Le philosophe anglais Roger Scruton critique la « vision du ressentiment » irriguant la gauche occidentale

Le philosophe anglais Roger Scruton critique la « vision du ressentiment » irriguant la gauche occidentale

Journalpolitique.info veut mettre en évidence la superposition des clivages et leurs différentes interprétations. Le renforcement des oppositions sur certaines questions d’actualité pousse toujours à privilégier le pluralisme pour les mettre face-à-face sur le fond. Nous relayons donc le compte-rendu d’entretien avec le philosophe. Il s’en prend à une représentation obsédante de la société, déconnectée de la réalité et conjuguée à un rêve utopique de salut.

Roger Scruton, auteur du classique « De l’urgence d’être conservateur »(1)

Extraits de l’entretien :

« Vous intitulez l’Erreur et l’Orgueil un ouvrage français tiré de l’un de vos essais, Thinker of the New Left, qui étudie les penseurs de la nouvelle gauche. Pourquoi leur accoler ces deux termes ? Comment décrire ce courant de pensée ?
L’intention du livre est d’exposer la vanité et l’aveuglement qui ont amené les penseurs de gauche à ignorer toute critique réelle. Je rassemble ceux qui, à mon avis, ont été les plus influents et je critique les erreurs de leurs théories et l’extraordinaire orgueil qui a entraîné tant de penseurs de gauche à conserver leur position malgré les faits et les arguments qui démontrent qu’elle était mal intentionnée et irrationnelle. »

« Alors que beaucoup considèrent que la fracture s’établit désormais entre conservateurs et progressistes, le clivage droite-gauche est-il encore pertinent ?
Droite contre gauche : conservateur versus progressiste ; réactionnaire ou révolutionnaire, ce ne sont que des mots. Ce qui compte, c’est ce qu’ils représentent. Pour moi, la position de gauche à notre époque a signifié le plaidoyer en faveur de la « libération » des « structures » de la société « bourgeoise ». Je pense que cette position perdure dans toutes les nouvelles modes de notre temps – la libération des femmes des coutumes et des incapacités imposées par les hommes, la libération des homosexuels des normes du mariage bourgeois, celle de tous les nouveaux groupes de victimes de ce qui est supposé être la culture oppressive qui les entoure. Ce que j’entends par « gauche », c’est cette vision qui repose sur la répudiation de tout ce qui définit les réalisations et le patrimoine culturel européens. Et c’est ainsi que, dans mon pays, la plupart des gens qui se livrent à la chasse aux sorcières par le biais des médias sociaux se décrivent eux-mêmes. »

« Parmi les divers courants de pensée, la gauche américaine se distingue de ses consœurs outre-Atlantique. En quoi ?
Les Américains ont toujours formulé leurs conflits politiques en utilisant le lexique de la Constitution des États-Unis, en termes de « droits », et se méfiaient du socialisme jusqu’à récemment. Peut-être est-ce en train de changer, sous l’impact de la « politique de l’identité ». L’accent est maintenant mis sur l’illégitimité de tout ce qui est constitutif du legs politique américain. La nouvelle gauche américaine, nourrie dans des universités attentives à des sujets politisés comme les « gender studies » (études de genre), est concentrée sur les libertés et les droits reconnus par la Constitution, les considérant comme des privilèges conférés aux hommes blancs aux dépens de tous les autres. À mon avis, c’est absurde, mais très séduisant pour les jeunes gens qui se demandent s’ils ont droit aux incroyables privilèges inhérents à leur naissance dans la société la plus riche, la plus libre, la plus abondante et la plus protégée qu’on ait jamais connue. »

NDLR : Scruton montre bien ici que la politique de l’identité se fonde sur l’illimitation des droits prescrits, inaltérables, et sur la Constitution qui les garantit. La revendication par les droits est donc illimitée.

« Quel est le rapport de la gauche intellectuelle occidentale avec la réalité ?
Le point de vue de gauche ne tient aucun compte des vrais êtres humains ni de leurs motivations. Il y a une coloration fantaisiste dans tous les écrits de gauche, qui ne concernent pas le monde réel des êtres humains imparfaits et faillibles, mais l’intellectuel de gauche dans sa lutte héroïque. Le but de cette lutte est d’abolir les êtres humains et de les remplacer par quelque chose de meilleur. Ce nouveau type humain reconnaîtra alors l’intellectuel de gauche comme prophète et sauveur. »

Dernière génération prophétique ? Une des Inrockuptibles (02/2019)

« « La société capitaliste est fondée sur le pouvoir et la domination » semble être le mantra des intellectuels de la nouvelle gauche. Comment l’expliquez-vous ?Dans les écrits de Sartre, Foucault, Althusser et des penseurs allemands de l’école de Francfort se retrouve une vision obsédante de la société dans laquelle toutes les relations humaines sont réduites à des formes de « domination ». C’est une vision paranoïaque, qui se pose naturellement chez les intellectuels car elle explique pourquoi ils n’ont pas le pouvoir qu’ils méritent, tout en cachant le fait qu’ils ne le méritent en aucun cas. Le monde qui l’entoure est critiqué en tant que produit du capitalisme, conçu comme une forme d’asservissement moral. Le capitalisme de l’époque de Marx pouvait vraisemblablement être décrit comme une forme d’oppression de classe. Maintenant que la chose appelée « capitalisme » a tellement changé qu’elle n’est plus reconnaissable, devenant le moteur d’une mobilité et d’une abondance sans précédent, il est difficile de critiquer cette chose en usant des anciens termes marxistes. »

« Mais nous pouvons l’attaquer pour son mystère, pour l’esclavage intérieur dans lequel elle nous emprisonne. Et les écrivains français ont très bien décrit cet esclavage intérieur, par exemple Jean Baudrillard, Pierre Bourdieu et Gilles Lipovetsky, bien que ce que nous puissions faire pour changer les choses soit un sujet qu’ils ont tendance à éviter. »

Le Président de la République mène la Grand Débat avec les 79 intellectuels, via France Culture

« « Une foi aveugle entraîne les gauchistes radicaux » : ces courants de pensée seraient-ils la nouvelle religion de notre époque?
Il y a sûrement un trou en forme de dieu au cœur de la pensée de gauche et j’essaie d’expliquer pourquoi. La religion de gauche, surtout dans ses formes socialistes, offre un rêve de salut – une nouvelle forme d’unité, dans une condition d’égalité, que nous pouvons obtenir ici-bas et pour laquelle nous n’avons pas à attendre jusqu’à la mort. En fait, vous constaterez que la mort a très peu de rôle à jouer dans la vision du monde de gauche ; elle est toujours cachée derrière les invocations d’un avenir glorieux.

