Le philosophe anglais Roger Scruton critique la « vision du ressentiment » irriguant la gauche occidentale

Le philosophe anglais Roger Scruton critique la « vision du ressentiment » irriguant la gauche occidentale

Journalpolitique.info veut mettre en évidence la superposition des clivages et leurs différentes interprétations. Le renforcement des oppositions sur certaines questions d’actualité pousse toujours à privilégier le pluralisme pour les mettre face-à-face sur le fond. Nous relayons donc le compte-rendu d’entretien avec le philosophe. Il s’en prend à une représentation obsédante de la société, déconnectée de la réalité et conjuguée à un rêve utopique de salut.

Roger Scruton, auteur du classique « De l’urgence d’être conservateur »(1)

Extraits de l’entretien :

« Vous intitulez l’Erreur et l’Orgueil un ouvrage français tiré de l’un de vos essais, Thinker of the New Left, qui étudie les penseurs de la nouvelle gauche. Pourquoi leur accoler ces deux termes ? Comment décrire ce courant de pensée ?
L’intention du livre est d’exposer la vanité et l’aveuglement qui ont amené les penseurs de gauche à ignorer toute critique réelle. Je rassemble ceux qui, à mon avis, ont été les plus influents et je critique les erreurs de leurs théories et l’extraordinaire orgueil qui a entraîné tant de penseurs de gauche à conserver leur position malgré les faits et les arguments qui démontrent qu’elle était mal intentionnée et irrationnelle. »

« Alors que beaucoup considèrent que la fracture s’établit désormais entre conservateurs et progressistes, le clivage droite-gauche est-il encore pertinent ?
Droite contre gauche : conservateur versus progressiste ; réactionnaire ou révolutionnaire, ce ne sont que des mots. Ce qui compte, c’est ce qu’ils représentent. Pour moi, la position de gauche à notre époque a signifié le plaidoyer en faveur de la « libération » des « structures » de la société « bourgeoise ». Je pense que cette position perdure dans toutes les nouvelles modes de notre temps – la libération des femmes des coutumes et des incapacités imposées par les hommes, la libération des homosexuels des normes du mariage bourgeois, celle de tous les nouveaux groupes de victimes de ce qui est supposé être la culture oppressive qui les entoure. Ce que j’entends par « gauche », c’est cette vision qui repose sur la répudiation de tout ce qui définit les réalisations et le patrimoine culturel européens. Et c’est ainsi que, dans mon pays, la plupart des gens qui se livrent à la chasse aux sorcières par le biais des médias sociaux se décrivent eux-mêmes. »

« Parmi les divers courants de pensée, la gauche américaine se distingue de ses consœurs outre-Atlantique. En quoi ?
Les Américains ont toujours formulé leurs conflits politiques en utilisant le lexique de la Constitution des États-Unis, en termes de « droits », et se méfiaient du socialisme jusqu’à récemment. Peut-être est-ce en train de changer, sous l’impact de la « politique de l’identité ». L’accent est maintenant mis sur l’illégitimité de tout ce qui est constitutif du legs politique américain. La nouvelle gauche américaine, nourrie dans des universités attentives à des sujets politisés comme les « gender studies » (études de genre), est concentrée sur les libertés et les droits reconnus par la Constitution, les considérant comme des privilèges conférés aux hommes blancs aux dépens de tous les autres. À mon avis, c’est absurde, mais très séduisant pour les jeunes gens qui se demandent s’ils ont droit aux incroyables privilèges inhérents à leur naissance dans la société la plus riche, la plus libre, la plus abondante et la plus protégée qu’on ait jamais connue. »

NDLR : Scruton montre bien ici que la politique de l’identité se fonde sur l’illimitation des droits prescrits, inaltérables, et sur la Constitution qui les garantit. La revendication par les droits est donc illimitée.

