La fierté d’être européen

La fierté d’être européen

Nous relayons certains passages de la tribune d’Hélios d’Alexandrie (pseudo) pour journalpolitique.info. L’auteur se livre à une réhabilitation grandiose de la civilisation européenne, ouverte à son monde depuis la Grèce, le Christ et Rome. Il exhorte les européens à se souvenir d’où ils viennent pour mieux penser à leur avenir.

L’auteur : « tout homme a deux patries, la sienne et la France »

Je ne suis pas européen ni de souche européenne, j’observe l’Europe d’une certaine distance ce qui me donne l’avantage de l’éloignement. Francophone et francophile, je me souviens de ce qu’on nous enseignait à l’école au sujet de la France : « tout homme a deux patries, la sienne et puis la France. » En paraphrasant cette citation de Thomas Jefferson, je me permets de l’étendre à l’Europe : « Tout homme dans son cœur vit sur deux continents, le sien et puis l’Europe. »Pourquoi l’Europe ? Répondre à cette question exigerait d’écrire un traité de plusieurs volumes, mais un traité qui je le crois pourrait se résumer en une seule phrase : « Parce que sans l’Europe le monde d’aujourd’hui serait pareil au monde de l’antiquité. »

L’Europe et l’Amérique

L’Europe d’aujourd’hui est le produit du Moyen-âge, époque bénie durant laquelle ont été réunies toutes les conditions requises pour le progrès. Un progrès continu qui, du moyen-âge à la postmodernité, en passant par la renaissance, les lumières, la révolution industrielle et le vingtième siècle, ne s’est jamais démenti. On peut raisonnablement affirmer que ce qui distingue la civilisation européenne de toutes les autres est cet élan irrésistible qui l’amène à se surpasser.

Certes la civilisation européenne se confond avec la civilisation occidentale. Cette dernière n’est pas exclusivement européenne, elle est aussi américaine. Mais l’Amérique est fille de l’Europe, un cordon ombilical les relie toutes les deux, qui leur permet de se nourrir l’une de l’autre, à tel point qu’il est difficile à présent d’imaginer que l’une pourrait survivre après la disparition de l’autre.

Haroun en sables mouvants (2) : précisions

Suite à la polémique suscitée sur facebook, sur une page qui relaye nos articles, Malik clarifie quelques points à propos de son analyse à charge du sketche de l’actu de Haroun :

1/ Nous n’attaquons pas l’humoriste en tant que personne, ni en tant que comédien. Seulement sur le plan politique. Nous condamnons ceux qui insultent la personne, ceux qui insultent les lecteurs, bien entendu sans avoir rien lu de l’article.

2/ Nous rappelons que l’humour et la dérision sont partie intégrante des systèmes et régimes politiques depuis Athènes. L’humour n’est pas innocent, au contraire c’est un glaive, et particulièrement en France. Ici les estocades sont aveugles et mal orientées, comique de situation du coup.

3/ Nous attaquons son sketche qui s’aventure maladroitement sur un terrain politique. D’habitude chacun y prend pour son grade dans ses spectacles. Cette fois il a voulu aller avec cette instrumentalisation d’un attentat criminel pour viser, dans sa conclusion performative, ce qui fait le fondement de ce pays en forme de CQFD, et criminaliser tout conservatisme. C’est ce tour de passe-passe amalgamant qui est dénoncé.

4/ Un article à charge sert à secouer, il n’est pas une vérité définitive. L’intérêt est de montrer que tout n’est pas si simple. C’est de l’humour, certes, mais à l’âge des défèqueniouze et de la segmentation de la vérité, l’humour est pensée dominante. Lorsque l’on s’abreuve de youtube, twitter, facebook et autres perfusions d’images et clickbait on peut considérer que tout est innocent et que l’histoire est achevée à l’ère d’internet, qu’on doit rire de tout pour éviter de se sentir vide. Et vite un peu de contenu pour remplir l’esprit devenu contenant.

5/ Au contraire l’histoire et la politique ont repris du poil de la bête, et le cyberespace où Haroun joue des coudes avec ses concurrents n’est pas neutre. Surtout concernant les affaires politiques.

