Lyon : la politique sociale déjà au centre du débat

En plein Grand débat national, les exécutifs de Part-Dieu et de la Confluence s’activent. Le président de la Région Auvergne-Rhône-Alpes, L. Wauquiez et le président de la Métropole de Lyon, D. Kimelfeld, livrent leur vision respective de la place des collectivités et de leur prérogatives sociales dans la refonte nationale voulue par le PR.

Ils placent au centre de leurs préoccupations la question sociale, c’est-à-dire la politique collective pour « traiter » ou « réguler » la pauvreté et l’exclusion, et le principal dispositif : le Revenu de Solidarité Active (RSA) versé par les départements depuis 2004 (ex-RMI). C’est en effet une question essentielle aux politiques sociales telles qu’elles fonctionnent à ce jour, prises de le mille-feuille administratif et l’avènement d’un système de workfare à la française depuis les années 1990-2000 : est-ce le rôle des pouvoirs publics d' »activer les pauvres » ? Les contreparties aux prestations pourraient-elles favoriser l’intégration dans la société française et générer de la richesse collective ?

D. Kimelfeld à gauche, L. Wauquiez à droite. Montage d’images libres de droit et modification.

Le RSA et ses contreparties au cœur du débat national : en août 2018, un rapport complet est rendu à Matignon sur l’amélioration de la mise en œuvre du RSA et de l’accompagnement de ceux qui le perçoivent (1). La présence de la rhétorique des droits et devoirs, de la responsabilité individuelle, est systématique chez le PR, dans sa communication (2) et dans sa stratégie politique (« L’émergence d’un grand service public de l’insertion » lors de l’annonce du plan pauvreté en octobre 2017 (3)). Parmi les « devoirs » liés au RSA, la loi prévoit pour l’instant de contracter un contrat d’engagement dans un parcours d’insertion sociale et professionnelle. Depuis la décision du Conseil d’Etat, le bénévolat pourrait constituer un devoir, une contrepartie : la question a été abordée avec prudence par la ministre du travail M. Pénicaud (proposer le bénévolat mais ne pas l’imposer).

C’est E. Philippe, qui mène la charge le 15/02/2019 sur ce sujet qu’il juge « explosif« . Destinataire du rapport, confronté à la crise et sociale et conforté par les résultats provisoires du grand débat (à ce stade, 3 répondants sur 4 voudraient instaurer des contreparties aux aides sociales), il déclare : « ma conviction, qui est une conviction personnelle, c’est que compte tenu de l’importance de nos mécanismes de solidarité, compte tenu de nos finances publiques, compte tenu de la situation d’un pays qui est en croissance mais qui reste avec un niveau de chômage élevé, il faut qu’on s’interroge sur ces contreparties  » (via Le figaro du 19/02/2019). Il admet que la question sociale doit être au centre du débat ouvert et la qualifie de « vrai belle question politique« .

L. Wauquiez saisit la fenêtre de tir le 25/02/2019. Dans la continuité dans son discours anti-assistanat et vertueux en termes de dépenses publiques, il se place apparemment en première ligne en soutien d’E. Philippe pour faire advenir une telle politique, dans la grande région dont il préside le conseil depuis 2015. Il rappelle toutefois au Premier ministre LREM sa paternité en matière de workfare incitatif comme solution à l’assistanat : cela fait des années qu’il sabre le « cancer de l’assistanat« . Wauquiez propose donc d’établir des contreparties variées au RSA, dans un nouveau système de politiques publiques que pourrait piloter la Région, et ce pour une expérimentation d’au moins deux ans. Rappelons enfin que le pionner en termes de mise en œuvre est le département du Haut-Rhin (majorité LR) qui a fait douter le Conseil d’Etat. La presse rapporte bien que « la proposition d’Édouard Philippe avait suscité de nombreuses critiques jusque dans les rangs de la majorité. Il a en revanche reçu des soutiens à droite, notamment du député LR du Haut-Rhin Éric Straumann. » (4) Le Haut-Rhin connaît des succès en termes de maîtrise de la dépense publique et d’insertion dans l’emploi, et Wauquiez a le mandat d’une grande région qui surplombe les départements… et la Métropole de Lyon !

