisme comme objectif politique est un échec, dans la mesure où la liberté et la tolérance ne sont partagées qu’au sein de la société cosmopolite, qui laisse à ses périphéries se communautariser par besoin de solidarité, et se rétrécit sous effet de masse.

Il y a donc un régime idéal très élaboré et qui est génial là où il s’applique (en centre-ville) mais qui paraît grandiloquent et fou là où ne s’applique pas. Les gilets jaunes signent la rébellion contre un agenda libéral utopique qui ne s’applique que dans ces zones aéroportisées des métropoles, humains urbains entourés de classes productives, quant à elles peu à peu enfoncées dans le salariat et le précariat atomisés, perdues quant à leur communauté de destin à qui se référer. D’où le regain nationaliste à gauche comme à droite. Comme le rappellent les intellectuels, on s’interrogeait beaucoup moins sur l’identité nationale, qui allait de soi dans une tranquillité latine tout à fait brillante et productive. C’est la remise en question frontale et vindicative qui a relancé le patriotisme du XXIe siècle.

Désormais le peuple se sentant menacé dans ce qu’il est. Emmanuel Macron ne s’y trompe pas en parlant de refondation nationale et européenne. On en est bien là grâce à l’alignement des étoiles et le long chemin de croix des gilets jaunes pacifiques.

Nous remercions le gilet jaune pour avoir réveillé la conscience historique populaire, et ce malgré les manipulations dantesques qui leur ont été opposées (et malgré la médiocrité d’une partie du mouvement elle-même). La preuve étant qu’une majorité du peuple, c’est-à-dire une majorité de Français, a soutenu le mouvement depuis le mois de novembre. En Italie, on me disait cet hiver en commentant les scènes de l’insurrection sur la Rai : « La Francia è di ritorno », la France est de retour.

La mobilisation du cyberespace par les gilets jaunes a mis fin à la chape de plomb : ils ont gagné

Le retour de l’esprit païen, héroïque, solidaire, populaire. Le populisme devient une fierté (dont une bonne moitié des dirigeants ne s’est d’ailleurs jamais cachée), les sites conspirationnistes se multiplient sur fond de dialogue inter-religieux houleux mais positif, le militantisme révolutionnaire est plus vif que jamais dans toutes les factions et associations de France. Bref, la chape de plomb a sauté, c’est un moment crucial de la démocratie de ce siècle. Le grand débat a légitimé toute discussion de ce thème, nous avons ouvert le portail pour diffuser des connaissances.

Retour du conflit vertical et de la fronde populaire.

2. Échec du multiculturalisme hors-sol : retour aux symboles

Ce terrain de jeu pour élites globales, les quartiers multiculturels branchés et les grandes institutions, concerne surtout les métropoles (Paris, Lyon, Marseille, Nantes, Strasbourg). On reproche à l’arrière pays, en quelque sorte, de ne pas entre de plein pied dans la béatitude libertaire, orientaliste et cosmopolite. Il n’est donc pas étonnant que le discours multiculturaliste montre ses contradictions, lorsqu’un panel de citoyens français se réjouit en chœur quand Notre-Dame brûle. C’est bien la preuve qu’on ne rend pas chacun interchangeable dans ses valeurs, symboles et réactions, mais que chacun veut rester attaché à ce qu’il est. Mettons donc fin à l’orthodoxie du métissage anti-peuples et à la mauvaise utilisation de la nationalité.

Le rejet de la société cosmopolite et libérale par ces mêmes populations montre que sa juridiction vacille, et que tout le système national est à repenser. Le discours multiculturaliste est contrarié parce qu’on se rend compte que le régime universel, est en fait un particularisme européen. Eh oui, le drapeau de l’Union Européenne symbolise bien les douze étoiles de Marie. Il faut revoir les fondements. Et ce particularisme fondamental, il est localisé, là, sous vos yeux.

Il est en train d’être purgé par un feu venu d’on ne sait où.

Quand des citoyens français se réjouissent du brasier sur l’un des plus hauts-lieux de la chrétienté catholique, protestante, mais aussi orthodoxe et des églises d’Orient, d’Asie et d’Afrique, en plus d’être un symbole de Paris, du peuples français voire l’humanité en général, quand ceux qu’on attendrait comme représentants actuels de l’humanisme européen réel évoquent les préoccupations mondiales pour la grande église comme « un délire de petits blancs« , je crois qu’il est temps de mettre les choses au clair.