Malik pour journalpolitique.info

Marché du travail et automatisation : l’ambiance du forum de Davos

Marché du travail et automatisation : l’ambiance du forum de Davos

Pour déminer le débat actuel, il est nécessaire de s’intéresser au marché mondial du travail, qui change à vue d’œil au fil du développement de l’intelligence artificielle et des robots. Cette configuration mondiale du capital travail permet de comprendre les dynamiques de l’emploi, des formations, des stratégies industrielles et des migrations économiques. D’où le fait que les décisionnaires planétaires réunis à Davos en Suisse pour le Forum Economique Mondial (janvier 2019) soient observés de près. Kevin Roose, New York Times du 25 janvier 2019, relayé sur journalpolitique.info

Cette année, le Forum économique mondial de Davos, en Suisse, où les positions publiques des chefs d’entreprise sur l’impact de l’automatisation sur les travailleurs ne correspondaient pas aux opinions qu’ils partageaient en privé. Laurent Gillieron/EPA, via Shutterstock

DAVOS, Suisse – Ils ne l’admettront jamais en public, mais beaucoup de vos patrons veulent des machines pour vous remplacer dès que possible.

Je le sais parce que, depuis une semaine, je me suis mêlé à des dirigeants d’entreprises lors de la réunion annuelle du Forum économique mondial à Davos. Et j’ai remarqué que leurs réponses aux questions sur l’automatisation dépendent beaucoup de qui écoute.

En public, de nombreux cadres se tordent les mains sur les conséquences négatives que l’intelligence artificielle et l’automatisation pourraient avoir pour les travailleurs. Ils participent à des tables rondes sur la construction d’une « I.A. centrée sur l’homme » pour la « Quatrième Révolution industrielle » – Davos parle pour l’adoption par les entreprises de l’apprentissage machine et d’autres technologies avancées – et parlent de la nécessité de fournir un filet de sécurité aux personnes qui perdent leur emploi en raison de l’automatisation.

Mais dans un cadre privé, y compris lors de réunions avec les dirigeants des nombreuses sociétés de conseil et de technologie dont les vitrines animés bordent la Promenade de Davos, ces dirigeants racontent une autre histoire : Ils se précipitent pour automatiser leurs propres forces de travail afin de garder une longueur d’avance sur la concurrence, sans se soucier de l’impact sur les travailleurs.

Partout dans le monde, les dirigeants dépensent des milliards de dollars pour transformer leurs activités en opérations allégées, numérisées et hautement automatisées. Ils ont soif de marges bénéficiaires élevées que l’automatisation peut leur procurer, et ils voient l’I.A. comme un ticket en or pour réaliser des économies, probablement en leur permettant de réduire le nombre de services de milliers de travailleurs à quelques dizaines à peine.

« Les gens cherchent à atteindre de très gros chiffres », a déclaré Mohit Joshi, le président d’Infosys, une société de technologie et de conseil qui aide d’autres entreprises à automatiser leurs opérations. « Auparavant, ils avaient des objectifs supplémentaires de 5 à 10 pour cent de réduction de leur main-d’œuvre. Maintenant, ils disent : “Pourquoi ne pouvons-nous pas le faire avec 1 % des gens que nous avons ?” »

Peu de cadres américains admettront vouloir se débarrasser des travailleurs humains, un tabou dans l’ère de l’inégalité d’aujourd’hui. Ils ont donc dressé une longue liste de mots à la mode et d’euphémismes pour masquer leurs intentions. Les travailleurs ne sont pas remplacés par des machines, ils sont « libérés » de tâches pénibles et répétitives. Les entreprises ne licencient pas des travailleurs, elles « subissent une transformation numérique ».

Une enquête réalisée en 2017 par Deloitte a révélé que 53 % des entreprises avaient déjà commencé à utiliser des machines pour effectuer des tâches auparavant effectuées par des humains. On s’attend à ce que ce chiffre grimpe à 72 % d’ici l’an prochain.

L’obsession de l’élite entrepreneuriale pour l’I.A. a été lucrative pour les entreprises spécialisées dans « l’automatisation des processus robotiques », ou R.P.A. [R.P.A.: Robotic Process Automation NdT]. Infosys, qui est basée en Inde, a enregistré une augmentation de 33 % de ses revenus sur un an dans sa division numérique. L’unité « solutions cognitives » d’IBM, qui utilise l’I.A. pour aider les entreprises à accroître leur efficacité, est devenue la deuxième activité de l’entreprise, affichant 5,5 milliards $ en revenus au dernier trimestre. La banque d’investissement UBS prévoit que l’industrie de l’intelligence artificielle pourrait valoir jusqu’à 180 milliards de dollars l’année prochaine.

