Brexit : Macron conteste Berlin et s’affirme indépendant de l’Allemagne

Brexit : Macron conteste Berlin et s’affirme indépendant de l’Allemagne

« Emmanuel Macron semble avoir fait son deuil de la relation franco-allemande après y avoir longtemps cru«  Via Libération du 15/04/2019 : Le couple franco-allemand au bord du divorce. Voir nos analyses précédentes de la stratégie de la Sorbonne sur journalpolitique.info

La fiction du «couple» franco-allemand a volé en éclats lors du sommet spécial Brexit, mercredi et jeudi. S’il y a souvent eu de profonds désaccords entre les deux rives du Rhin, c’est la première fois qu’Angela Merkel l’a affiché publiquement et sans précautions diplomatiques excessives. La chancelière a jugé «incompréhensible» le «raisonnement» d’Emmanuel Macron défavorable à une extension trop longue du délai avant un Brexit définitif, alors qu’elle était prête à donner un an de plus à Theresa May pour lui donner le temps d’essayer de faire adopter l’accord de divorce conclu avec l’Union. 

Le «raisonnement» du chef de l’Etat français est pourtant simple : l’Union, confrontée à d’autres défis, ne peut se permettre d’être prise en otage par une classe politique britannique incapable de mettre en œuvre la décision d’un référendum qu’il a lui-même provoqué… Finalement, un compromis a été trouvé – prolongation jusqu’au 31 octobre –, mais le gouvernement allemand n’a pas caché sa colère face à la résistance d’un partenaire d’habitude plus docile. Norbert Röttgen, le président (CDU) de la commission des affaires étrangères, n’a pas hésité à accuser Macron, dans un tweet vengeur, de «donner la priorité à ses intérêts de politique intérieure sur l’unité européenne». Car il est bien connu que Berlin n’a jamais aucune arrière-pensée de politique intérieure, comme l’a si bien démontré la crise grecque gérée de façon brutale pour ne pas effrayer les électeurs allemands…

L’intérêt allemand n’est pas l’intérêt européen

Curieusement, les médias français ont souligné l’isolement de Paris – qui était pourtant soutenu par la Belgique, le Luxembourg, l’Espagne, Malte, mais aussi, en second rang, par l’Autriche et le Danemark –, l’accusant presque de ne pas avoir joué collectif en refusant de s’aligner sur Berlin. «Il est incroyable que l’on nous présente comme des empêcheurs de tourner en rond alors qu’on a été les empêcheurs de sombrer en rond face à la mollesse collective», se récrie-t-on à l’Elysée. Une position que Macron s’apprête à assumer ce lundi en votant contre l’ouverture de négociations commerciales avec les Etats-Unis, là aussi initiée sous la pression de l’Allemagne, qui craint que Donald Trump ne taxe ses importations automobiles. Relancer un succédané du défunt traité de libre-échange transatlantique (TTIP) n’est en effet sans doute pas la meilleure idée qui soit à deux mois des élections européennes, alors que partout la pression de partis démagogues et isolationnistes grandit…

Emmanuel Macron semble avoir fait son deuil de la relation franco-allemande après y avoir longtemps cru. Il a pris conscience que les démocrates-chrétiens de la CDU-CSU, mais aussi les sociaux-démocrates, défendent avant tout les intérêts allemands travestis en intérêts européens, comme on l’analyse désormais en France. Depuis un an et demi, le chef de l’Etat n’a cessé de recevoir des rebuffades sur quasiment tous ses projets (création d’un budget de la zone euro, d’un Parlement de la zone euro, d’une taxe sur les géants du numérique, d’une Europe de la défense, etc.). Désormais, il n’est plus question de faire semblant ou d’accoucher de compromis qui affaiblissent l’Union : si Berlin ne veut plus d’Europe ou seulement d’une Europe allemande, elle doit l’assumer. Mais Paris est déterminé à ne plus jouer les passe-plats au nom d’une Union qui n’a plus d’européen que le nom

.Jean Quatremer BRUXELLES (UE), correspondant Libération

Relayé sur journalpolitique.info

Stratégie de la Sorbonne : échec du budget de la zone euro ?

Stratégie de la Sorbonne : échec du budget de la zone euro ?

Emmanuel Macron sait que le budget doit être prêt à un usage contre-cyclique en cas de crise financière mondiale, ou européenne comme la crise grecque. Une zone à monnaie unique a besoin de coordination budgétaire renforcée. Sa promesse de campagne d’un budget de la Zoneuro a abouti cette semaine à un fond européen de 22 milliards d’euros, financés sur sept ans par les Etats-membres de l’UE. La résistance hollandaise et allemande, ordo-libérale et méfiante, a écarté les ambitions du président de la République (parlement de la Zoneuro, ministre des finances, harmonisation fiscale sur les entreprises et budget de la Zoneuro).

Selon le Financial Times, on attendra néanmoins la bataille des européennes : le dispositif sera finalisé et annoncé en juin. Une fois les cartes rebattues, on verra si la présidence française est toujours en mesure de pousser la stratégie de la Sorbonne face aux deux démocraties libérales excédentaires méfiantes de tout outil d’intégration budgétaire.

Promesse tenue pour Emmanuel Macron ? On reprochait beaucoup à François Hollande de n’avoir pas modifié l’équilibre européen en 2012, et notamment le Traité stabilité croissance qui commençait à fortifier ces dispositifs de la Zoneuro. Reconnaîtra-t-on à Emmanuel Macron l’initiative, comme sur le Brexit ? Ou souhaite-t-on l’échec de la stratégie carolingienne ?

L’élection du 26 mai déterminera une bonne partie de ces voeux.

Sur journalpolitique.info

La France : quelle case sur le Grand échiquier de Brzezinski ?

La France : quelle case sur le Grand échiquier de Brzezinski ?

En pleine stratégie carolingienne (lire ici et ici) , avec l’imminence des élections européennes du 26 mai prochain, journalpolitique.info relaye cette analyse de la position de la France, détaillée dans Le grand échiquier de l’analyste américain Zbigniew Brzezinski.

Quant à la France, « puissance moyenne post-impériale », elle n’a pas les moyens de ses prétentions. Son rêve de grandeur pour une Europe sous conduite française correspondrait pour elle, nous dit l’auteur, à la « grandeur de la France ». Cependant, elle pourrait avoir des velléités pour traiter directement avec la Russie, et ainsi s’affranchir relativement des Etats-Unis ; nous voyons poindre là une légère inquiétude vis à vis de la France. Pour autant, la France est tout de même « un partenaire indispensable pour arrimer définitivement l’Allemagne à l’Europe ». N’étant pas assez forte pour faire obstacle aux objectifs géostratégiques américains en Europe, « la France avec ses particularismes et ses emportements peut être tolérée ». Quant au couple franco-allemand est primordial pour les intérêts américains ; une remise en cause de cette unité « marquerait un retour en arrière de l’Europe », et serait « une catastrophe pour la position américaine sur le continent ». Il est clair également que les Etats-Unis se servent de l’Allemagne (dominant économiquement en Europe) pour canaliser et « tenir » la France.

Le compte-rendu complet de ce traité du grand analyste de la Maison-Blanche est à lire sur le site les-crises.fr.

En tout cas il montre bien sa clairvoyance, et pour nous la nécessité de ne pas laisser l’emprise américaine nous dépourvoir d’influence à Bruxelles, déjà sous la coupe de lobbies anglo-saxons, et à Berlin, qui est désormais en situation de réaction à l’initiative française.

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Journaliste

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