3. Réalisme : une stratégie au concret

Cela signifie que chacun se demande comment trouver la paix civile partant d’un niveau de haine ahurissant de part et d’autre, sans utiliser les faux-arguments mis à disposition. Il faut plutôt parler de politique et de géopolitique au concret (relire par exemple la stratégie carolingienne et le grand échiquier) et comprendre ce que ça implique pour la société française. Après la refonte du projet national, il sera envisageable de recentrer la place de la France dans l’Union Européenne qui doit être maintenue et réorientée.

Nos amis orthodoxes venaient de plus en plus nombreux et nombreuses à Notre-Dame de Paris, prier la couronne d’épines rapportée par Saint-Louis à Paris en 1249.

Images KTO France

Pardonnons à ceux qui se félicitaient du feu et oublions cette fable selon laquelle nous sommes l’Autre. Qui sommes-nous au fond ? L’histoire de l’Europe, et bien sûr celle de la France, est si longue et mérite d’être défendue. Se fondre dans la nouvelle orthodoxie diversitaire n’implique pas l’oblitération de soi mais le souvenir de soi et des vies antérieures, et d’être en paix avec cela. Le devise nationale du Québec est : Je me souviens. Souvenons-nous avant de penser à ce « nouveau monde » golémique.

Encore une fois, les populations hors société cosmopolite ont bien compris, se souviennent et perpétuent à juste titre leurs traditions menacées d’interchangeabilité. L’erreur est de penser que l’Europe est une terre friche qu’on doit livrer. Cette idée de changer la France, terre sainte et douce, en une banlieue du village global interchangeable, devient ignominieuse quand c’est volontairement professé par ceux qui souhaitent abolir toute tradition, défendant l’autre, qui compte au contraire ne pas se diluer dans l’Occident perçu comme décadent. C’est le réflexe de fin d’Empire, du déclin (voir les controverses à partir de la brillante analyse Le déclin de l’Occident de Spengler).

D’autres militants, confondant tous les déclins (civilisationnel, climatique, apocalyptique, messianique), les jugeant inévitables, pensent que toute action est vouée à l’échec et s’en tiennent à leur autogestion atomisée. Penser que tout est fini et ne plus vouloir participer aux affaires du pays, se voir comme identité modifiable à tout moment et démissionnaire du champ politique : « Circulez, il n’y a rien à voir, et d’ailleurs occupez-vous plutôt de votre compost et de vos impôts.« 

« Quel golem vais-je vous envoyer aujourd’hui… tiens, je vais essayer le populisme. »

On en vient au cœur du sujet : Macron souhaite prendre la tête du village global progressiste et rendre à la France sa fonction prophétique moteur quitte à doubler les populistes.

4. Renaissance de l’Europe : le all-in impérial d’Emmanuel Macron

Discours du 11 novembre 2018.

La remise de la France au premier plan pour porter le libéralisme messianique en Europe, 200 ans après Napoléon qui en avait été un grand champion, est une question récurrente dans la campagne de Macron et dans les deux premières années de sa présidence. « Champion de la terre« , chef du multiculturalisme et du multilatéralisme, chef de l’OCDE : Macron développe ce thème dans le discours historique du 11 novembre 2018, qui en est un élément central. Cependant vite désavoué par le mouvement social :

Figure de Marianne au sous-sol de l’Arc de Triomphe

Après avoir pris la mesure du problème immense de cohésion sociale avec Gérard Collomb et la crise de la Méditerranée à gérer avec les Italiens excédés, le rapport sur la Seine St-Denis, le PR a voulu mettre en place la reconquête républicaine, l’éducation massive, le Service national universel ou encore la tentative d’organiser l’islam de France. Ses marges de manœuvres existent aussi en Europe avec Frontex et Schengen, mais il y a énormément à faire.

Étant donné que le sort de l’Europe réalignée sur le front sino-américain se joue avec le Brexit et ce qui suivra, un grand coup de feu juste avant son discours-réponse fuité progressivement dans la presse permet une légitimation politique très forte symboliquement. Cet une image que le monde a vue, qui restera évidemment dans les archives planétaires jusqu’à l’oblivion.