« Quel est le rapport de la gauche intellectuelle occidentale avec la réalité ?
Le point de vue de gauche ne tient aucun compte des vrais êtres humains ni de leurs motivations. Il y a une coloration fantaisiste dans tous les écrits de gauche, qui ne concernent pas le monde réel des êtres humains imparfaits et faillibles, mais l’intellectuel de gauche dans sa lutte héroïque. Le but de cette lutte est d’abolir les êtres humains et de les remplacer par quelque chose de meilleur. Ce nouveau type humain reconnaîtra alors l’intellectuel de gauche comme prophète et sauveur. »

Dernière génération prophétique ? Une des Inrockuptibles (02/2019)

« « La société capitaliste est fondée sur le pouvoir et la domination » semble être le mantra des intellectuels de la nouvelle gauche. Comment l’expliquez-vous ?Dans les écrits de Sartre, Foucault, Althusser et des penseurs allemands de l’école de Francfort se retrouve une vision obsédante de la société dans laquelle toutes les relations humaines sont réduites à des formes de « domination ». C’est une vision paranoïaque, qui se pose naturellement chez les intellectuels car elle explique pourquoi ils n’ont pas le pouvoir qu’ils méritent, tout en cachant le fait qu’ils ne le méritent en aucun cas. Le monde qui l’entoure est critiqué en tant que produit du capitalisme, conçu comme une forme d’asservissement moral. Le capitalisme de l’époque de Marx pouvait vraisemblablement être décrit comme une forme d’oppression de classe. Maintenant que la chose appelée « capitalisme » a tellement changé qu’elle n’est plus reconnaissable, devenant le moteur d’une mobilité et d’une abondance sans précédent, il est difficile de critiquer cette chose en usant des anciens termes marxistes. »

« Mais nous pouvons l’attaquer pour son mystère, pour l’esclavage intérieur dans lequel elle nous emprisonne. Et les écrivains français ont très bien décrit cet esclavage intérieur, par exemple Jean Baudrillard, Pierre Bourdieu et Gilles Lipovetsky, bien que ce que nous puissions faire pour changer les choses soit un sujet qu’ils ont tendance à éviter. »

Le Président de la République mène la Grand Débat avec les 79 intellectuels, via France Culture

« « Une foi aveugle entraîne les gauchistes radicaux » : ces courants de pensée seraient-ils la nouvelle religion de notre époque?
Il y a sûrement un trou en forme de dieu au cœur de la pensée de gauche et j’essaie d’expliquer pourquoi. La religion de gauche, surtout dans ses formes socialistes, offre un rêve de salut – une nouvelle forme d’unité, dans une condition d’égalité, que nous pouvons obtenir ici-bas et pour laquelle nous n’avons pas à attendre jusqu’à la mort. En fait, vous constaterez que la mort a très peu de rôle à jouer dans la vision du monde de gauche ; elle est toujours cachée derrière les invocations d’un avenir glorieux.

Le salut sera une marche des gens derrière la bannière brandie par les intellectuels, vers un nouvel ordre des choses dans lequel il n’y aura ni conflits ni souffrances. Cependant, le chemin menant à cet objectif est un conflit radical parsemé de souffrances incommensurables, et aucun intellectuel de gauche de notre époque n’a jamais admis cela honnêtement.

« « Nous sommes entrés dans une période de suicide culturel. » C’est un constat bien lugubre… Reste-t-il de l’espoir à vos yeux ?
Ceux qui ont reçu notre héritage culturel l’ont piétiné. Mais une nouvelle foi et un nouvel amour peuvent toujours naître parmi les humbles qui se penchent pour ramasser les morceaux. Un chef amérindien a dit un jour à l’anthropologue Ruth Benedict : « Les peuples boivent l’eau de leur vie chacun dans une tasse différente. Notre tasse est cassée. » Je ne pense pas que notre situation soit si mauvaise. Certes, il existe une culture de répudiation qui domine le monde intellectuel et les débats (s’ils peuvent être qualifiés de débats) sur les médias sociaux. Et il est vrai qu’un grand fossé s’est creusé entre les peuples d’Europe et d’Amérique et la classe politique qui prétend les représenter. Un grand effort doit être fait pour reprendre possession de notre culture et pour reconnaître, face à tous les défis, que nous avons hérité d’un grand cadeau qui fait ou devrait faire envie au monde. Si vous ne le pensez pas, c’est que vous n’avez pas bien regardé le reste du monde.

