Paris : l’écologie politique assiège le Ministère ce matin, ainsi que Total et EDF

Le millénarisme converge avec les luttes de l’éco-féminisme et la lutte pour la justice climatique. Un live démarre dès 10h30 pour montrer les forces déjà en place. Le placardage de « Macron président des pollueurs » revêtit le ministère.

Via J-terre

Le Ministère envoie une stagiaire, engagée depuis deux semaines, pour répondre aux questions des organisateurs qui diffusent devant un peu plus de mille personnes. Un rapport serait apparemment remis en fin de stage.

Une représentante francilienne de Youth for Climate propose du « sabotage massif » et taper « au maximum sur l’écologie consensuelle et le capitalisme vert« . « Il faut aller vers des blocages qui durent longtemps sur le modèle ZAD. »

« IL NE FAUT TRAVAILLER POUR DES ENTREPRISES ECOCIDES COMME TOTAL. JE VEUX TRAVAILLER POUR LE VIVANT. NOUS DEVONS FAIRE PRESSION A L’INTERIEUR DU SYSTEME EN CREANT UNE ALTERNATIVE RADICALE. » J-Terre

Elle ajoute qu’il faut « désobéir au quotidien« . « Au final on n’y connaît rien, il y a des experts, mais c’est plutôt le capitalisme qui est problématique, on a les solutions et il faut rester sous la barre des 2°« .

Méfiez-vous de cette scène de crime climatique.

Via le J-terre

Pour De Rugy, ces militants « se trompent de cible« .

A suivre en cette belle journée de printemps,

Journalpolitique.info

Lyon : trois lieutenants LR à l’assaut de la Métropole, nouveau lieu de contestation

Lyon : trois lieutenants LR à l’assaut de la Métropole, nouveau lieu de contestation

Ce jeudi, dans le contexte de la grève des éboueurs grandlyonnais et des négociations entamées entres élus municipaux, services métropolitains et syndicats, Alexandre Vincendet (maire LR de Rillieux-la-Pape) , Philippe Cochet (LR Caluire-et-Cuire) et Claude Cohen (LR Mions) ont apporté des déchets, qu’ils ont disposés en triomphe devant l’Hôtel du Lac, qui abrite la Métropole :

Photo de Susie Waroude.

Grand Lyon la Métropole et son président sont pris à parti symboliquement. L’Hôtel du Lac, édifice administratif, devient progressivement le lieu contestataire, davantage que la place de la Comédie ou l’hôtel de Région.

On se souvient notamment de voir la citadelle métropolitaine prise à parti en 2018 par les manifestants pro-migrants, ou plus récemment encore par le mouvement écologiste :

La manifestation écologique du 16 mars
Action autour de la citadelle « Hôtel du Lac », photo de GreenpeaceLyon

On retiendra de Tribune de Lyon que le maire de Rillieux-la-Pape insiste bien sur la nouveau pouvoir qu’abrite l’Hôtel de Métropole : « L’élu local le plus puissant de France reste bien caché à la Métropole ». Quant au président Kimelfeld, il met l’emphase sur cette configuration à « 59 communes, 1 président » : « Il s’agit de l’action de 3 maires sur 59, qui s’imaginent un grand destin dans cette métropole. J’ai regardé ça avec beaucoup de tristesse.  » (édition du 4 avril). Fréquemment interpellé sur le climat et la pollution, le président briguant l’onction populaire en 2020 avait livré une réponse pour le Grand débat national devant des étudiants. Ce qui n’empêche pas ses adversaires de « venir le chercher ».

De quoi renforcer le lien symbolique du nouveau pouvoir métropolitain ?

A suivre,

Sur journalpolitique.info

Siège du siège du Grand Lyon (photo d’alternatiba rhône)

Grand débat jeunes à Lyon : vif débat sur la démocratie et le climat

Grand débat jeunes à Lyon : vif débat sur la démocratie et le climat

Par Madeleine, observation du grand débat du 6 mars dans l’amphithéâtre Leclerc de l’Institut d’études politiques de Lyon (avenue Berthelot, Lyon 7).