D’où la tentative de Macron de faire de cet épisode le début d’une grande refondation et sauver sa présidence et ses chances de conquête du pouvoir européen. L’incendie s’ordonne à cette logique, à celles des américains qui y voient un 11 septembre ou des Turcs ou Iraniens qui disent que l’on sème ce que l’on récolte.

Je peux apprécier l’idéologie de la société cosmopolitique, Kant, les lumières ou d’autres libéraux. La raison-monde est fascinante.

Cependant je ne l’érigerai pas en norme au vu du contexte géopolitique mondial actuel et surtout au vu des tensions en France. Ce n’est pas le moment d’enfoncer le clou. On voit bien que la France préfère Marie à Marianne comme le suggère le lyonnais Bernard Pivot.

Comme après 1815, et après 1870, le protectionnisme revient. Comme dans les années 1930. Après la digestion générationnelle de la révolution culturelle de 1968, un cycle conservateur s’ouvrira dans un contexte de France archipel mondialisé. Sans réalisme, ce serait un prophétisme aveugle pour tout libéral sérieux (par exemple nos gouvernants très conscients) Il faut sortir du passé unique qui commence en 1945 ou en 1789.

Jeanne d’Arc, détail

C’est le feu sur la vieille Europe et la chrétienté, personne ne s’y trompe et y trouve ses propres implications. Ça n’implique pas de crier, de prendre les armes, de détester, de tout casser. Non. Simplement le meilleur prétexte pour ouvrir une analyse sur ce que nous allons faire : réhabiliter l’âme de la France, son rôle unique et déminer cette montée aux enchères identitaire organisée. En nous inspirant des anciens et en pensant à ceux qui nous succéderont. Aujourd’hui il faut revenir aux sources.

Révolte de 1848 à Paris

Revenons à Emmanuel Macron. Il est dans une toute autre logique, qui peut paraître plus simple : remplaçons symboliquement la vieille chrétienté gothique, qu’on veut effacer. Ces travaux de reconstruction règlent le problème qui se pose en France, cette saleté chauvine et raciste qui ne veut pas bouger d’un iota. On devrait être comme Trudeau, un vaste territoire à peupler massivement et donc multiculturel par vocation. Inscrivons-nous dans ce gigantesque kaléidoscope humain réparti sur un immense espace à remplir.

Organisons un peu les flux et les stocks de tout ce beau monde.

Or la France est historique, et elle n’est pas vaste, ni à peupler ni à vendre. On ne doit pas l’axer à tout prix sur l’économie monde productive et la dépecer.

Elle doit impérativement renforcer la cohésion du peuple actuel avant d’en ajouter, faute de quoi elle ne peut avancer qu’en se trahissant de plus en plus. Le peuple historique se sent vraiment dérouté par tant d’épreuves.

L’avez-vous vraiment compris, roi républicain ? (ici les gardes sont un poil plus endormis)

Peu importe se dit Macron, les Lumières triompheront et elles doivent s’incarner à Paris. Donc faisons-lui comprendre à tout ce peuple que son temps est terminé, que mon calcul lui est mondial. Qu’on ouvre une bonne fois pour toutes l’ère universelle. Allons vers un produit du mondialisme et du rayonnement, laissez-moi employer mes réseaux : un concours international. Les compagnons du devoir n’ont qu’à bien se tenir. Pour tous ceux qui se sentaient encore ce boulet de l’histoire au pied : ne vous inquiétez pas, hommes nouveaux, c’est désormais brûlé !

« Nous avons une stratégie pour l’Europe. » Macron n’est pas seul

Le résultat pourra remettre la France dans une position messianique au niveau mondial, régénérer le cœur d’Europe espère Macron. En un sens, son programme de Renaissance européenne, Nathalie Loiseau, le cap qui attend cette Union Européenne : tout cela méritait bien un grand feu symbolique. L’alignement des étoiles évoqué dans nos colonnes s’affirme, que le feu soit accidentel ou pas.

Pour notre part, considérons que les responsables politiques ont bien cette logique de puissance en tête lorsqu’ils calculent à propos de la Turquie, de la Chine, de l’Arabie Saoudite ou d’Israël. Ils savent bien que la France est en tête de conflit, que son sol est en voie de mondialisation avancée, que les négociations et les alliances sont versatiles et troubles.