L’une des caractéristiques les plus frappantes des écrivains de gauche que j’évoque est que, même lorsqu’ils bénéficiaient des plus grands éloges et jouissaient des plus hautes positions sociales dans leurs pays respectifs, ils n’exprimèrent en aucune circonstance une quelconque gratitude pour cela, ni pour rien d’autre. Leur vision du monde est celle du ressentiment, pour reprendre le terme de Nietzsche, et ils voient chaque don comme un piège, une autre forme secrète de domination. Dans une telle vision du monde, la gratitude est exclue : tout ce qu’il y a et tout ce qu’il y aura, c’est le « combat » pour une utopie qui, dans la nature des choses, ne peut jamais advenir. »

Article d’Anne-Laure Debaecker paru sur Valeurs Actuelles relayé sur journalpolitique.info


L’Erreur et l’Orgueil, de Roger Scruton, L’Artilleur, 504 pages, 23 €.

(1) « How to be a Conservative » (L’urgence d’être conservateur), Éditions du Toucan – L’artilleur, collection Essais, 2016.


Le Monde en croisade contre les intox : en devient-il lui-même « contre-vrai » ?

Le Monde en croisade contre les intox : en devient-il lui-même « contre-vrai » ?

Deux récents articles du grand quotidien libéral parisien procèdent encore à des recadrages de la vérité, sous couvert de guerre à l’irrecevable, telles que déjà dénoncées par Frédéric Lordon (Charlot ministre de la vérité) ou Acrimed (Limites du fact-checking) à gauche. Cette fois, la manipulation consiste à disséquer de prétendues fausses informations et leur diffusion, pour pointer du doigt le nationalisme en Europe.

Le philosophe allemand Carl Schmitt appelle ce moteur la désignation de l’ennemi : « toute situation d’opposition concrète est d’autant plus politique qu’elle se rapproche du point extrême qu’est le regroupement ami-ennemi » (Désigner l’ennemi chez Schmitt et Foucault). Les journaux libéraux recourent, comme les autres, à ce moteur politique essentiel : « Schmitt développe une description originale du Politique qui ne se confond directement pas avec l’Etat ou la Nation : le Politique donne et prend forme simultanément à partir de la désignation ami-ennemi, le plus haut degré d’intensité dans un regroupement. » Le problème est que Le Monde se réclame de la vérité et place ainsi des œillères chez son lectorat.

  1. Disséquer la « menace fasciste » sur les réseaux sociaux

Le 3 avril, Le Monde nous informe dans la rubrique Pixels Réseaux sociaux, à partir de l’étude des espagnols d’Alto Analytics, qu' »Avant les élections européennes, les partis d’extrême droite dominent le débat en ligne. Dans cinq pays, les partis nationalistes ont été les plus mentionnés dans les cinq mois précédant l’élection de mai 2019« . Le constat est partagé par les observateurs des réseaux sociaux, des tendances des sites web.

Ce faisant, Le Monde semble désigner son adversaire, sa cible morale. Il s’agit tout bonnement de condamner, à partir des chiffres, « ces utilisateurs frénétiques qui auraient des affinités avec les partis nationalistes et anti-immigration. » : affinité diabolique justifiant la prise pour cible par l’escouade de feu le quotidien de référence.

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La fameuse rubrique sur lemonde.fr, voir les querelles sur wikipedia

Ce projet d’analyse d’Alto Analytics, qui va durer, cherche prioritairement à « identifier toute tentative anormale d’accroître la polarisation sociale ou la radicalisation en Europe », ce qui est à traduire en pratique par la traque aux « partis nationalistes« , renvoyés indifféremment à « l’extrême-droite« , alors même qu’ils sont majoritaires et au pouvoir dans deux des pays étudiés (Italie et Pologne) et que des partis de gauche (M5S en Italie) ou issus de la gauche (AfD en Allemagne) sont cités…

Si le projet est bien l’étude de la radicalisation en Europe, on se demande pourquoi des partis de masse, légaux, démocratiques voire gouvernementaux deviennent la cible automatique. Le Monde pourrait s’intéresser au djihadisme global ou à la polarisation sécessionniste, mais non, le journal de s’inquiéter uniquement de ses adversaires politiques. La chaîne RT – Russia Today, « la voix de Vladimir Poutine » est pointé du doigt, s’immisçant dans le marché français de l’information au grand dam des défenseurs d’une vérité unique. Autant criminaliser les nationalistes pour leur faire oublier tout axe Paris-Berlin-Moscou-Pékin.