Kai-Fu Lee, l’auteur de « AI Superpowers » et un cadre en technologie depuis longtemps, prévoit que l’intelligence artificielle va éliminer 40 % des emplois dans le monde en 15 ans. Dans une entrevue, il a déclaré que les chefs de la direction subissaient d’énormes pressions de la part des actionnaires et des conseils d’administration pour maximiser les profits à court terme, et que le passage rapide à l’automatisation en était le résultat inévitable.

Les bureaux du fabricant d’électronique taïwanais Foxconn de Milwaukee, dont le président a déclaré qu’il prévoyait de remplacer 80 % des travailleurs de l’entreprise par des robots dans cinq à dix ans. Lauren Justice pour le New York Times

« Ils disent toujours que c’est davantage que le cours de l’action », dit-il. « Mais à la fin, si tu merdes, tu te fais virer. »

D’autres experts ont prédit que l’I.A. créera plus de nouveaux emplois qu’elle n’en détruira, et que les pertes d’emplois causées par l’automatisation ne seront probablement pas catastrophiques. Ils soulignent qu’une certaine automatisation aide les travailleurs en améliorant leur productivité et en les libérant pour leur permettre de se concentrer sur des tâches créatives plutôt que routinières.

Mais à une époque de troubles politiques et de mouvements anti-élites de la gauche progressiste et de la droite nationaliste, il n’est probablement pas surprenant que toute cette automatisation se fasse discrètement, hors de la vue du public. À Davos cette semaine, plusieurs cadres supérieurs ont refusé de dire combien d’argent ils avaient économisé en automatisant des tâches auparavant effectuées par des humains. Et personne n’était prêt à dire publiquement que le remplacement des travailleurs humains est leur but ultime.

« C’est la grande dichotomie », a déclaré Ben Pring, directeur du Centre pour l’avenir du travail chez Cognizant, une société de services technologiques. « D’un côté », dit-il, « les dirigeants soucieux du profit veulent absolument automatiser autant que possible. »

« D’un autre côté », a-t-il ajouté, « ils font face à un retour de bâton dans la société civile. »

Pour avoir une vision sans fard de la façon dont certains dirigeants américains parlent de l’automatisation en privé, il faut écouter leurs homologues en Asie, qui souvent ne font aucune tentative pour cacher leurs objectifs. Terry Gou, président du fabricant taïwanais d’électronique Foxconn, a déclaré que l’entreprise prévoit de remplacer 80 % de ses employés par des robots au cours des cinq à dix prochaines années. Richard Liu, le fondateur de la société chinoise de commerce électronique JD.com, a déclaré lors d’une conférence d’affaires l’an dernier : « J’espère que mon entreprise sera un jour entièrement automatisée. »

L’un des arguments couramment avancés par les cadres supérieurs est que les travailleurs dont les emplois sont éliminés par l’automatisation peuvent être « requalifiés » pour occuper d’autres emplois dans une organisation. Ils donnent des exemples comme Accenture, qui a prétendu en 2017 avoir remplacé 17 000 emplois de back-office [Le back-office (service d’appui, ou post-marché, selon la terminologie officielle française, ou encore arrière-guichet selon l’Office québécois de la langue française) est l’ensemble des activités de supports, de contrôle, d’administration d’une entreprise NdT] sans licenciement par la formation d’employés pour travailler autre part dans l’entreprise. Dans une lettre adressée aux actionnaires l’an dernier, Jeff Bezos, directeur général d’Amazon, a déclaré que plus de 16 000 magasiniers d’Amazon avaient reçu une formation dans des domaines très en demande comme les soins infirmiers et la mécanique aéronautique, l’entreprise couvrant 95 % de leurs dépenses.

Mais ces programmes peuvent être l’exception qui confirme la règle. Il y a beaucoup d’histoires de recyclage réussi – les optimistes citent souvent un programme au Kentucky qui a formé un petit groupe d’anciens mineurs de charbon à devenir programmeurs informatiques – mais il y a peu de preuves que cela fonctionne à grande échelle. Un rapport du Forum économique mondial de ce mois-ci estime que sur les 1,37 million de travailleurs qui devraient être complètement remplacés par l’automatisation au cours de la prochaine décennie, seulement un sur quatre pourra être requalifié avec profit dans les rangs du secteur privé. Les autres devront probablement se débrouiller seuls ou compter sur l’aide du gouvernement.

A Davos, les cadres tendent à parler de l’automatisation comme d’un phénomène naturel sur lequel ils n’ont aucun contrôle, comme les ouragans ou les vagues de chaleur. Ils affirment que s’ils n’automatisent pas le travail le plus rapidement possible, leurs concurrents le feront.