N’oublions pas qu’ils veillent au grain et front preuve de réalisme non-utopique (ici à Helsinki en Finlande)

Or, nous citoyens informés considérons que la terre de France ne doit pas devenir le champ de bataille de conflits globaux de plus en plus risqués. Le poursuite du séparatisme braque chacun sur son identité et lobotomise de leur passé les autres pour les maintenir en docilité. La situation actuelle nécessite une clarification informationnelle, c’est-à-dire un élargissement du débat et de ce qui est discuté. Crever l’abcès est préférable au maintien de la chape de plomb qui nuit à tous les partis, c’est le mérite que nous trouvons à Macron avec le grand débat (lire ici).

Que voyez-vous dans le télescope ?

Maintenant que la France s’est réveillée, que les longs processus initiés en 1945 et en 1968 ont connu leur digestion générationnelle, il est temps de penser et d’agir au même niveau que nos gouvernants (voir ce qu’en dit Chateaubriand). Sous le mouvement générationnel, un nouveau régime va s’imposer progressivement. Son orientation sera indéfectiblement liée à l’histoire :

Saint-Louis rapporte la relique au peuple de Notre-Dame (domaine public)

Rester dans l’analyse mainstream de marché n’a pas d’intérêt pour nous, d’où le vocabulaire et les oppositions que nous développons sur journalpolitique.info. Il faut regarder le temps long de la politique et le temps court de la révolution à faire à partir de la brèche des gilets jaunes.

A votre service,

Sur journalpolitique.info

Loin des idées reçues, les Français parmi les plus ouverts dans leurs relations sociales

Loin des idées reçues, les Français parmi les plus ouverts dans leurs relations sociales

Viennent de paraître les premiers résultats d’un sondage comparatif international réalisé par IPSOS Mori (global Market and opinion research specialists, ISPOS au Royaume-Uni), dédié aux relations sociales et amicales, ainsi les opinions politiques, religieuses ou idéologiques dans la constitution de groupes d’amis. Les résultats contredisent les stéréotypes habituels et discours réducteurs.

En substance, l’institut demande aux enquêtés : « Vivez-vous dans votre bulle ? Côtoyez-vous le reste de la société ? Préférez-vous rester avec ceux qui vous sont similaires ? » Vous pouvez consulter la présentation de la BBC ou les autres études d’ISPOS Mori.

Logo d’Ipsos, droits réservés.

Les résultats viennent contredire la caricature et le stéréotype véhiculés à gauche comme à droite d’un peuple renfermé et grognon : en fait, « l’entre-soi » (ou le « classisme » tant décrié par l’extrême-gauche) est davantage pratiqué par nos voisins européens. Les Français, qui forment une nation large et belle, évoquent plus que les autres leur rapport quotidien à ce que les idéologues appellent benoîtement « diversité ». L’étude porte sur des citoyens de 27 pays et montre que les citoyens français sont les moins homogames dans leurs pratiques sociales, les moins « dans leur bulle« , les plus aventureux socialement : sur un plan ethnique (49% déclarent que plus de la moitié de leurs amis sont du même groupe ethnique, contre 62% des britanniques par exemple – on sent par ailleurs la méthode anglo-saxon et anti-universaliste de l’étude avec ce type d’indicateur), sur un plan confessionnel (30% déclarent que plus de la moitié de leurs amis sont de mêmes croyances, contre 48% des italiens par exemple ) ou encore politique (23% déclarent que leur cercle social partage leur opinion politique, contre 44% en Hongrie ou 46% en Russie). Une majorité de sondés français estime donc sur chaque sujet fréquenter avoir des relations hétérogames.

L’âge, le genre, le niveau de revenu ou de diplôme, la culture et les opinions politiques : tous ces facteurs démontrent la moindre homogamie qu’ailleurs, marque d’un esprit égalitaire et tolérant et d’une culture du débat à la française

JOURNALPOLITIQUE.INFO à partir d’IPSOS, 2019

Qu’en penser ? La France demeure un pays libéral, démocratique, et sa population reste largement mélangée et se fréquente, se parle (on note un niveau élevé de sondés déclarant débattre très souvent avec des opinions opposées – un effet GJ ?). Chaque citoyen est conscient de cette force de la nation française, « parler avec tout le monde ».