« Il serait temps que Le Monde nomme les choses pour ses lecteurs, en acceptant que la droite américaine et européenne est anti-immigrationniste, conservatrice et plutôt nationaliste. Puisque quelque part anti-Le Monde (libéral, libertaire, progressiste), ces adversaires sont renvoyé à la non-vérité, à sous le tapis, à ce que je ne saurais voir. Le Monde fausse le débat public et la notion de vérité. »

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2. Mettre la pression en désignant une « droite ultraconservatrice »

Le second article « La « lettre des généraux » à Macron, itinéraire d’une intox ordinaire. Exhumée par un site conspirationniste américain, cette lettre ouverte et passablement menaçante a été, fin 2018, le sujet le plus diffusé sur les réseaux sociaux.  » est une autre disqualification au nom de la vérité d’un évènement pourtant réel. Pourtant,  » La « lettre des généraux » existe bien : le texte a été publié, le 7 décembre, sur plusieurs blogs confidentiels de militaires ultraconservateurs « (sic). Donc ce n’est pas un faux. Est-ce donc ses soutiens qui la rendent fausse ?

Le Monde revient à son adjectif préféré : « Essentiellement partagé par des comptes d’extrême-droite« , citant Russia Today, Infowars, fdesouche, Le Parisien, et  » Des comptes européens et américains anti-islam ou anti-immigration qui ne semblent pas spécifiquement avoir été poussés par des comptes automatisés.  » (donc ce ne sont pas non plus des automates, mais de vrais petits citoyens… heu « peste brune », pardon). La lettre a été largement diffusée par des militants actifs au sein des réseaux sociaux des mouvements sociaux et de la droite, mais en quoi est-ce de la désinformation ? Il serait temps que le quotidien qui se veut décrypteur nomme les choses pour ses lecteurs, en acceptant que la droite américaine et européenne est anti-immigrationniste, conservatrice et plutôt nationaliste. Puisque quelque part anti-Le Monde, ils sont renvoyé à la non-vérité, à sous le tapis, à ce que je ne saurais voir. Le seul hic recevable est que ces généraux sont à la retraite (ce qui est de notoriété publique), mais Le Monde n’évoque le parcours de que de l’un d’entre eux, pour le disqualifier directement car « anti-migrants » notoire. Les lecteurs n’apprennent rien de l’article, on leur montre simplement les bornes à ne pas dépasser.

Ô Le Monde, canard jadis modéré et éclairant, pourquoi dénoncer des millions d’électeurs comme pré-délinquants frénétiques ? Parlez du fond, vous trompez vos lecteurs avec ces catégories séparant le vrai et convenable, du faux et du « nauséabond » ! Il faudrait davantage se demander pourquoi un tel succès des idées (puisque vous dites que c’est le fait d’une minorité) et comprendre par conséquent la structure de la droite au niveau international, depuis les années 2000. Pourquoi ces publics, comme « les gilets jaunes ordinaires » cités, sont sensibles à ces thèses et les partagent massivement ? Parce qu’ils se sont aperçus qu’une grande partie des questions politiques était occultée ? Ou parce qu’ils sont la peste brune ? S’intéresser au fond de la lettre, y répondre, argumenter, éventuellement condamner… non. Dénoncer cette droite, sans utiliser « la vérité » comme arme, c’est-à-dire accepter le pluralisme ? Pas davantage : aujourd’hui pour Le Monde, le nationaliste est un monstre, égaré de la vérité façon Pixels. Les lecteurs sont interdits de regard, sur un ton d’abord inquiétant puis rassurant. On conçoit que le lecteur qui trouve son régime de véridiction atrophié, soit consent à un jugement automatique (limites du fact-checking) soit en vient à rejetter comme aux Etats-Unis la presse grand public (mainstream). D’ailleurs, un monstre (mostro, mostrare, montrer) est étymologiquement une image.

En 2016 on avait l’alliance Trump-Cambridge Analytica, on a cette fois Le Monde-Alto Analyrics : assez pour gagner la bataille européenne ?

Éléments bibliographiques pour approfondir :

Droits réservés Champs et Editions du Rocher.

