Vaincre le politiquement correct : quatre victimes témoignent devant Taddeï

Vaincre le politiquement correct : quatre victimes témoignent devant Taddeï

Cette semaine dans « Interdit d’interdire« , Frédéric Taddeï se fait le chantre de la liberté d’expression et du dialogue contradictoire. Son plateau est hétéroclite : une journaliste militante indigéniste (une première inaugurale selon Taddeï), deux essayistes (un progressiste libéral, un conservateur modéré) et un journaliste chef d’entreprise. Voyons ce que ça donne, chacun des participants s’estimant banni et lésé. Pour journalpolitique.info


Matthieu Bock-Côté, sociologue (Université de Montréal), essayiste. Recherches sur le nationalisme québecois, le fédéralisme canadien, a notamment écrit Le multiculturalisme comme religion politique (2016, éditions du Cerf). Écrit dans le Figaro Vox et fait le pont avec le débat public nord-américain.

« L’orthodoxie diversitaire, le grand récit diversitaire est aujourd’hui au fondement du politiquement correct. L’idée selon laquelle le monde doit passer par la suppression de ce qui est historiquement et anthropologiquement constitutif des nations. Les catégories sociales désignées comme « périmées » sont exclues du champ de la légitimité.« 

« Qualifier quelqu’un de raciste est le plus simple mais le plus violent dans le politiquement correct. C’est marquer du fer rouge de l’infréquentabilité absolue. On étend la notion de racisme (systémique, structurel, universaliste) pour l’appliquer au plus grand nombre possible. En appeler à l’assimilation républicaine, à la culture de la convergence, critiquer le multiculturalisme d’Etat est disqualifié d’office comme raciste. »

« L’Etat-nation est un modèle efficace qui doit être poursuivi. Appeler à la ségrégation spatiale et dire « vous êtes le vieux monde on ne vous écoutera pas » est grave. L’orthodoxie décoloniale normalisée aux Etats-Unis et au Canada pousse en France et au Québec »

« Les francophones représentent encore 80 % de la population québécoise. Ils représentent le cœur historique et identitaire de la nation. Comme peuple, nos racines sont françaises.  » voir Un Québecois amoureux de la France

Louisa Yousfi, militante du parti des indigènes de la république, animatrice du QG décolonial. Diplômée en journalisme et en philosophie, elle résumait : « Les gens s’attendaient à ce qu’on abandonne notre culture et notre religion, mais nous sommes Français et non seulement on ne rompt pas avec notre histoire, mais on tient à la revendiquer« .


« Je me suis beaucoup rendue aux manifestations interdites par Manuel Valls. Pour moi, cela a été un moment très fort dans mon basculement dans le champ politique antiraciste » rappelle Yousfi ici.

« Nous demandons une participation supérieure des populations issues de l’immigration à la culture et aux arts, une réparation symbolique« 

« Les promoteurs néo-conservateurs disqualifient leurs opposants politiques, on voudrait nous faire croire qu’on fait dialoguer des esprits honnêtes. Or les défenseurs du politiquement correct sont situés politiquement, défendent une idéologie politique que j’estime raciste. Ce qu’il faut entendre dans leur propos c’est « on ne peut plus être raciste aujourd’hui« « 

« Il existe des races sociales, socialement construites, et pas biologiques bien sûr. Il faut nommer ce problème pour dépasser ce phénomène qui crée des inégalités et le dépasser »


Gabriel Robin, journaliste, dirige les publications web de l’Incorrect, revue critique du monopole médiatique des libéraux donnant le la à l’opinion. Participe à Boulevard Voltaire et s’intéresse aux relations franco-allemandes.

« Il y a une hystérisation indiscutable. On s’excommunie en permanence. Le mécanisme étant de disqualifier en visant ce que l’on est. « .

« La chape de plomb vient des Etats-Unis, notamment Hollywood ou les publicités massives de Gilette sur la nouvelle masculinité pendant 3 minutes. La tendance culturelle générale est indéniablement au progressisme. »

« La société se communautarise et se racialise, c’est effectivement une évidence. J’ai des yeux pour le voir et des oreilles pour l’entendre. Les européens, coupables ontologiques lorsqu’on parle de « non-blancs », n’ont pas la supériorité automatique que décrit Mme Yousfi. »


Raphaël Liogier, sociologue (Institut d’études politiques d’Aix), essayiste. Recherche sur le bouddhisme, le christianisme et les religions d’État, a notamment écrit Une laïcité « légitime » (2006, Médicis Entrelas). Présent dans le débat public façon Glucksmann, critiqué pour exagération bouddhiste du christianisme européen, trop spéculative. Il se dit aussi « victime de la désignation « islamo-gauchiste » » après la critique de son « mythe de l’islamisation« , mais révèle discuter quand même avec l’Action française.

Tenant de L’hypothèse de l’individuo-globalisme et militant du revenu de base

« L’anxiété collective essentielle aujourd’hui est la crainte de la globalisation irréversible. Des gens réagissent en négatif à l’hybridation culturelle, à la transformation globale des identités. »

« Le populisme n’est ni la démagogie ni le souci du peuple de Mélenchon, c’est cultiver la fiction du peuple total et indifférencié, et un sentiment d’angoisse. Le populisme produit des défenses, ce qui est anormal« 

« On peut se renvoyer la balle à l’infini mais on n’argumente plus du tout. On me dit « vous le jeu de… » : « non ! je ne fais pas le jeu de… ». On est passé d’un monde idéologique à un monde opiniologique. Pour reprendre Baudrillard, on fait signe sans même avoir de sens. Je suis nostalgique des idéologues, cohérents dans leur idéologie, ce qu’on peut respecte. C’est l’arrogance de l’opinion. La logique diversitaire va quant à elle dans le sens de la diversité des idées« 

Alors, lequel des quatre est producteur du politiquement correct ?

Qu’en disent les spectateurs du débat ?

Bock-Côté : « Jeté à la foule, la culture de l’auto-censure se développe dans les médias et dans l’espace public. Taddeï sait quelque chose de la notion d’infréquentable (réfugié à RT, ndlr). On valse sur un champ de mines et on va finir pas se faire exploser« 

Certaines réactions invasives des spectateurs lui donnent raison d’être méfiant :

On voit bien que déminer le politiquement incorrect génère « la parole libérée » qui est tout à fait inquiétante


Faire sauter la digue, à quel prix ? Au moins le débat est clair pour ces quatre lutteurs.

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