Toutefois, « un sondage est à prendre avec précaution« , et plus encore un sondage déclaratif sur les subjectivités comme celui-ci. Pourrait-on aller jusqu’à expliquer, a contrario et se fondant sur cette méfiance, que ces chiffres montrer d’abord que les Français sont les plus enclins à clamer, déclarer leur diverso-philie aux sondeurs, puisque bien évidemment ils sont les plus endoctrinés par le tropisme libéral ? Ou parce que déclarer est un acte qui donne au soin une impression d’authenticité et que l’on désire se sentir ouvert ? Ce serait légitime mais exagéré : nous voyons que les contacts avec les autres groupes sociaux avancés par les sondés ne se limitent pas qu’à la religion ou à l’ethnie. Le vrai pays, ce n’est pas « la France pays raciste » que nous dénoncent certains indigénistes, ce n’est pas l’attalisation disproportionnée des esprits se « confessant » à l’IPSOS et ne se considérant pas hors de leur bulle. L’âge, le genre, le niveau de revenu ou de diplôme, la culture et les opinions politiques : tous ces facteurs démontrent la moindre homogamie qu’ailleurs, marque d’un esprit égalitaire et tolérant et d’une culture du débat à la française. Notre spécificité universaliste ouverte au monde (je te considère comme un citoyen, une citoyenne avant tout) existerait donc encore.

D’une part, la division communautaire et les appels à l’entre-soi ; d’autre part les attaques contre l’esprit français soi-disant « renfermé » qu’on voudrait liquider, « la France pays du repli » : ces inepties nient le réel, tout simplement. Ces militants-là pourraient visiter les pays communautarisés (Canada, Liban, États-Unis, Argentine, Royaume-Uni…) et une fois de retour en France cesser de culpabiliser le peuple, fils de l’histoire de la France dans le monde, qui connaît bien sa propre teneur et n’a aucun besoin d’être caricaturé.

A votre service,

Journal politique


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Europe : Macron s’adresse aux 27 et sort l’artillerie, la tribune complète

Europe : Macron s’adresse aux 27 et sort l’artillerie, la tribune complète

Palais de l’Elysée, lundi 4 mars 2019  

Pour une Renaissance européenne

Citoyens d’Europe,   Si je prends la liberté de m’adresser directement à vous, ce n’est pas seulement au nom de l’histoire et des valeurs qui nous rassemblent. C’est parce qu’il y a urgence. Dans quelques semaines, les élections européennes seront décisives pour l’avenir de notre continent.   Jamais depuis la Seconde Guerre mondiale, l’Europe n’a été aussi nécessaire. Et pourtant,  jamais l’Europe n’a été autant en danger. Le   Brexit en est le symbole. Symbole de la crise de l’Europe, qui n’a pas su répondre aux  besoins de protection des peuples face aux grands chocs du monde contemporain. Symbole, aussi, du piège européen. Le piège n’est pas l’appartenance à l’Union européenne  ; ce sont le mensonge et l’irresponsabilité qui peuvent la détruire. Qui a dit aux Britanniques la vérité sur leur avenir après le Brexit ? Qui leur a parlé de perdre l’accès au marché européen ? Qui a évoqué les risques pour la paix en Irlande en revenant à la frontière du passé ? Le repli nationaliste ne propose rien ; c’est un rejet sans projet. Et ce piège menace toute l’Europe : les exploiteurs de colère, soutenus par les fausses informations, promettent tout et son contraire. Face à ces manipulations, nous dev ons tenir debout. Fiers et lucides. Dire d’abord ce qu’est l’Europe. C’est un succès historique   : la réconciliation d’un continent dévasté, dans un projet inédit de paix, de prospérité et de liberté. Ne l’oublions jamais. Et ce projet continue à nous  proté ger aujourd’hui  : quel pays peut agir seul face aux stratégies agressives de grandes  puissances ? Qui peut prétendre être souverain, seul, face aux géants du numérique ? Comment résisterions- nous aux crises du capitalisme financier sans l’euro, qui est une  force pour toute l’Union ? L’Europe, ce sont aussi ces milliers de projets du quotidien qui ont changé le visage de nos territoires, ce lycée rénové, cette route construite, l’accès rapide à Internet qui arrive, enfin. Ce combat est un engagement de chaque jour, car l’Europe comme la paix ne sont jamais acquises. Au nom de la France, je le mène sans relâche pour faire progresser l’Europe et défendre son modèle. Nous avons montré que ce qu’on nous disait inaccessible, la création d’une défense européenne ou  la protection des droits sociaux, était possible. Mais il faut faire plus, plus vite. Car il y a l’autre piège, celui du statu quo  et de la résignation. Face aux grands chocs du monde, les citoyens nous disent bien souvent : « Où est l’Europe  ? Que fait l’Europe  ? ». Elle est devenue à leurs yeux un marché sans âme. Or l’Europe n’est pas qu’un marché, elle est un projet. Un marché est utile, mais il ne doit pas faire oublier la nécessité de frontières qui protègent et de valeurs qui unissent. Les nationalistes se trompent quand ils  prétendent défendre notre identité dans le retrait de l’Europe ; car c’est la civilisation européenne qui nous réunit, nous libère et nous protège. Mais ceux qui ne voudraient rien changer se trompent aussi, car ils nient les peurs qui traversent nos peuples, les doutes qui minent nos démocraties. Nous sommes à un moment décisif pour notre continent ; un moment où, collectivement, nous devons réinventer politiquement, culturellement, les formes de notre civilisation dans un monde qui se transforme. C’est le moment de la Renaissance européenne. Aussi, résistant aux tentations du repli et des divisions, je vous propose de bâtir ensemble cette Renaissance autour de trois ambitions : la liberté, la protection et le progrès .