Seconde partie de mon compte-rendu de ma participation au Grand débat national, lors de cette soirée dédiée aux jeunes en présence notamment de D. Kimelfeld (président de la Métropole de Lyon), F. Vidal (Ministre de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation) et leurs équipes. Pour lire la première partie (mise en contexte : « un exercice laborieux mais foisonnant »), cliquez ici. Nous abordons ici le fond des discussions, qui ont été riches tout au long des deux heures initialement prévues, sur les deux thèmes choisis par le public : la démocratie et la citoyenneté, puis la transition écologique. Le Grand débat a mis en scène le « nouveau monde » et ses contradictions : une jeunesse vive et impliquée, toutefois menacée par le mépris du principe de réalité.

Image Journalpolitique via Sciences po Lyon

Démocratie et citoyenneté : une jeunesse engagée mais désarmée face à la complexité et l’interdépendance des enjeux

L’engagement de la jeunesse envers un renforcement (ou en tout cas une transformation) de la démocratie semble largement reconnu depuis les analyses du vote à la présidentielle et aux législatives de 2017. L’enjeu dépasse le cadre de l’amphi mais celui-ci s’en est fait une illustration forte (le thème a été choisi par 29% des présents). Après une présentation des services publics et de l’enjeu de leur modernisation, les premières interventions interrogent l’abstention des jeunes pour les élections européennes et les moyens de l’éroder, les violences policières dans les manifestations, la réforme des institutions de la Ve République ou encore les concertations pour l’aménagement urbain. Les jeunes semblent unanimes à louer un engagement actif dans la société et une participation franche à la vie démocratique. Les interventions aux solutions toutes faites sont tempérées par certains plus âgés, qui rappellent que la citoyenneté s’appuie de l’information pluraliste et la conscience de n’avoir pas réponse à tout : « même après cinq ans d’études ça reste compliqué de comprendre le système, il faut persévérer » confesse une étudiante en master sous l’œil approbateur de la ministre, docteure en biologie. Un étudiant plus âgé aussi ajoute qu' »essayer de comprendre le système, s’informer, échanger avec ceux qu’on ne comprend pas, c’est déjà une citoyenneté active« . On voit donc le défi à laquelle fait face la jeunesse : une volonté sincère de participer aux affaires du monde, mais deux choix pour y parvenir : le militantisme clé-en-main (voir premier article) et l’humilité intellectuelle de s’insérer dans un système complexe multi-acteurs, dans lequel des milliers d’individus nous ont précédé : la République. En cela, je me suis dit qu’un portail comme journalpolitique.info avait bien saisi cet écart, en préférant l’argumenté et l’écrit pluraliste aux invectives partisanes. Cela montre aussi que la mission d’informer sans simplismes est exigeante, et que le chemin de la participation aux affaires publiques est quant à lui sinueux.

Démocratie et citoyenneté : le sentiment d’une jeunesse fragmentée socialement

Nous avons souligné la relative homogamie de la salle, brillante par l’absence de jeunes des classes populaires, ce qui est compréhensible au vu de l’autocensure. Néanmoins cela montre aussi un désintérêt des « quartiers relégués » pour les affaires publiques. S’en faisant donc le porte-parole tout à tour, une intervenante déplore que les QPV (quartiers politique de la ville) « ne sont jamais écoutés« , là où un autre, plus offensif et le regard agité, décrit une citoyenneté stratifiée, dont les strates inférieures sont relativement exclues. Il n’hésite pas à asséner à l’adresse de tous : « c’est à vous de leur donner une place« . L’intervenant décrit une classe d’âge qui bien qu’elle accède au bac souffrirait d’un manque patent de reconnaissance. Ceci enclenchera une discussion franche avec la ministre, qui déplore l’influence néfaste de groupes profitant de la relégation des « quartiers » pour retourner les habitants contre la République et repousser l’Etat et les services publics. Elle évoque, la voix vibrante, « ces petites filles qui sautent au cou de leurs maîtresses quand elles les retrouvent enfin. La République doit être là pour empêcher la mainmise sur ces populations, qui souffrent ensuite de la mauvaise réputation du quartier à l’embauche ou dans les études« . Liant ainsi problématiques de sécurité publique et de reconquête républicaine à la possibilité d’offrir une égalité des chances réelle à tous, F. Vidal illustre la doctrine que l’on pourrait appeler Collomb-Philippe : face aux inégalités socio-spatiales et à la relégation des périphéries, la république une et indivisible. Cette discussion montre une jeunesse soucieuse de ses pairs, mais intolérante à la rhétorique fondée sur la sécurité publique et la présence de l’État. D. Kimelfeld, attaqué sur la gestion des mineurs non-accompagnés (MNA), assume une « critique moins ardue du gouvernement, car je le porte aussi » et répond qu’en contexte migratoire massif, « nous sommes débordés, y compris les associations et l’éducation nationale« . Se voulant un acteur « en sérieux et en concertation« , il rappelle que la Métropole de Lyon en fait bien plus pour les MNA que les autres collectivités, et que le budget alloué n’a fait qu’augmenter depuis 2017. Pour le président de la Métropole, s’attaquer à la citoyenneté stratifiée décrite passe par une politique ambitieuse et intégrée : « on ne peut pas traiter climat, migrations, démographie, jeunesse et citoyenneté séparément. Solidarités et climat, il faut marcher sur ses deux jambes« .