Le salut sera une marche des gens derrière la bannière brandie par les intellectuels, vers un nouvel ordre des choses dans lequel il n’y aura ni conflits ni souffrances. Cependant, le chemin menant à cet objectif est un conflit radical parsemé de souffrances incommensurables, et aucun intellectuel de gauche de notre époque n’a jamais admis cela honnêtement.

« « Nous sommes entrés dans une période de suicide culturel. » C’est un constat bien lugubre… Reste-t-il de l’espoir à vos yeux ?
Ceux qui ont reçu notre héritage culturel l’ont piétiné. Mais une nouvelle foi et un nouvel amour peuvent toujours naître parmi les humbles qui se penchent pour ramasser les morceaux. Un chef amérindien a dit un jour à l’anthropologue Ruth Benedict : « Les peuples boivent l’eau de leur vie chacun dans une tasse différente. Notre tasse est cassée. » Je ne pense pas que notre situation soit si mauvaise. Certes, il existe une culture de répudiation qui domine le monde intellectuel et les débats (s’ils peuvent être qualifiés de débats) sur les médias sociaux. Et il est vrai qu’un grand fossé s’est creusé entre les peuples d’Europe et d’Amérique et la classe politique qui prétend les représenter. Un grand effort doit être fait pour reprendre possession de notre culture et pour reconnaître, face à tous les défis, que nous avons hérité d’un grand cadeau qui fait ou devrait faire envie au monde. Si vous ne le pensez pas, c’est que vous n’avez pas bien regardé le reste du monde.

L’une des caractéristiques les plus frappantes des écrivains de gauche que j’évoque est que, même lorsqu’ils bénéficiaient des plus grands éloges et jouissaient des plus hautes positions sociales dans leurs pays respectifs, ils n’exprimèrent en aucune circonstance une quelconque gratitude pour cela, ni pour rien d’autre. Leur vision du monde est celle du ressentiment, pour reprendre le terme de Nietzsche, et ils voient chaque don comme un piège, une autre forme secrète de domination. Dans une telle vision du monde, la gratitude est exclue : tout ce qu’il y a et tout ce qu’il y aura, c’est le « combat » pour une utopie qui, dans la nature des choses, ne peut jamais advenir. »

Article d’Anne-Laure Debaecker paru sur Valeurs Actuelles relayé sur journalpolitique.info


L’Erreur et l’Orgueil, de Roger Scruton, L’Artilleur, 504 pages, 23 €.

(1) « How to be a Conservative » (L’urgence d’être conservateur), Éditions du Toucan – L’artilleur, collection Essais, 2016.


Gilets jaunes : vous êtes héroïques (2)

Gilets jaunes : vous êtes héroïques (2)

Au plus fort du mouvement, à Lyon

Je m’adresse bien sûr au peuple et non aux ultras infiltrés. Vous avez forcé le pouvoir dans ses retranchements. Le feu à Notre-Dame est le premier acte de guerre. Restez forts, diffusez au maximum l’âme de la vraie France. Réveillez les derniers somnolents. Reprenons le contrôle.

Vous avez réussi à faire voler en éclat la chape de plomb, le politiquement correct. Vous avez permis aux idées de se diffuser et d’être débattues. Vous avez montré au monde que la France ne plie jamais, qu’elle vit encore. Vous avez réalisé le rêve populiste, le quatrième après Trump et le Brexit et l’Italie. Vous montrez le chemin à l’Europe.

Maintenant, pour ne pas tomber dans le piège, il faut viser juste : la première étape est de se réapproprier les fondamentaux de la France, d’en finir avec le mythe égalitariste post-politique, de sortir du passé unique démarrant en 1945 ou 1958, de réhabiliter massivement les grandes figures et accomplissements de notre civilisation portée à bout de bras pendant deux mille ans. L’ethno-masochisme structurel doit prendre fin. Même si on vous l’impose de force.

Notre-Dame doit en être la résurrection, la prise de conscience que tout cela est menacé. La vente sans concession de notre haut-lieu à une mémoire mondiale n’a pas de sens, on ne brade pas son passé, on s’y soumet comme on se soumet à l’évidence et comme les constructeurs se sont soumis à la patience pour une œuvre éternelle.

Comprenez que la République est une parenthèse, aussi bien en Grèce antique qu’à Rome ou qu’en France. Elle n’est pas un état de nature insurmontable, il est faux que hors de son horizon d’émancipation infinie rien n’existe, même si on a remodelé tout le passé pour que ça y corresponde. Comprenez que la démocratie partisane pluraliste mène au nivellement par le bas à la ploutocratie internationale. Sortez du militantisme gauche-droite automatique, sortez de la fable de l’extrême-droite et de l’extrême-gauche diaboliques, sortez des injonctions à s’oblitérer pour laisser la place au no man’s land disneylandique. Rétablissons la France éternelle. Le peuple y adhère. La clarification est indispensable.

JAMAIS JE NE LAISSERAI TOMBER NOS LABOUREURS POUR LES BANQUIERS

La définition juridique abstraite de la nation ne vaut plus rien pour les temps qui courent, elle ne peut que maintenir le statu quo. La maximisation des échanges est inutile en contexte de déclin de l’écosystème. Gilets jaunes, prenez le canal historique, clamez haut et fort le nom de la France éternelle.

Si Dieu le veut, nous mettrons fin à ce régime ploutocratique. Nous sommes déjà depuis 2015 entrés dans une phase qui connaîtra peut-être beaucoup de troubles, mais l’inversion de la tendance mènera au salut. Il y a toujours eu protectionnisme et refonte nationale après les grandes périodes de libéralisation à marche forcée. Nos alliés italiens et russes attendent la France. Les américains et le peuple britannique aussi. Ils désespèrent d’y voir un Trudeau II. Pour cela nous avons besoin d’anticiper.

Ne vous laissez plus endormir par l’idée que l’histoire est terminée, qu’on ne peut que subir. Ne perdons pas le contrôle de notre propre pays au profit de plans d’investissement mondiaux. La révolution actuelle nous fait revenir à l’histoire très longue, dans laquelle la dernière séquence de globalisation forcenée paraît folle. Les mots d’ordre de ce système ne servent pas à grand chose pour ce qui se joue. La poudre d’escampette se dissipe et on ne voit que la cupidité.