Affaire à suivre,

Journalpolitique.info

« Naufrage des civilisations » : le progressisme télévisuel ne partage pas la « lucidité » de l’essayiste Amin Maalouf

« Naufrage des civilisations » : le progressisme télévisuel ne partage pas la « lucidité » de l’essayiste Amin Maalouf

Amin Maalouf, invité de la Grande librairie, veut retracer la source de l’obscurité qui s’est emparée du Levant, zone mésopotamienne comprenant les actuels Liban, Syrie, Jordanie, Chypre, Israël, et une partie de l’Irak, de l’Iran et de la Turquie. La fin des années 1970 (fin de la décolonisation, septennat Giscardien libéral frappé par les crises du pétrole et la révolution néo-conservatrice mondiale (Iran, puis Royaume-Uni, Etats-Unis) constitue un premier grand tournant pour Maalouf. Avec la fin de la guerre froide, le 11 septembre 2001 et le réarmement actuel, l’ouverture d’une phase critique de la politique mondiale voit l’islamise remplacer le communisme comme adversaire de la guerre froide. Les printemps arabes transformés en hivers islamistes à l’exception de la Tunisie, Maalouf déplore la perte « d’une coexistence, d’une qualité de compréhension mutuelle » dans la Méditerranée orientale, qui abritait en harmonie « beaucoup de langues et beaucoup de croyances« . L’islamisme radical a été réveillé « par erreur » par les Occidentaux, selon Maalouf dès le XIXe siècle avec le wahhabisme et bien davantage encore par le plan machiavélique de Churchill le Lion et de Nasser le pharaon, méritant leur place dans un « panthéon de Janus » (dieu aux deux faces ndlr).

C’est dans cette zone que sont nés les trois monothéismes, et c’est de là que surgit l’obscurité aujourd’hui : la guerre, le califat, les réfugiés et les minorités en danger. Notons que la Palestine n’est pas représentée.

Malheureusement, le service public républicain comprend de cet avertissement lucide sur les relations internationales qu’il faut « s’éloigner du conservatisme » (10:20), projet qui n’est pas celui de coexistence humaine dont parle Maalouf, que le Liban illustre encore un peu : conserver l’harmonie, la coexistence des humaines dont le Levant a été un modèle. Le présentateur propose à un André Comte-Sponville pressé de transcrire en doctrine française les propos d’Amin Maalouf, pourtant clairs : l’Europe a besoin d’une renaissance à partir de ses fondements dans lesquels ont peut abondamment puiser pour une politique humaine, au contraire des idéologues de la déconstruction par les minorités en luttes symboliques. Il montre bien là que Macron, de droite et de gauche, a ce souci de renaissance, mais qu’il est fort mal détourné par les grands commentateurs qui pensent que renaître c’est renier.

On en arrive à un point où ce sont des auteurs qui ont connu la grande civilisation harmonieuse qui fut (auteurs libanais, algériens, marocains, franco-italiens, espagnols, québecois) qui préviennent les Français, étourdis et culpabilisés, de ce qui arrive.

JOURNALPOLITIQUE.INFO

André Comte-Sponville, philosophe, va enchaîner les jugements de l’auteur, dans le langage de la gauche athée progressiste (qu’il revendique dès son introduction) : « il n’est pas un réactionnaire, c’est un progressiste malheureux » (13:10) (A. Maalouf cligne un peu des yeux à ces adjectifs). « Son monde d’origine est mort » (14:23) (un peu tranché et violent à dire à quelqu’un qui est justement le représentant de l’humanisme chrétien autour de la Méditerranée). Le philosophe détourne ensuite l’inquiétude de l’auteur vers « les démocraties illibérales en Pologne, en Hongrie, en Italie, Trump en Amérique » (14:50) plutôt que ce contre quoi s’insurgent ces nations (l’oligarchisme déculturant planificateur). Et finalement : « ça passe par la politique et le progrès scientifique et technique »(15:30), ce qui est un axiome tout à fait Saint-Simonien.

« A ce stade il est très difficile de redresser la barre. Il faut surtout prendre conscience de ce qui est en train de se passer. Le rêve européen est le plus prometteur de notre époque. Nous assistons à une nouvelle guerre froide et une nouvelle course aux armements. »

A. Maalouf
Droits réservés Grasset

« L’Amérique, bien qu’elle demeure l’unique superpuissance, est en train de perdre toute crédibilité morale. L’Europe, qui offrait à ses peuples comme au reste de l’humanité le projet le plus ambitieux et le plus réconfortant de notre époque, est en train de se disloquer. Le monde arabo-musulman est enfoncé dans une crise profonde qui plonge ses populations dans le désespoir, et qui a des répercussions calamiteuses sur l’ensemble de la planète. »