« Je sais que vous êtes frustrés, mais ce n’est que le début ! » (D. Kimelfeld à propos de la politique environnementale)

Transition écologique : première préoccupation des jeunes. La pollution de l’air à Lyon et le rôle de chacun au cœur des discussions.

Le second thème de la soirée est celui ayant recueilli le plus de suffrage (36%). A grand renfort de chiffres et d’exemples vécus comme la Vallée de l’Arc, l’ensemble des prises de parole insiste sur l’urgence, la nécessité d’agir vite, le grand bouleversement que cela impose. Beaucoup d’interventions pointent la pollution de l’air à Lyon, dont deux étudiantes (l’une d’outre-mer, l’autre africaine) pour qui ça a été le premier choc en débarquant à Lyon. Un débat divise rapidement la salle : aux intervenants pour qui « il ne faut pas attendre tout des politiques comme des enfants » et pour qui chacun doit faire son examen de conscience et contribuer à son échelle, d’autres répondent que « l’urgence de la situation demande une vraie impulsion du monde politique et c’est ce qu’il nous manque« . D. Kimelfed se pose en synthétiseur : il faut avancer ensemble, les politiques sont à l’écoute (« je ne vis pas dans une bulle« ). Pour lui, l’opposition politiques-citoyens n’a aucun sens : il déclare travailler depuis des mois avec « des associations très investies« , avoir lu le manifeste pour le climat, et proposer un Plan climat-air énergie territoriale (une stratégie partenariale désormais obligatoire depuis 2016 pour les intercommunalités de plus de 20 000 habitants) ambitieux à l’échelle de la Métropole. Celui-ci prévoyait notamment de réduire de 20% les émissions de gaz à effet de serre d’ici 2020 : un objectif assez ambitieux ? (lecteurs lyonnais : blog très détaillé à ce sujet). Quant aux marches pour le climat, DK répond « oui, mais quelles propositions concrètes ?« . Enfin, à l’encontre de la décroissance, il affirme, en bon Saint-Simonien, « militer pour une croissance décarbonnée« . Une croissance non-destructrice à même de concilier les impératifs de développement d’une ville dans l’économie-monde (« l’emploi, la métropole attractive, les entreprises« ) à la nécessaire transition des capitalismes vers la préservation de la Nature ?

Transition écologique : pour la ministre, s’appuyer sur la recherche scientifique et prendre en compte le contexte international

Scientifique de formation et de métier elle-même, F. Vidal admet l’urgence réelle du dossier climat. Elle vise implicitement Donald Trump le climatosceptique et affirme vouloir « porter la recherche avec mon ministère » dans le combat du réchauffement climatique. « Je crois que la recherche trouvera des solutions. Il faut se donner les moyens de penser » tempère-t-elle, affirmant vouloir « laisser les scientifiques débattre » et mobiliser la COP21 pour « engager davantage ses signataires et réengager ceux qui se désengagent« , en référence aux États-Unis d’Amérique. Fustigeant la décroissance et rappelant que les pays en développement devaient aussi pouvoir se développer, elle conclura toutefois la soirée d’échanges par une confidence teintée d’inquiétude : « L’enjeu est grave. Quand on aura basculé on n’aura plus qu’à subir« . De quoi conforter la jeunesse dans son combat phare ?


Remerciements à Sciences Po Lyon et à son directeur R. Payre pour ce débat mouvementé, vitrine des questions posées à la jeunesse à laquelle le politique s’est risqué à répondre.

Pour journalpolitique.info, portail d’information politique