Crédits photo : Le Monde

Réveillez prioritairement les ethnomasochistes qui ne défendent plus leurs ancêtres et leur message, la gauche béate qui ne veut rien voir. Secouez ceux qui ont oublié sur quoi est fondé leur pouvoir et méprisent le faible et préfèrent s’observer vivre à travers instagram. Rappelez-leur à tous le contexte géopolitique, et les missions qui seraient attendues d’un parfait complice : consommer pour se sentir exister, prêcher le vivre-ensemble et le libre-échange avant tout, dire que le peuple n’existe pas, ignorer les racines du pays au profit de la rentabilité, faire diversion sur des luttes institutionnelles quelconques à travers le vote, appeler à battre les différents punching-ball que sont Le Pen, le complotisme, le racisme etc.

Faites attention au moment où vous vous auto-censurez, et comprenez pourquoi vous faites violence à votre recherche de vérité et ce qu’on vous décrit comme inadmissible. Comprenez que 1% possède la majeur partie des richesses et qu’on accepte cela tous les jours. Or cette clique se fout de votre humilité toute généreuse. Elle veut simplement que la France produise et soit rentable.

Les sublimes vitraux gothiques sont la vraie œuvre

En visant la gauche béate et la droite qui ne réfléchit plus au grand schéma, diffusez-leur au maximum la littérature qui ouvre l’esprit s’ils sont débutants (Aldous Huxleys, George Orwell, Karl Marx, Oswald Spengler).

Montrez-leur leur erreur grossière s’ils sont encore dans l’idéologie du futur festif, béat et mondialisé (François-René de Chateaubriand, Roger Scruton, Georges Bernanos, Philippe Muray, Jean-Claude Michéa, Christopher Lasch). Pensez à votre âme et à tous ceux qui vous ont précédé sur ce sol avant de penser à Tinder et aux séries américaines. Gilets Jaunes, vous avez été héroïques.

Reproductible en citant l’auteur : Malik pour journalpolitique.info

« Identités meurtrières », plus jamais elle ne sera une terre étrangère : la lucidité d’Amin Maalouf

« Identités meurtrières », plus jamais elle ne sera une terre étrangère : la lucidité d’Amin Maalouf

L’écrivain franco-libanais, Amin Maalouf, connaît bien l’harmonie qui peut exister entre les cultures, les traditions et les croyances : le Liban avait jusqu’alors été emblématique de cette réussite du dialogue. Pour Maalouf, la France connaît une situation de plus en plus tendue. Dans son essai remarqué, Les identités meurtrières, qui reprend des thèmes de l’individu pluriel du sociologue lyonnais Bernard Lahire (1), il propose des pistes cosmopolitiques et humanistes, invitant le lecteur à faire la paix avec sa propre identité.

Sous-ligné par un lecteur

Amin Maalouf invite chacun à ne pas renier sa part française et à prendre soin du pays où l’on vit, évoquant cette « terre de France » dont sa vie a de fait hérité. Se faire dépositaire de la francité apportera la paix civile sur le registre identitaire. Et bien entendu, cela ne revient pas à se tronquer : « l’identité ne se compartimente pas« . Cela revient à s’opposer à la guerre du bas et à reconstruire en cohérence avec le passé et l’avenir, cela revient à voir en soi un microcosme dosé de l’histoire du peuple de France.

L’essayiste a eu du mal à convaincre les français de l’imminence du naufrage lors de son passage sur le service public national pour « Naufrage des civilisations » en avril 2019 (notre analyse). Les thèmes progressistes de Maalouf sont parfois instrumentalisés sur un registre hostile au conservatisme et à l’identité européenne, alors même que l’objet est d’avertir les Français : ne vous reniez pas, prenez soin de votre civilisation car le monde tremble et l’heure est à l’acceptation de soi et à regarder droit devant. C’est le conservatisme politique radical iranien, américain et daeshien qui inquiète bien davantage Maalouf qui mesure les résultats au Liban pris entre les feux. La civilisation, la politesse, la douceur, la raison, l’humilité, voici ce qui doit réunir, et l’Europe doit sortir de ses meurtrissures identitaires par la refondation.

Pour journalpolitique.info

(1) Bernard Lahire (ENS de Lyon) : L’Homme pluriel. Les ressorts de l’action, Paris, Nathan, 1998 (traduit en Espagne, au Brésil, au Portugal, en Roumanie, au Royaume-Uni et au Japon). Voir aussi : Monde pluriel : penser l’unité des sciences sociales, Paris, Seuil, coll. « Couleur des idées », 2012.


Notre-Dame : F-X Bellamy tempère les ardeurs macronistes et dénonce la « manie de la disruption »

Notre-Dame : F-X Bellamy tempère les ardeurs macronistes et dénonce la « manie de la disruption »

Voilà un nouveau personnage sur la scène politique nationale : François-Xavier Bellamy professeur de philosophie élu à Versailles, tête de liste LR pour les élections européennes du mois de mai prochain (23-26 mai).

Bellamy n’est pas honteux de son conservatisme et s’accorde à l’idée d’une renaissance européenne sur le fond. Face à la multiplication des déclarations ambitieuses du Président de la République et de son gouvernement (reconstruction en cinq ans, grand concours international, modernisme), le chef de file Bellamy s’en prend à cet orgueil pour inviter à mieux observer l’héritage dont est issue Notre-Dame de Paris. Dans une série de messages, il en appelle à l’humilité contre le profit politique et l’accaparement :

Sur Twitter, le 18/04/2019

Bâtir, hériter… l’histoire de la civilisation ?

Une dépêche pour journalpolitique.info


Le Monde en croisade contre les intox : en devient-il lui-même « contre-vrai » ?

Le Monde en croisade contre les intox : en devient-il lui-même « contre-vrai » ?

Deux récents articles du grand quotidien libéral parisien procèdent encore à des recadrages de la vérité, sous couvert de guerre à l’irrecevable, telles que déjà dénoncées par Frédéric Lordon (Charlot ministre de la vérité) ou Acrimed (Limites du fact-checking) à gauche. Cette fois, la manipulation consiste à disséquer de prétendues fausses informations et leur diffusion, pour pointer du doigt le nationalisme en Europe.

