« Identités meurtrières », plus jamais elle ne sera une terre étrangère : la lucidité d’Amin Maalouf

L’écrivain franco-libanais, Amin Maalouf, connaît bien l’harmonie qui peut exister entre les cultures, les traditions et les croyances : le Liban avait jusqu’alors été emblématique de cette réussite du dialogue. Pour Maalouf, la France connaît une situation de plus en plus tendue. Dans son essai remarqué, Les identités meurtrières, qui reprend des thèmes de l’individu pluriel du sociologue lyonnais Bernard Lahire (1), il propose des pistes cosmopolitiques et humanistes, invitant le lecteur à faire la paix avec sa propre identité.

Sous-ligné par un lecteur

Amin Maalouf invite chacun à ne pas renier sa part française et à prendre soin du pays où l’on vit, évoquant cette « terre de France » dont sa vie a de fait hérité. Se faire dépositaire de la francité apportera la paix civile sur le registre identitaire. Et bien entendu, cela ne revient pas à se tronquer : « l’identité ne se compartimente pas« . Cela revient à s’opposer à la guerre du bas et à reconstruire en cohérence avec le passé et l’avenir, cela revient à voir en soi un microcosme dosé de l’histoire du peuple de France.

L’essayiste a eu du mal à convaincre les français de l’imminence du naufrage lors de son passage sur le service public national pour « Naufrage des civilisations » en avril 2019 (notre analyse). Les thèmes progressistes de Maalouf sont parfois instrumentalisés sur un registre hostile au conservatisme et à l’identité européenne, alors même que l’objet est d’avertir les Français : ne vous reniez pas, prenez soin de votre civilisation car le monde tremble et l’heure est à l’acceptation de soi et à regarder droit devant. C’est le conservatisme politique radical iranien, américain et daeshien qui inquiète bien davantage Maalouf qui mesure les résultats au Liban pris entre les feux. La civilisation, la politesse, la douceur, la raison, l’humilité, voici ce qui doit réunir, et l’Europe doit sortir de ses meurtrissures identitaires par la refondation.

Pour journalpolitique.info

(1) Bernard Lahire (ENS de Lyon) : L’Homme pluriel. Les ressorts de l’action, Paris, Nathan, 1998 (traduit en Espagne, au Brésil, au Portugal, en Roumanie, au Royaume-Uni et au Japon). Voir aussi : Monde pluriel : penser l’unité des sciences sociales, Paris, Seuil, coll. « Couleur des idées », 2012.


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