Amin Maalouf

On en arrive à un point où ce sont des auteurs qui ont connu la grande civilisation harmonieuse qui fut (auteurs libanais, algériens, marocains, franco-italiens, espagnols, québecois) qui préviennent les français, étourdis et patauds, de ce qui arrive et de leur responsabilité en tant qu’européens. Maalouf leur rappelle, tout comme le franco-italien Alexandre del Valle qui connaît bien le Liban, que la France est en ligne de front comme toujours. Or les pauvres Français se pressent de retraduire dans leurs codes républicano-centrés où la courbe du progrès, à défaut de celle du chômage, justifie tout. Et on discute de généralités sur le progrès scientifique et tel phénomène économique : circulez, y’a rien à voir !

Enfin, la vision biblique proposée (19:00) est à citer : « la catastrophe m’inspire Babel, où l’humanité ne parlait qu’une seule langue. Ce projet est voué à la destruction est est le contraire du Levant« . Faire renaître l’Europe de l’Atlantique à l’Oural demanderait une réappropriation populaire des fondamentaux pour mieux respecter les autres, plus que leur intégration fédérale unitaire ? Veut-on un horizon de progrès infini permettant de juger le réel comme Sponville, ou parler comme Maalouf de la réalité et de s’intéresser à ce grand mouvement concret et à la place qui nous y est dévolue ?

« Menace de disparition d’un monde » résume la rabin. « Introspection et place à l’Autre » ordonne ultimement le présentateur.

A voir sur la Grande librairie :

Pour Journalpolitique.info

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Europe : afficher les vraies couleurs de l’Union (tribune)

Europe : afficher les vraies couleurs de l’Union (tribune)

Pour les élections européennes qui approchent, Journalpolitique.info relaye cette tribune de deux europhiles italiens, Romano Prodi et Stefano Micossi. Ils militent pour brandir fièrement le drapeau de l’Union, qui bien qu’imparfaite demeure absolument nécessaire pour les peuples européens. A lire en anglais ci-dessous.

Romano Prodi est l’ancien président de la Commission européenne et deux fois premier ministre de la République italienne (centre-gauche).

Stefano Micossi est Directeur général d’Assonime, think-tank romain, ancien DG à la Commission européenne


Where in Europe are you most likely to see the European Union flag proudly flying above private homes and buildings? The answer is obvious, if strange: the United Kingdom, by citizens who dread the idea of Brexit. Is it really necessary to lose something that we love – and need – before we really begin to appreciate it?

We believe that, as a sign of our common European identity, EU citizens should, starting on 21 March, proudly display the Union banner. In the face of the challenge posed by nationalists and populists ahead of the European Parliament elections in May, standing up for Europe’s fundamental values has never been more important. Flying the EU flag from our homes and offices can send an undeniable signal that the Union will not be hollowed out by its enemies, within or without.

In an era of growing uncertainty, frustration, and obfuscation of our common destiny, too many Europeans seem oblivious to the long history of dislocation and war that preceded the creation of the EU, and the unprecedented period of peace and prosperity that we have achieved since the 1950s. For 70 years, Europe’s shared institutions have underpinned the common market, the euro, and the vigorous expansion of individual rights under the protection of the European Court of Justice.

Les douze étoiles représentent la solidarité entre ces peuples d’Europe

Moreover, the European welfare-state model is a beacon of civilisation and an example for the entire world. The incorporation of the Charter of Fundamental Rights in the Treaty of Lisbon crowned the construction of an integrated area of 500 million people based on democracy, the rule of law, and the highest affirmation of human dignity. When we travel with our common EU passport, we are recognized and respected worldwide as citizens of a key player in the world order.

These achievements are under threat not only from the Union’s internal opponents but also by the contempt shown for the EU – indeed, for all multilateral institutions – by US President Donald J. Trump’s administration. The institutions that have long underpinned peace, security, and the growth of world trade are, for Trump, enemies to be undermined, which is particularly dangerous given the confrontation between the United States and China. Today, the Sino-American feud is disrupting world trade; tomorrow, it may be world peace.


« The European welfare-state model is a beacon of civilisation »

Romano Prodi et Stefano Micossi

En effet, les politiques sociales européennes sont très performantes pour diminuer la pauvreté (le RSA la fait passer de 22% à 13% par ex) et garantir le développement humain.