Le philosophe allemand Carl Schmitt appelle ce moteur la désignation de l’ennemi : « toute situation d’opposition concrète est d’autant plus politique qu’elle se rapproche du point extrême qu’est le regroupement ami-ennemi » (Désigner l’ennemi chez Schmitt et Foucault). Les journaux libéraux recourent, comme les autres, à ce moteur politique essentiel : « Schmitt développe une description originale du Politique qui ne se confond directement pas avec l’Etat ou la Nation : le Politique donne et prend forme simultanément à partir de la désignation ami-ennemi, le plus haut degré d’intensité dans un regroupement. » Le problème est que Le Monde se réclame de la vérité et place ainsi des œillères chez son lectorat.

  1. Disséquer la « menace fasciste » sur les réseaux sociaux

Le 3 avril, Le Monde nous informe dans la rubrique Pixels Réseaux sociaux, à partir de l’étude des espagnols d’Alto Analytics, qu' »Avant les élections européennes, les partis d’extrême droite dominent le débat en ligne. Dans cinq pays, les partis nationalistes ont été les plus mentionnés dans les cinq mois précédant l’élection de mai 2019« . Le constat est partagé par les observateurs des réseaux sociaux, des tendances des sites web.

Ce faisant, Le Monde semble désigner son adversaire, sa cible morale. Il s’agit tout bonnement de condamner, à partir des chiffres, « ces utilisateurs frénétiques qui auraient des affinités avec les partis nationalistes et anti-immigration. » : affinité diabolique justifiant la prise pour cible par l’escouade de feu le quotidien de référence.

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La fameuse rubrique sur lemonde.fr, voir les querelles sur wikipedia

Ce projet d’analyse d’Alto Analytics, qui va durer, cherche prioritairement à « identifier toute tentative anormale d’accroître la polarisation sociale ou la radicalisation en Europe », ce qui est à traduire en pratique par la traque aux « partis nationalistes« , renvoyés indifféremment à « l’extrême-droite« , alors même qu’ils sont majoritaires et au pouvoir dans deux des pays étudiés (Italie et Pologne) et que des partis de gauche (M5S en Italie) ou issus de la gauche (AfD en Allemagne) sont cités…

Si le projet est bien l’étude de la radicalisation en Europe, on se demande pourquoi des partis de masse, légaux, démocratiques voire gouvernementaux deviennent la cible automatique. Le Monde pourrait s’intéresser au djihadisme global ou à la polarisation sécessionniste, mais non, le journal de s’inquiéter uniquement de ses adversaires politiques. La chaîne RT – Russia Today, « la voix de Vladimir Poutine » est pointé du doigt, s’immisçant dans le marché français de l’information au grand dam des défenseurs d’une vérité unique. Autant criminaliser les nationalistes pour leur faire oublier tout axe Paris-Berlin-Moscou-Pékin.

« Il serait temps que Le Monde nomme les choses pour ses lecteurs, en acceptant que la droite américaine et européenne est anti-immigrationniste, conservatrice et plutôt nationaliste. Puisque quelque part anti-Le Monde (libéral, libertaire, progressiste), ces adversaires sont renvoyé à la non-vérité, à sous le tapis, à ce que je ne saurais voir. Le Monde fausse le débat public et la notion de vérité. »

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2. Mettre la pression en désignant une « droite ultraconservatrice »

Le second article « La « lettre des généraux » à Macron, itinéraire d’une intox ordinaire. Exhumée par un site conspirationniste américain, cette lettre ouverte et passablement menaçante a été, fin 2018, le sujet le plus diffusé sur les réseaux sociaux.  » est une autre disqualification au nom de la vérité d’un évènement pourtant réel. Pourtant,  » La « lettre des généraux » existe bien : le texte a été publié, le 7 décembre, sur plusieurs blogs confidentiels de militaires ultraconservateurs « (sic). Donc ce n’est pas un faux. Est-ce donc ses soutiens qui la rendent fausse ?

Le Monde revient à son adjectif préféré : « Essentiellement partagé par des comptes d’extrême-droite« , citant Russia Today, Infowars, fdesouche, Le Parisien, et  » Des comptes européens et américains anti-islam ou anti-immigration qui ne semblent pas spécifiquement avoir été poussés par des comptes automatisés.  » (donc ce ne sont pas non plus des automates, mais de vrais petits citoyens… heu « peste brune », pardon). La lettre a été largement diffusée par des militants actifs au sein des réseaux sociaux des mouvements sociaux et de la droite, mais en quoi est-ce de la désinformation ? Il serait temps que le quotidien qui se veut décrypteur nomme les choses pour ses lecteurs, en acceptant que la droite américaine et européenne est anti-immigrationniste, conservatrice et plutôt nationaliste. Puisque quelque part anti-Le Monde, ils sont renvoyé à la non-vérité, à sous le tapis, à ce que je ne saurais voir. Le seul hic recevable est que ces généraux sont à la retraite (ce qui est de notoriété publique), mais Le Monde n’évoque le parcours de que de l’un d’entre eux, pour le disqualifier directement car « anti-migrants » notoire. Les lecteurs n’apprennent rien de l’article, on leur montre simplement les bornes à ne pas dépasser.

Ô Le Monde, canard jadis modéré et éclairant, pourquoi dénoncer des millions d’électeurs comme pré-délinquants frénétiques ? Parlez du fond, vous trompez vos lecteurs avec ces catégories séparant le vrai et convenable, du faux et du « nauséabond » ! Il faudrait davantage se demander pourquoi un tel succès des idées (puisque vous dites que c’est le fait d’une minorité) et comprendre par conséquent la structure de la droite au niveau international, depuis les années 2000. Pourquoi ces publics, comme « les gilets jaunes ordinaires » cités, sont sensibles à ces thèses et les partagent massivement ? Parce qu’ils se sont aperçus qu’une grande partie des questions politiques était occultée ? Ou parce qu’ils sont la peste brune ? S’intéresser au fond de la lettre, y répondre, argumenter, éventuellement condamner… non. Dénoncer cette droite, sans utiliser « la vérité » comme arme, c’est-à-dire accepter le pluralisme ? Pas davantage : aujourd’hui pour Le Monde, le nationaliste est un monstre, égaré de la vérité façon Pixels. Les lecteurs sont interdits de regard, sur un ton d’abord inquiétant puis rassurant. On conçoit que le lecteur qui trouve son régime de véridiction atrophié, soit consent à un jugement automatique (limites du fact-checking) soit en vient à rejetter comme aux Etats-Unis la presse grand public (mainstream). D’ailleurs, un monstre (mostro, mostrare, montrer) est étymologiquement une image.