« La transformation du RSA sera sans doute l’un des leviers majeurs pour répondre aux problématiques de précarité, hors et dans l’emploi, soulevées par le GDN.« 

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Or, sur son territoire (situé bien entendu en AURA), le RSA est versé aux individus par les services Métropole de Lyon depuis 2016. Territoire de 59 communes qui concentre beaucoup d’allocataires (plus de 50 000 foyers en 2014) et qui promeut sa propre stratégie pour l’insertion : « La réunion des compétences « développement économique » et « insertion », nous invite à associer étroitement acteurs économiques, acteurs de l’insertion et acteurs publics. L’ambition de la Métropole est de mettre en synergie les besoins et atouts. » écrit G. Collomb, président encore en 2016 (plus d’informations ici).

La métropole privilégie un pilotage autonome, et ne bénéficierait pas du plan de L. Wauquiez qui voudrait s’appuyer d’abord sur les départements volontaires (il parle « de l’Ain, du Cantal, de la Loire et de la Haute-Savoie« ). D. Kimelfeld, candidat déclaré au mandat de présidence de la Métropole, est jugé par des observateurs comme plaçant le social au cœur de la campagne de 2020 pour la Métropole (5). En effet, la transformation du RSA sera sans doute l’un des leviers majeurs de réponse aux problématiques de précarité soulevées par le GDN. Touché sur ses positions et ses prérogatives, réaction de D. Kimelfeld : ne pas stigmatiser les allocataires (il rappelle les contrôles effectués par la CAF et le fait que chacun peut un jour nécessiter la solidarité nationale). Plus encore, écrit D. Kimelfeld : « Au-delà de la question “idéologique”, il faut éviter de lancer des “grandes idées” sans analyser au préalable la faisabilité opérationnelle. Comme bien souvent dans la mise en œuvre de nos politiques publiques, le diable est dans le détail. ». De plus, les deux institutions devront gérer la question ensemble, la Métropole ayant largement la main et se méfiant de cette « Région-pilote » voulue par L. Wauquiez : la Métropole est « pleinement engagée sur la question de la sortie du RSA. Nous avons d’ailleurs engagé de nouveaux chantiers en ce sens. Je m’attache à ce que soient fédérées toutes les initiatives, à coordonner tous les partenaires, dont la Région qui est compétente sur le volet formation. » écrit-il.

Ces escarmouches montrent toute la concurrence institutionnelle autour de l’insertion, des contreparties aux prestations, de la citoyenneté sociale et de l’emploi. Les exécutifs en font à juste titre le centre du débat, car il est urgent de sortir de l’état d’appauvrissement et de précarité, mais qu’en pensent les autres forces politiques ? Laisseront-elles le monopole de cette question cruciale aux deux ténors de Lyon ?

Affaire à suivre,

Sur le journal politique


(1) « L’accompagnement des bénéficiaires du RSA« , rapport au premier ministre à télécharger en pdf ici

(2) Voir notamment l’épisode polémique de la galette des Rois du 11/01/2019 :  » Parfois, on a trop souvent oublié qu’à côté des droits de chacun dans la République – et notre République n’a rien à envier à beaucoup d’autres – il y a des devoirs.« 

(3) Voir par exemple Public Sénat.

(4) : 20minutes Lyon (25/02/2019)

(5) Salade Lyonnaise nous dit que « sa campagne pour conserver la tête de la Métropole de Lyon en 2020 est centrée sur le social« , voir l’édition du 27/02/2019


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journaliste

Rédacteur-fondateur du portail A votre service

Une réflexion sur “ Lyon : la politique sociale déjà au centre du débat ”

  • 4 mars 2019 à 3:52
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    Article très intéressant, j’attends la suite.
    J’enregistre le site dans mes onglets !

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