There is little doubt that we in Europe will be unable to preserve what we have achieved over the past seven decades if each EU member state strikes out on its own. After all, even the largest EU member, Germany, is a minnow compared to the US and China. Alone, none of us can manage the enormous challenges posed by technology, protectionism, climate change, or international terrorism.

But instead of recognizing that Europe’s strength is its unity, nationalistic and xenophobic forces have gained support across the continent by promising to close our frontiers, dismantle free movement, and reassert our national control over all public policies. The dramatic increase in migration inflows, owing largely to the Syrian Civil War and the near-anarchy prevailing in Libya, have created fertile ground for xenophobes to spread their message of hate. Exploiting the insecurity felt by low-skilled workers and the unemployed, they blame immigrants for all of Europe’s woes. Yet, given Europe’s demography, increasing inflows of skilled migrants are needed to preserve our economies’ dynamism and the sustainability of our health and pension systems.

Yes, Europe’s institutions and policies need deep changes to reconnect with disenchanted citizens. We must show again a capacity to foster growth and investment, to meet the challenges of fast-changing technologies and climate change, and to revitalise our faltering social model. We must show that our common institutions are able and willing to listen to the demands of a frightened public and that we can act together to protect our frontiers and bring greater security to our unstable eastern and southern neighbourhoods.

But there is also an urgent need to mobilize European public opinion around a symbol of our unity and our future projects: and that symbol is the European flag. For this reason, in January one of us launched the idea that starting on 21 March, we display the flag on houses, factories, and offices.

Ancien drapeau du grand projet d’Union paneuropéenne des années 1920

21 March is the first day of spring, and we would like to believe that the coming European elections will herald a new spring for the European project (une Renaissance telle que proposée par Macron en gros ndlr). The date is also the anniversary of the death of Benedict, patron saint of Europe. In one of the darkest hours of the demise of the Roman Empire, Benedict issued a stirring call for tolerance and piety to rebuild a sense of community in the face of nihilism and barbarism.

Let us show our flag to the world, as the symbol of our unity and our dreams, and as a sign of a new beginning in our efforts to preserve and deepen European unity. Or will we recognize what we have only when it is too late?


Une tribune publiée dans New Europe, relayée pour journalpolitique.info

A votre service

Grand débat national : Villeurbanne lance le sujet « régulation du cannabis »

Grand débat national : Villeurbanne lance le sujet « régulation du cannabis »

La municipalité de Villeurbanne vient d’achever la dernière étape de la concertation lancée fin 2018, intitulée « Cannabis : Villeurbanne ouvre le débat ! ». La restitution des résultats du processus a montré qu’un changement de politique s’impose. Loin du « cannabusiness » américano-canadien, les participants esquisseraient un monopole d’État jouant sur des mécanismes incitatifs et un usage thérapeutique encadré. Quel est l’enjeu ?

Cannabis : sécurité-liberté

Le modèle de libéralisation complète cherche à répondre à toutes les demandes, des adolescents comme des seniors, en diversifiant les types
de produits (alimentaires, cosmétiques) et les modes de consommation (cannabis fumé, ingéré, bu en tisane, yoga jajar) à grand renfort de stratégies marketing. La régulation a surtout bénéficié aux insérés, le marché noir reste équivalent à 30-40% selon I. Obradovic de l’OFDT. En France, il apparaît désormais qu’outre la question économique, la question sécuritaire doit prendre en compte cette réalité. On se souvient de plusieurs tentatives de mettre un cadre sur la question du cannabis, et de la tournure morale d’un tel débat. Des propositions plus élaborées ont émergé sous le quinquennat Hollande, notamment de Terra Nova, l’officine sociale-libérale qui proposait dans un rapport d’octobre 2016 d’encadrer le cannabis comme un marché. Le blindé à penser proposait de créer une autorité de régulation du cannabis (ARCA) pour « assécher le marché criminel d’un côté et prendre en compte un problème de santé publique de l’autre ». On retrouve dans ces deux aspects une dialectique sécurité-liberté : la France est le 1er consommateur européen avec 17 millions d’individus ayant consommé au moins une fois au cours de leur vie. A partir du constat que plus de la moitié des hommes en a déjà fumé et moins de quatre femmes sur dix, on peut considérer que c’est une liberté individuelle. Au vu des sommes gigantesques que le marché criminel génère, et des crimes et délits qu’il importe (hors les 90 tonnes interceptées en moyenne chaque année), il y a aussi un enjeu de sécurité du marché par la régulation d’État d’un vaste secteur d’activité, lié à tous les autres trafics internationaux. Il y a bien sûr un enjeu de sécurité publique vis-à-vis d’un marché s’étendant de plus en plus vers les jeunes générations et servant de revenus à bien d’autres activités criminelles. Plus récemment, Le Monde, de la même doctrine, proposait une infographie qui montrait les avantages économiques au duo légalisation-prévention, pour les pouvoirs publics, pour les producteurs, et pour les consommateurs (1). La dernière étude de santé sur les niveaux d’usage des drogues illicites en France, focalisée sur les adultes (20 000 personnes de 18 à 64 ans) (2), montre aussi que 10 % des 26-45 ans en ont un usage régulier. C’est surtout le taux d’expérimentation qui a progressé, et ce dans toutes les tranches :