En 2016 on avait l’alliance Trump-Cambridge Analytica, on a cette fois Le Monde-Alto Analyrics : assez pour gagner la bataille européenne ?

Éléments bibliographiques pour approfondir :

Droits réservés Champs et Editions du Rocher.

Affaire à suivre,

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« Naufrage des civilisations » : le progressisme télévisuel ne partage pas la « lucidité » de l’essayiste Amin Maalouf

« Naufrage des civilisations » : le progressisme télévisuel ne partage pas la « lucidité » de l’essayiste Amin Maalouf

Amin Maalouf, invité de la Grande librairie, veut retracer la source de l’obscurité qui s’est emparée du Levant, zone mésopotamienne comprenant les actuels Liban, Syrie, Jordanie, Chypre, Israël, et une partie de l’Irak, de l’Iran et de la Turquie. La fin des années 1970 (fin de la décolonisation, septennat Giscardien libéral frappé par les crises du pétrole et la révolution néo-conservatrice mondiale (Iran, puis Royaume-Uni, Etats-Unis) constitue un premier grand tournant pour Maalouf. Avec la fin de la guerre froide, le 11 septembre 2001 et le réarmement actuel, l’ouverture d’une phase critique de la politique mondiale voit l’islamise remplacer le communisme comme adversaire de la guerre froide. Les printemps arabes transformés en hivers islamistes à l’exception de la Tunisie, Maalouf déplore la perte « d’une coexistence, d’une qualité de compréhension mutuelle » dans la Méditerranée orientale, qui abritait en harmonie « beaucoup de langues et beaucoup de croyances« . L’islamisme radical a été réveillé « par erreur » par les Occidentaux, selon Maalouf dès le XIXe siècle avec le wahhabisme et bien davantage encore par le plan machiavélique de Churchill le Lion et de Nasser le pharaon, méritant leur place dans un « panthéon de Janus » (dieu aux deux faces ndlr).

C’est dans cette zone que sont nés les trois monothéismes, et c’est de là que surgit l’obscurité aujourd’hui : la guerre, le califat, les réfugiés et les minorités en danger. Notons que la Palestine n’est pas représentée.

Malheureusement, le service public républicain comprend de cet avertissement lucide sur les relations internationales qu’il faut « s’éloigner du conservatisme » (10:20), projet qui n’est pas celui de coexistence humaine dont parle Maalouf, que le Liban illustre encore un peu : conserver l’harmonie, la coexistence des humaines dont le Levant a été un modèle. Le présentateur propose à un André Comte-Sponville pressé de transcrire en doctrine française les propos d’Amin Maalouf, pourtant clairs : l’Europe a besoin d’une renaissance à partir de ses fondements dans lesquels ont peut abondamment puiser pour une politique humaine, au contraire des idéologues de la déconstruction par les minorités en luttes symboliques. Il montre bien là que Macron, de droite et de gauche, a ce souci de renaissance, mais qu’il est fort mal détourné par les grands commentateurs qui pensent que renaître c’est renier.

On en arrive à un point où ce sont des auteurs qui ont connu la grande civilisation harmonieuse qui fut (auteurs libanais, algériens, marocains, franco-italiens, espagnols, québecois) qui préviennent les Français, étourdis et culpabilisés, de ce qui arrive.

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André Comte-Sponville, philosophe, va enchaîner les jugements de l’auteur, dans le langage de la gauche athée progressiste (qu’il revendique dès son introduction) : « il n’est pas un réactionnaire, c’est un progressiste malheureux » (13:10) (A. Maalouf cligne un peu des yeux à ces adjectifs). « Son monde d’origine est mort » (14:23) (un peu tranché et violent à dire à quelqu’un qui est justement le représentant de l’humanisme chrétien autour de la Méditerranée). Le philosophe détourne ensuite l’inquiétude de l’auteur vers « les démocraties illibérales en Pologne, en Hongrie, en Italie, Trump en Amérique » (14:50) plutôt que ce contre quoi s’insurgent ces nations (l’oligarchisme déculturant planificateur). Et finalement : « ça passe par la politique et le progrès scientifique et technique »(15:30), ce qui est un axiome tout à fait Saint-Simonien.

« A ce stade il est très difficile de redresser la barre. Il faut surtout prendre conscience de ce qui est en train de se passer. Le rêve européen est le plus prometteur de notre époque. Nous assistons à une nouvelle guerre froide et une nouvelle course aux armements. »

A. Maalouf
Droits réservés Grasset

« L’Amérique, bien qu’elle demeure l’unique superpuissance, est en train de perdre toute crédibilité morale. L’Europe, qui offrait à ses peuples comme au reste de l’humanité le projet le plus ambitieux et le plus réconfortant de notre époque, est en train de se disloquer. Le monde arabo-musulman est enfoncé dans une crise profonde qui plonge ses populations dans le désespoir, et qui a des répercussions calamiteuses sur l’ensemble de la planète. »

Amin Maalouf

On en arrive à un point où ce sont des auteurs qui ont connu la grande civilisation harmonieuse qui fut (auteurs libanais, algériens, marocains, franco-italiens, espagnols, québecois) qui préviennent les français, étourdis et patauds, de ce qui arrive et de leur responsabilité en tant qu’européens. Maalouf leur rappelle, tout comme le franco-italien Alexandre del Valle qui connaît bien le Liban, que la France est en ligne de front comme toujours. Or les pauvres Français se pressent de retraduire dans leurs codes républicano-centrés où la courbe du progrès, à défaut de celle du chômage, justifie tout. Et on discute de généralités sur le progrès scientifique et tel phénomène économique : circulez, y’a rien à voir !

Enfin, la vision biblique proposée (19:00) est à citer : « la catastrophe m’inspire Babel, où l’humanité ne parlait qu’une seule langue. Ce projet est voué à la destruction est est le contraire du Levant« . Faire renaître l’Europe de l’Atlantique à l’Oural demanderait une réappropriation populaire des fondamentaux pour mieux respecter les autres, plus que leur intégration fédérale unitaire ? Veut-on un horizon de progrès infini permettant de juger le réel comme Sponville, ou parler comme Maalouf de la réalité et de s’intéresser à ce grand mouvement concret et à la place qui nous y est dévolue ?

