Grenoble : ne pas alimenter la guerre population-police

La relation entre la police, première incarnation de ce que Foucault appelle l’Etat de police comme extension de la raison d’état et du droit (1) et la population, objet-cible du droit, est extrêmement tendu. Tout observateur de Notre-Dame-des-Landes, de l’affaire Théo, de l’actualité de la délinquance et de la criminalité, du mouvement des Gilets jaunes et la sémantique de l’éborgnement dans le pays des Lumières déjà largement attaqué par les ombres : tout observateur conviendra qu’il y a un vrai problème.

Plutôt la plume que le tweet.

L’article de Serge Pueyo dans le Parisien de ce soir donne bien le contexte sur les évènements de Grenoble (Isère, Aura), que son maire Eric Piolle (EELV) déclare en impuissance sécuritaire face aux trafics. Nous nous en tenons bien évidemment à la justice et exprimons notre tristesse du tragique de cette affaire.

Nous proposons trois remarques générales à votre jugement :

1 Le journaliste a insisté là-dessus : l’ensemble de la population en fait les frais (« On a l’impression que quoi qu’on fasse, nos efforts sont voués à l’échec. Que la destinée des jeunes du quartier, c’est de finir peut-être comme Adam et Fatih. »). Ces individus sont privés de destin social à cause de leur imbrication volontaire ou non à la délinquance greffées aux mauvaises conditions matérielles d’existence, imbrication qui rapporte (pour ceux qui pratiquent) ou règne (pour ceux qui subissent).

2 La police chassée, poussée à bout, dans des conditions de plus en plus difficile pour accomplir sa mission de service public, ne peut que s’exposer à des interpellations qui tournent mal et durcir ses méthodes. Une police qui ne peut plus exercer l’état de police se déforme.

3 L’ensemble du pays pâtit d’une mauvaise relation entre ces trois fondements de l’Etat moderne pour Foucault : la population, le territoire et la sécurité. Cette mise en guerre structurelle est réelle et inquiétante pour tous, et en premier lieu pour ceux directement concernés au quotidien.

Et qui y gagne, citoyens ? Dites-le nous ! Est-ce le trafic, le marché noir, le séparatisme de l’état de droit, la mainmise locale sur une population qui se dit emprisonnée, la guérilla, la relégation des habitants ? Propos du même Parisien : « « S’il faut brûler et casser pour qu’Adam, Fatih et leurs familles obtiennent justice, on continuera », clame un jeune du quartier. Sur les réseaux sociaux, les appels à la révolte contre la police se multiplient.  »


Toute névralgie autour du duel police-population ne fait malheureusement que le bénéfice des va-t-en guerre, de ceux qui professent la division ; et de la « seconde zone ».

JOURNALPOLITIQUE.INFO

Continuer à observer avec tristesse s’entredéchirer les fondements de la société, et participer au feu ? Jamais. A ce stade de grands bouleversements, il apparaît nécessaire d’être rationnel et loyal envers tous : largement enclencher une reconquête républicaine franche contre le marché noir sur le dispositif Collomb-Philippe, soutenue massivement par les pouvoirs publics dont le maire qui semble beaucoup attendre de l’État, les associations et la population, (l’opinion étant quant à elle déjà largement acquise), quitte à déployer de nouveaux dispositifs pour contrer les flux (légalisation partielle du cannabis comme c’est proposé à Villeurbanne (69) qui connaît le même problème) en parallèle de dispositifs d’insertion de la jeunesse bien plus simples et nombreux et de poursuite des efforts éducatifs, d’emploi. Est-ce les astres déjà prévus pour la fin du GDN ?

D’ici-là, toute névralgie autour du duel police-population ne fera malheureusement que le bénéfice des va-t-en guerre et de ce que le sociologue qui a travaillé à Grigny, Fabien Truong, appelle la « seconde zone », espace social qui « fabrique le guerrier » (2). A lire le Parisien, on penserait que les groupes radicaux profitent du mouvement pour repousser durablement l’État…

Le contexte est tendu. Une marche est organisée demain. Espérons que chacun ait à l’esprit l’intérêt de tous plutôt que d’attiser l’affrontement.

A votre service,

Journalpolitique.info


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(1) FOUCAULT, Michel, Sécurité, territoire, population : cours au Collège de France 1977-78, Paris, Seuil.

(2) TRUONG, Fabien, Loyautés radicales. L’islam et les mauvais garçons de la nation, Paris, La Découverte, 2017.

journaliste

Rédacteur-fondateur du portail A votre service

Une réflexion sur “ Grenoble : ne pas alimenter la guerre population-police ”

  • 6 mars 2019 à 10:54
    Permalink

    bonsoir. très bon article, c’est vrai qu’on ne pas se passer d’un état de droit sur tout le territoire et qu’on doit arrêter de monter population contre flics… je souscris à votre sanité parce que tous les quartiers de France subissent la même situation…
    par contre je sais pas si le « grand débat » apportera de solution…
    cdt

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