« Même si la résine reste majoritaire sur le marché, la part de l’herbe augmente : les volumes interceptés ont été multipliés par dix en dix ans et les forces de l’ordre démantèlent de plus en plus de plantations de cannabis (près de 140 000 plants saisis l’année dernière). Cela est à la fois dû au fait
que la France est dorénavant un lieu de production et à une transformation du marché. Plusieurs enquêtes de l’OFDT confi rment que l’herbe est de
plus en plus populaire, en particulier dans les jeunes générations. Par ailleurs, la concentration des produits augmente : le taux moyen de THC dépasse 20 % pour la résine et 11 % pour l’herbe : c’est trois fois plus qu’il y a quinze ans
. » I. Obradovic, Directrice adjointe de l’Observatoire français
des drogues et des toxicomanies (OFDT)


Villeurbanne prête à mener le débat public au niveau national ?

On retiendra des résultats de la concertation avec 3600 habitants qu’après les différentes tables rondes et votations débutées en janvier, 72 % soutiennent une  » dépénalisation ou d’une légalisation » et que 85 % des participants estiment que « la répression du trafic de cannabis n’est pas efficace ». Retrouvez les quatre étapes du processus avec toute la documentation en cliquant sur les gratte-ciels (nouvel onglet) :

Le GDN pourrait permettre de mesurer la popularité d’une réforme chez le public, y compris la question thérapeutique sur laquelle de nombreux pays ont avancé : Etats américains, provinces canadiennes, l’Italie avec le CBD… Jean-Paul Bret, maire PS de Villeurbanne, déclarait il y a quelques semaines que face à la situation du Tonkin, il fallait envisager la question pour du cannabis dans tous ses aspects, et notamment les effets sur le marché tel qu’il fonctionne aujourd’hui. En plus de son envoi sur le site du GDN, le livre blanc de ce processus sera envoyé au gouvernement, aux députés du Rhône et présenté au Forum français pour la sécurité urbaine, le 21 mars à Ivry-sur-Seine (94). Quelle « réponse forte » pourrait y apporter le gouvernement, qui poursuit cette doctrine Collomb-Philippe en termes de sécurité publique vis-à-vis des territoires où sévit le trafic, alors même que C. Castaner annonce une « révolution du système de gestion de l’ordre public en France » (3) ? Le tout sous la critique des Nations unies et du défenseur des droits Jacques Toubon (4), pointant tous deux la chute des libertés publiques en France dans cette dialectique ?

Dans un contexte géopolitique où le vent souffle une guerre distillée qui s’alimente des flux des marchés noirs, l’Etat est bien aux prises avec le problème sécurité-liberté, et l’adjoint à la Sécurité de Villeurbanne, qui « souhaite du courage politique au gouvernement“ pour mener sa doctrine de synthèse, a bien ouvert le débat.

Sur journalpolitique.info


(1) « Légalisé, dépénalisé, prescrit, le cannabis dans le monde en neuf graphiques » Le Monde 06/01/2018

(2) Rendue publique en novembre 2018 (Santé Publique France – Observatoire français des drogues et des toxicomanies, OFDT)

(3) Interview sur BFMTV 13/03/2019

(4) J. Toubon dénonce avec force arguments « Une logique sécuritaire contraignant les libertés fondamentales« . Présentation du rapport d’activité 2018 (03/2019).