« Menace de disparition d’un monde » résume la rabin. « Introspection et place à l’Autre » ordonne ultimement le présentateur.

A voir sur la Grande librairie :

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Débat Eric Zemmour / Yassine Belattar devant P. Praud : tout pour diviser ?

Débat Eric Zemmour / Yassine Belattar devant P. Praud : tout pour diviser ?

Il est de notoriété publique aujourd’hui que les médias grand public ou mainstream sont réglés par des logiques d’audience et donc de buzz, phrases-choc, affrontements théâtraux. Cette logique affecte le débat public et génère ce que chaque camp dénoncera comme la « pensée unique » (voir notre article). C’est pour restituer ce débat dans un ensemble que le journal du cyberespace francophone, journalpolitique.info, livre une analyse de la scène de 50 minutes, très commentée, pour alerter à la surenchère identitaire voulue par la guerre du bas.

Pourquoi ce thème ? Construction d’une actualité médiatique. Le débat a été organisé avec troubles apprend-on dans les premières minutes (01:30-06:00). Tous deux ont accepté le « face à face entre deux enfants de France que tout semble séparer » voulu par CNews , Yassine Belattar considérant son geste comme un dernier sursaut avant sécession du débat public contre celui qui « divise les français depuis une quizaine d’années » (02:44) ; Eric Zemmour comme l’occasion de pourfendre ce « serviteur du multiculturalisme macronien« . CNews y voit véritable clivage, qu’ils mettent donc en scène sur le registre identitaire en format long de soirée de 50 minutes, 3 personnes dont l’arbitre de l’heure des pros. Une sorte de ring présidentiel dans le champ journalistique. Les protagonistes se sont d’ailleurs disputés ce temps d’antenne précieux : Y. Belattar dénonce les invitations de LCI « pas n’importe quel jour » ; et le traitement favorable à son adversaire « je vais pas laisser un facho venir à 9h » ; « ce n’est pas à Zemmour de donner le tempo dans ce cirque« ). Donc le choc médiatique est bien préparé et sera l’occasion de solder les comptes (« quand je viens à LCI, il démissionne » « il ne veut pas me voir parce que je suis le fils d’Hitler » Zemmour à 04:40).

Si le débat est intéressant à analyser, c’est aussi parce que ce débat sur la République, de façon générale sur ce qu’est la France du XXIe siècle (régime institutionnel, évolutions démographiques de type grand remplacement-grand bouleversement, européanisation, américanisation culturelle (1), communautés revendiquées sur le mode anglo-saxon, séparatisme intégriste, régionalisme, Grande nation), est bien la préoccupation principale des citoyennes et citoyens de ce pays. Chacun y veut désormais une reconnaissance collective mais aussi savoir comment fonctionne l’ensemble, et le GDN, auquel on peut reconnaître le mérite d’avoir secoué le tapis qui cachait tout, rend légitime ce cadrage médiatique. Cette analyse veut montrer que l’opposition orchestrée et virulente ne contribue pas à l’apaisement. Proposer une vision critique au bénéfice des deux camps (Belattar revendique « un millions de soutiens sur mon épaule » et l’on sait que Zemmour est un acteur fort d’une partie de la droite Figaro et de la gauche Marianne) empêchera selon nous le séparatisme et la citadellisation. Car cette voie n’est jamais énoncée.

Zemmour attaque le premier : « Yassine Belattar est l’incarnation rigolarde et sarcastique de la takiyah » (06:50). Une estocade essentialiste qui dessert sa cause, que repousse YB « C’est ce qu’on colporte sur les djihadistes, moi je suis français de confession musulmane » et le menace de diffamation. EZ : « vous passez votre temps à m’insulter sur Twitter » et dénonce « Vous êtes un faux comique et un vrai militant« , « vous êtes franco-marrocain et avez deux allégeances : qui est votre patron ? le PR ou le Roi Hassan ?« . Touché (09:38) YB confesse la moitié : « artiste et militant engagé« . Sur l’allégeance : « Vous vous demandez de choisir, sauf qu’on nous l’a jamais demandé. Je vais aller plus loin : je suis afro-européen« .

Bref, mondialisme nationalisme 1-1, EZ « c’est intéressant vous voyez » YB « Zemmour, je veux bien vous parler« . A partir de 10:20 la discussion entre dans le vif.

YB : « Est-ce que vous pensez que vous allez nous arrêter à Poitiers ?« 

Thème : c’est quoi être français en 2019 ? Une vision de l’histoire. Les invités fusionnent en bons nietzschéens leur biographie et l’histoire de la France. C’est fort à propos que l’un de 60 ans défend l’assimilation et la gloire civilisationnelle, et le second né en 1982 une intégration dans un espace euro-africain. Un Pascal Praud renfrogné rappelle qu’il est aussi citoyens français… et que jamais l’identité française à vocation universelle n’est défendue par un représentant historique, tandis qu’EZ et YB s’écharpent sur l’histoire du peuple berbères « colonisés et islamisés de force par les arabes » (13:50) pour Zemmour et la création des nations nord-africaines.

YB : « Que vous le vouliez ou non, vous avez une tête d’arabe« , ou comment ramener tout un chacun à son faciès. Le plaidoyer de Zemmour à 15:40 vaut le détour. YB : « Quand l’équipe de France joue et perd je ne suis pas bien, quand le Maroc joue je ne suis même pas au courant » (19:40) « Vous croisez la France tous les jours dans le métro, je ne vois pas en quoi ils vous portent préjudice« . Zemmour : « Les enfants ne se sentent pas français, ne veulent pas s’approprier les mœurs ou l’histoire »

YB : « Si les musulmans français se coupaient de la société à l’anglo-saxonne, je serais inquiet » (23:00) … comme quoi s’inspire se son multiculturalisme n’est pas sans risque. Au non-sens « Je n’ai pas l’impression qu’une femme qui se voile heurte sa francité« … Zemmour : « Les activistes de type Frères musulmans ont bien compris la faiblesse de nos sociétés : la liberté individuelle. Ils exploitent cette liberté pour faire rentrer toujours plus d’éléments islamiques dans le paysage collectif. Une volonté d’occuper toujours plus l’espace. C’est là que je vous accuse de dissimulation en justifiant leur liberté individuelle » (26:00). « Seule la Tunisie avance vers la démocratie, le reste des sociétés musulmanes ne sont pas libres et démocratiques« .