Défendre notre liberté

Le modèle européen repose sur la liberté de l’homme , la diversité des opinions, de la création.    Notre liberté première est la liberté démocratique, celle de choisir nos gouvernants là où, à chaque scrutin, des puissances étrangères cherchent à peser sur nos votes. Je propose que soit créée une Agence européenne de protection des démocraties  qui fournira des experts européens à chaque Etat membre pour protéger son processus électoral contre les cyberattaques et les manipulations. Dans cet espri t d’indépendance, nous devons aussi interdire le financement des partis politiques européens par des puissances étrangères . Nous devrons bannir d’Internet, par des règles européennes, tous les discours de haine et de violence , car le respect de l’individu est le fondement de notre civilisation de dignité.  

Protéger notre continent

Fondée sur la réconciliation interne, l’Union européenne a oublié de regarder les réalités du monde. Or aucune communauté ne crée de sentiment d’appartenance si elle n’a pas des l imites qu’elle protège. La frontière, c’est la liberté en sécurité.    Nous devons ainsi remettre à plat l’espace Schengen  : tous ceux qui veulent y participer doivent remplir des obligations de responsabilité (contrôle rigoureux des frontières) et de solidarité (une même politique d’asile,   avec les mêmes règles d’accueil et de refus). Une police des frontières commune et un office européen de l’asile , des obligations strictes de contrôle, une solidarité européenne à laquelle chaque pays contribue, sous l’autorité d’un Conseil européen de sécurité intérieure  : je crois, face aux migrations, à une Europe qui protège à la fois ses valeurs et ses frontières. Les mêmes exigences doivent s’appliquer à la défense. D’importants progrès ont été réalisés depuis deux ans, mais nous devons donner un cap clair : un traité   de défense   et de sécurité   devra définir nos obligations indispensables, en lien avec l’OTAN et  nos alliés européens : augmentation des dépenses militaires, clause de défense mutuelle rendue opérationnelle, Conseil de sécurité européen associant le Royaume-Uni pour préparer nos décisions collectives.  Nos frontières doivent aussi assurer une  juste concurrence . Quelle puissance au monde accepte de poursuivre ses échanges avec ceux qui ne respectent aucune de ses règles ? Nous ne pouvons  pas subir sans rien dire. Nous devons réformer notre politique de concurrence, refonder notre  politique commerciale : sanctionner ou interdire en Europe les entreprises qui portent atteinte à nos intérêts stratégiques   et nos valeurs essentielles , comme les normes environnementales, la protection des données et le juste paiement de l’impôt ; et assumer, dans les industries stratégiques et nos marchés publics, une préférence européenne  comme le font nos concurrents américains ou chinois.  

