Débat national et mise à l’agenda : l’alignement des étoiles ?

Une bonne partie du peuple français et des peuples européens attendent beaucoup de cette année 2019. La crise actuelle montre à quel point les défis sont immenses. Qu’espérer au mieux ? A quelles condition les problèmes et inscriptions à l’agenda politique par le mouvement social et le GDN trouveront-ils un débouché sous forme d’action concrète ?

Les astres ne s’agencent que rarement de cette façon…

C’est une question classique dans la théorie politique américaine, centrée sur la décision comme processus et résultat final. Dans la phase de pré-décision, les forces politiques nomment, blâment, revendiquent, catégorisent. Elles construisent, par ce jeu, le terreau de la décision. Le politiste John Kingdon de l’université du Michigan a travaillé plus particulièrement sur les concepts de fenêtre d’opportunité (policy window) et d’entrepreneur politique (policy entrepreneur) pour comprendre qui contribue et comment à changer les choses.

Dans le modèle de Kingdon (1), une politique donnée (fiscalité, lutte contre le tabac, régulation d’internet, politique agricole, prestations sociales…), elle ne peut évoluer que si l’on est en conjonction de 3 courants distincts, qui réunis peuvent générer le changement concret de l’ordre politique et social :

  • Courant d’identification et de définition des problèmes : mouvement social, revendications, rapports, évaluations, évènements spécifiques.
  • Courant des politiques publiques : la communauté de spécialistes public-privé aux manettes autour de ladite politique.
  • Courant politique : élus, sous l’influence de l’opinion publique, de la presse, des groupes d’intérêts et des sondeurs.

En définitive, la décision est atteinte quand il y a conjonction de ces trois univers, qui peuvent parfois s’ignorer royalement. Prenons par exemple le cas du RSA évoqué ces derniers jours. Le problème public (pauvreté, précarité, salariat) est largement authentifié, les rapports ne manquent pas, la presse enquête, en parle, les sondeurs mesurent l’écho sur le public. Le gouvernement activant de plus en plus la communauté de spécialistes sur ce domaine et chacun joue sa partition, y compris les exécutifs locaux qui sont pris dans le débat.

On voit bien qu’on est à l’orée de grands changements selon ce modèle. Il montre que les changements procèdent de décisions, de choix humains, collectifs. Les astres se meuvent et chaque citoyen a sa part dans cette affaire qui se déroule sous nos yeux.

Et enfin, c’est quand les trois courants cadrent avec l’enjeu général et la phase électorale, « par l’intermédiaire d’entrepreneurs politiques particulièrement endurants » (2), que le changement peut se faire. Le grand débat et le mouvement social réunissent donc les conditions du changement, et ce dans la plupart des secteurs. Même si ce modèle n’est qu’une proposition dans un large champ d’hypothèses, il montre tout de même que ces semaines sont déterminantes.

Le changement oui, mais lequel ? A chacun de se faire son idée et de participer. Pour ma part, à développer dans d’autres dépêches !

pour journalpolitique.info


(1) John KINGDON, Agendas, Alternatives and Public Policies, Little Brown, 1984.

(2) Pierre LASCOUMES, Patrick LE GALES, Sociologie de l’action publique, Paris, Armand Collin, 2018 [2007].

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