A Zemmour dénonçant le cocktail délinquance-islam politique qui asservit des populations et fait que 70% des détenus sont musulmans, s’appuyant sur le rapport de l’AN et la demande des gardiens de prisons reprise par J. Lang. YB ferme tout sujet : « il n’y a pas de statistique ethnique ! 400% des gens n’aiment pas Zemmour, moi aussi j’ai mes stats« . Argument en or.

Zemmour : « dans ces quartiers il n’y a quasiment plus de juifs et de chrétiens » Belattar : « c’est faux » (36:45). Vérification sur Libération : c’est vrai.

Assez effarant, YB appelle à la vengeance sur EZ : « vous êtes responsable des idées de Christchurch » (39:00). Zemmour « Tous les deux nous sommes du côté de toutes les victimes. Ça nous fait un point commun. Mais quand quelqu’un tue au nom de l’islam, pas d’amalgame. Quand on tue au nom du grand remplacement, c’est de ma faute » (41:10). « S’il tue au nom du coran, c’est pour moi plus que préjudiciable et condamnable. » reconnaît YB, pour mieux charger : « Le tueur de Nouvelle-Zélande dit avoir vu la France, vous êtes le lieutenant de cette pensée, ce qui vous élimine du débat public. Vous avez fait tuer 50 personnes ». Praud intervient pour calmer le jeu à 44:30 et YB le recadre lui aussi à 45:00.

Finale : EZ « Hassan II disait à Anne Sinclair que ses marocains ne deviendraient jamais français« . YB « Je suis content de faire mentir le roi aujourd’hui. J’ai 37 ans j’aime mon pays« .

Eric ZemmourYassine Belattar
Identité française, assimilation nationale, amitié des peuplesIdentité afroeuropéenne, Multiculturalisme, anti-assimilation « je suis pour la banalisation« 
Le voile dérange car revendication identitaire, séparatiste, et nécessité de précaution avec l’islam radicalLe voile est un choix individuel, pas d’amalgame
La rue est l’espace public La rue n’est pas l’espace public, c’est seulement les institutions et l’Etat (anglo-saxon)
Les rassemblements communautaires étrangers sont une ingérenceLes revendications communautaires ne sont pas un problème si légales (multiculturalisme)
Le PS et SOS racisme ont converti les velléités de rassemblent du peuple en guerre communautaire
Le PS et SOS racisme ont converti les velléités de rassemblent du peuple en guerre communautaire
Le problème est la fin de l’état de droit, les trafics de stupéfiants qui rapportent trop dans des centaines de quartier.Le problème c’est la pédophilie. Il y a plus de blancs qui tuent leur voisin et les cachent dans leur jardin.

Il est impératif de se demander pourquoi l’auteur du Suicide français répand autant son sentiment nostalgique et crépusculaire, alors que l’on pourrait inviter des tas de jeunes ou moins jeunes patriotes, conscients de la force de notre civilisation mais aussi de sa générosité. Des hommes et des femmes qui peuvent témoigner « qu’être français », c’est être conscient d’une spécificité historique, du labeur des générations passées et la volonté d’aller vers l’avenir sans honte et en amitié avec les peuples. La position de Belattar est quant à elle stéréotypale du cosmopolitisme qui se refuse à observer la gloire civilisationnelle et le destin du peuple français comme un grand foyer, éduqué comme il le dit lui-même en accord avec EZ, par un SOS racisme politisé qui fait obstacle à l’apaisement et renvoie l’identité français à un je-ne-sais-quoi obsolète. La plupart des français prennent tout, de Jeanne d’Arc à De Gaulle, de Lascaux à Victor Hugo. M. Belattar n’a pas à justifier de sa francité. E. Zemmour non plus. CE genre de débat dresse chacun sur ses positions. Finalement, un affrontement de ce type confisque la partie à tous ceux à qui elle est chère pour un jeu de plus en plus agressif (« vous avez fait tuer 50 personnes« ) et bilatéral (propos de G. Collomb rendant Beauvau sur les communautés mises face-à-face). A quoi sert ce clash voulu par Cnews ?

Pour journalpolitique.info

(1) Le dernier ouvrage de Régis Debray , »Civilisation. Comment nous sommes devenus américains » est un livre érudit, avec de délicieuses pointes d’humour, qui poursuit une réflexion de Simone Weill de 1943 selon laquelle une américanisation de l’Europe ferait perdre son passé à l’humanité, et une interrogation de Paul Valéry, de 1939 : « Je me demande si l’Europe ne finira pas par une démence ou un ramollissement ».

Laïcité : Est-ce à la démocratie de s’accommoder de l’islam, ou à l’islam de s’adapter à la démocratie ?

Laïcité : Est-ce à la démocratie de s’accommoder de l’islam, ou à l’islam de s’adapter à la démocratie ?

Nous republions le compte-rendu d’une table ronde qui s’est tenue autour des essayistes Malika Sorel, Mathieu Bôck-Côté, Hakim El Karoui et Shadi Hamid, mi-2018.

Lors des Conversations Tocqueville qui se sont tenues ce week-end dans le château normand de l’auteur de De la Démocratie en Amérique, une table-ronde particulièrement stimulante portait sur le fondamentalisme religieux et le danger sur celui-ci fait peser sur les démocraties libérales. Fondées sur la séparation entre pouvoir politique et pouvoir religieux, l’égalité hommes-femmes et la liberté de conscience, jusqu’où les démocraties doivent-elles accepter l’existence sur leurs sols de mœurs dérogeant à ces valeurs ? En d’autres termes, brûlants, tels qu’on les voit s’exposer régulièrement dans des polémiques médiatiques, : est-ce à la démocratie de s’accommoder de l’islam, ou à l’islam de s’adapter à la démocratie ?

Les deux déminages traditionnels

L’islamologue Gilles Kepel, dans un propos introductif, a retracé la ligne de crête qu’il fallait tenir, entre d’une part une position excusiste qui considère que l’islam n’a rien à voir avec le djihadisme, qu’il ne serait qu’une révolte repeinte en verte, dont les causes sont à chercher dans la marginalisation économique et la ghettoïsation sociale, et une position essentialiste, qui considère que la spécificité de l’islam conduit nécessairement ses fidèles à la violence. « Il faut marcher sur deux jambes », dit l’auteur de Terreur dans l’Hexagone, qui a rappelé que le monde musulman est lui-même très fracturé.