Retrouver l’esprit de progrès  

L’Europe n’est pas une puissance de second rang. L’Europe entière est une avant -garde : elle a toujours su définir les normes du progrès . Pour cela, elle doit porter un projet de convergence  plus que de concurrence : l’Europe, où a été créée la sécurité sociale, doit instaurer pour chaque travailleur, d’Est en Ouest et du Nord au Sud, un bouclier social  lui garantissant la même rémunération sur le même lieu de travail, et un salaire minimum européen, adapté à chaque  pays et discuté chaque année collectivement. Renouer avec le fil du progrès, c’est aussi prendre la tête du combat écologique. Regarderons -nous nos enfants en face, si nous ne résorbons pas aussi notre dette climatique ? L’Union européenne doit fixer son ambition  –   0 carbone en 2050, division par deux des pesticides en 2025  –   et adapter ses politiques à cette exigence : Banque européenne du climat  pour financer la transition écologique ; force sanitaire européenne  pour renforcer les contrôles de nos aliments ; contre la menace des lobbies, évaluation scientifique indépendante  des substances dangereuses pour l’environnement et la santé… Cet impératif d oit guider toute notre action : de la Banque centrale à la Commission européenne, du budget européen au plan d’investissement  pour l’Europe, toutes nos institutions doivent avoir le climat pour mandat. Le progrès et la liberté, c’est pouvoir vivre de son travail : pour créer des emplois, l’Europe doit anticiper. C’est pour cela qu’elle doit non seulement réguler les géants du numérique, en créant une supervision européenne des grandes plateformes  (sanction accélérée des atteintes à la concurrence, transparence de leurs algorithmes…), mais aussi financer l’innovation  en dotant le nouveau Conseil européen de l’innovation d’un budget comparable à celui des Etats-Unis,  pour prendre la tête des nouvelles ruptures technologiques, comme l’intelligence artificielle . Une Europe qui se projette dans le monde doit être tournée vers l’Afrique , avec laquelle nous devons nouer un pacte d’avenir. En assumant un destin commun, en soutenant son développement de manière ambitieuse et non défensive : investissement, partenariats universitaires, éducation des jeunes filles…

Liberté, protection, progrès . Nous devons bâtir sur ces piliers une Renaissance européenne.  Nous ne pouvons pas laisser les nationalistes sans solution exploiter la colère des peuples. Nous ne pouvons pas être les somnambules d’une Europe amollie. Nous ne pouvons pas rester dans la routine et l’incantation. L’humanisme européen est une exigence d’action. Et partout les citoyens demandent à participer au changement. Alors d’ici la fin de l’année, avec les représentants des institutions européennes et des Etats, mettons en place  une Conférence pour l’Europe afin de proposer tous les changements nécessaires à notre projet politique , sans tabou, pas même la révision des traités. Cette conférence devra associer des panels de citoyens , auditionner des universitaires, les partenaires sociaux, des représentants religieux et spirituels. Elle définira une feuille de route pour l’Union européenne traduisant en actions concrètes ces grandes priorités. Nous aurons des désaccords, mais vaut-il mieux une Europe figée ou une Europe qui progresse parfois à différents rythmes, en restant ouverte à tous ? Dans cette Europe, les peuples auront vraiment repris le contrôle de leur destin ; dans cette Europe, le Royaume- Uni, j’en suis sûr, trouvera toute sa place. Citoyens d’Europe, l’impasse du Brexit est une leçon pour tous. Sortons de ce piège, donnons un sens aux élections à venir et à notre projet. A vous de décider si l’Europe, les valeurs de  progrès qu’elle porte, doivent être davantage qu’une parenthèse dans l’histoire.

C’est le choix que je vous propose, pour tracer ensemble le chemin d’une Renaissance européenne.  

Emmanuel MACRON


Les grands quotidiens ont déjà repris le message (en Italie ou en Allemagne). A la façon de Bonaparte en Italie, on peut dire que Macron sort du bois et que la véritable bataille pour l’Europe commence. Notre analyse à paraître dans quelques jours, restez connectés.

Journalpolitique.info via service de presse de la Présidence de la République