Inversion du devoir d’intégration ?

Le sociologue Mathieu Bock-Côté, farouche défenseur de l’identité québécoise dans le Canada multiculturel, a abordé la question sur l’angle de la diversité. « Il faut reconnaître le droit des sociétés occidentales à la continuité historique », a-t-il martelé, tout en précisant que cela ne signifiait pas la « congélation mentale ». Selon lui, les démocraties occidentales ne peuvent se contenter d’une définition aseptisée de l’identité, fondée uniquement sur les droits de l’homme et le respect des libertés, sans quoi, il n’y aurait plus de différence entre la France, la nouvelle Zélande et le Québec. Elles doivent assumer une dimension plus substantielle, fondée sur une épaisseur historique, des mœurs et un imaginaire spécifiques. Il a fustigé « l’inversion du devoir d’intégration » qui régit désormais la relation entre autochtones et nouveaux arrivants, et acté de la nécessité de « prendre au sérieux la peur de devenir étranger chez soi » qui en est la conséquence.

Un propos dont ne pouvait se sentir plus éloigné Shadi Hamid, universitaire auteur de Islamic Exceptionalism, qui lui vante les mérites du multiculturalisme. D’après lui, il n’existe aucune contradiction entre l’islam et la démocratie, même si l’islam a pour spécificité de résister à la sécularisation et continue à porter une dimension publique, voire politique. « La démocratie, c’est le reflet des préférences publiques, y compris celles qui nous déplaisent en tant qu’Occidentaux. Il nous faut respecter des vues différentes, même celles qui nous paraissent effrayantes. On permet bien aux partis d’extrême droite d’exister. » On doit donc, selon lui, permettre aussi aux islamistes d’exister politiquement. « Si les taux d’immigration continuent, la Suède sera bientôt à 20% de musulmans. Ce n’est pas réaliste de leur demander de se séculariser. On ne peut pas les exclure. Il faut donc trouver un moyen pour les musulmans suédois d’être à la fois suédois et musulmans. On ne peut pas demander aux musulmans occidentaux de choisir entre deux identités. Il n’y a pas d’autre alternative que d’accepter l’islam dans nos démocraties ». Voilà qui fait bondir Malika Sorel, pour qui la « politique du fait accompli » est bien le contraire de la démocratie. Citant Tocqueville : « Le mahométisme est la religion qui a le plus complètement emmêlé les deux puissances, le politique et le religieux » , l’essayiste s’est lancée dans un vibrant plaidoyer pour l’intégration, qui ne peut être selon elle n’être qu’un « choix individuel et affectif », qui ne saurait s’appliquer aux masses.

Auteur d’une stimulante étude sur l’islam de France, l’essayiste Hakim El Karoui a lui rappelé que l’essentialisme en matière d’islam est toujours risqué et prit soin de dissocier les faits des représentations parfois fantasmées : « Quand on interroge les Français, ils disent qu’il y a 20 millions de musulmans. En réalité, ils sont six millions, 8% de la population. On a l’image des musulmans dans les quartiers populaires, avec des casquettes à l’envers et des djellabas. Or, 30% seulement d’entre eux vivent dans les quartiers populaires. Beaucoup ont réussi ! » Citant les chiffres de l’enquête qu’il a menée pour l’Institut Montaigne, il a rappelé que 20% des musulmans français sont en train de sortir de la religion, soit deux fois plus que ceux qui se convertissent. « 30% sont des croyants pratiquants conservateurs. Un dernier quart, avec beaucoup de jeunes, utilise en effet la religion pour manifester une sécession. Mais ne prenons pas la partie pour le tout ! », a-t-il martelé, insistant sur la nécessité de s’appuyer sur les musulmans modérés qui constituent la majorité silencieuse. Il plaide pour un islam français, détaché des influences étrangères et portée par des voix mesurées, et craint que la réduction systématique de l’islam à l’islamisme ne serve les plus radicaux.

Le débat fut courtois, nuancé, exempt de démagogie et de précautions oratoires superflues. Il touchait à l’une des questions les plus brûlantes qui se pose à l’Occident. Les intervenants tentaient de répondre à ce paradoxe, formulé par le philosophe polonais Kolakowki : jusqu’où l’universalisme, qui fait au fond la spécificité de la culture occidentale, de par le double héritage du christianisme et des Lumières, peut-il s’ouvrir à la diversité sans renier ses fondements ? Le philosophe prévenait : « L’universalisme culturel se nie s’il est généreux au point de méconnaître la différence entre l’universalisme et l’exclusivisme, entre la tolérance et l’intolérance il se nie, si, pour ne pas tomber dans la tentation de la barbarie, il donne aux autres le droit d’être barbares. »

Un texte d’Eugénie Bastié, relayé sur Journalpolitique.info via Le Figaro Vox du 10 juin 2018.

Chateaubriand : à vos plumes !

Chateaubriand : à vos plumes !

« L’ambition dont on n’a pas les talents est un crime ».


(François-René de Chateaubriand, dans ses Mémoires d’Outre-tombe – Tome 5 – Livre XIV Lettre à Madame Récamier.)

Ce conseil très conservateur est de bon aloi, si l’on songe à la révolte en gestation en France : si l’ambition est vraiment de faire ce que l’on professe (la révolution, « la vraie démocratie » etc), qu’on se mette au travail pour parfaire ses talents. Sinon, c’est qu’on est déjà prêt au crime ? reprocherait-on aux têtes de liste GJ aux prochaines élections.

La France de Chateaubriand (1945-1953) Banque de France, Domaine public

Grand voyageur (voir son ouvrage ci-dessous) et passionné d’histoire, Chateaubriand (1768-1848) nous a notamment légué les monumentales Mémoires d’Outre-tombe et le très beau Génie du Christianisme. Ces écrits permettent à tout européen de saisir la densité et la force de l’Histoire, sous la majesté de laquelle évolue cet observateur avisé qu’est Chateaubriand, de l’Ancien Régime jusqu’à l’avènement de la Seconde République (il meurt juste après la proclamation de la République (24 février 1848), en juillet).

Suivons donc son conseil et attelons-nous à la tâche de dignité devant l’histoire, et l’ambition de liberté à conserver !

Itinéraire de Paris a Jérusalem et de Jérusalem a Paris

Itinéraire de Paris à Jérusalem et de Jérusalem à Paris, 1821

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