« Ils seront éjectés s’ils ne le font pas », a déclaré Katy George, associée principale de la société d’experts-conseils McKinsey & Company.

L’automatisation du travail est un choix, bien sûr, rendu plus difficile par les exigences des actionnaires, mais c’est toujours un choix. Et même si un certain degré de chômage causé par l’automatisation est inévitable, ces cadres peuvent choisir comment les gains de l’automatisation et de l’I.A. sont répartis, et s’ils doivent donner aux travailleurs les bénéfices supplémentaires qu’ils en tirent, ou les amasser pour eux et leurs actionnaires.

Les choix faits par l’élite de Davos – et la pression qu’elle subit pour agir dans l’intérêt des travailleurs plutôt que dans le leur – détermineront si l’I.A. est utilisée comme un outil pour augmenter la productivité ou pour infliger de la souffrance.

« Le choix n’est pas entre l’automatisation et la non-automatisation », a déclaré Erik Brynjolfsson, directeur de l’Initiative sur l’économie numérique du MIT. « C’est entre utiliser la technologie d’une manière qui crée une prospérité partagée ou plus de concentration des richesses. »

Kevin Roose est chroniqueur pour Business Day et rédacteur général pour le New York Times Magazine. Sa chronique « The Shift » examine l’intersection de la technologie, des affaires et de la culture.

Source : The New York Times, Kevin Roose, 25-01-2019

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

Relayé pour journalpolitique.info

Europe : Manuel Valls en pivot franco-catalan ?

Europe : Manuel Valls en pivot franco-catalan ?

En ce début de semaine, une tribune de 41 sénateurs français (LR-LREM-PS-PCF) condamnait « les répressions dont sont victimes des élus légitimes, représentants politiques de la Generalitat de Catalogne emprisonnés ou forcés à l’exil pour leurs opinions dans l’exercice des mandats que leur ont confiés les électeurs » et plus largement le processus démocratique de résolution du conflit entre l’Espagne, la constitution, et la Catalogne, le gouvernement local « réprimé ». « Les manquements aux valeurs démocratiques peuvent paraître choquants en Hongrie, en Pologne, ou en Roumanie mais ne le sont pas forcément quand il s’agit de l’Espagne » : une façon de dire qu’il faut s’ingérer en cas de populismite aigue, même si l’Espagne est un voisin direct souverain ?

Manuel Valls a tiré un trait sur la France pour l’instant, il l’a montré en abandonnant son mandat électoral, onction solitaire de l’Essonne (91). Il est désormais engagé pour Barcelone, dans une campagne où il se voit perdant face à plusieurs journalistes, dans ce choix électoral qu’il juge plus intime que politique (JDD). Il a néanmoins reçu lundi le soutien en personne de Bernard Henri-Lévy, présent à Barcelone dans le but de pourfendre ce qui devient « la capitale du populisme« . « Les gilets jaunes, l’extrême-droite, les indépendantistes » : le prêcheur Looking for Europe se doit d’épauler Manuel Valls, qui s’étend ces derniers temps en confidences privées alors que sa vie change. Une façon de le requinquer ? Ou un story-telling à l’échelle européenne ?

« Appelez-moi Manuel, ici tout le monde m’appelle Manuel.Variante : senyor Valls ». Tout cela lui va bien au teint – il n’a plus les sempiternelles plaques rouges à la jonction du cou et des joues, et des joues et des oreilles. « On a ­retrouvé le Manuel qu’on avait perdu entre l’Intérieur et ­Matignon ; il est sorti de l’impasse « 

Anna Cabana, JDD 16/03/2019

Enfin, le gouvernement français et le président du Sénat Gérard Larcher, réassurant sa « pleine confiance et son soutien à l’égard des autorités espagnoles« , condamnent cette initiative. « Il n’appartient pas à la France de s’immiscer dans des procédures judiciaires en cours« , écrit le Quai d’Orsay dans un communiqué, rappelant que la France est évidemment attachée « à l’unité et à l’intégrité de l’Espagne« . Ces attaches, Manuel Valls y souscrit dans la foulée : il qualifie sur Twitter le manifeste« d’irresponsable » et invite « ces 41 sénateurs à suivre en direct le procès de ceux qui ont violé la Constitution espagnole », saluant loyalement « le soutien du gouvernement français à l’unité de l’Espagne » par la suite.

Conclusion : cette campagne européenne montre bien que les enjeux sont liés. Le camp pro-européen et les institutions de la campagne Looking for Europe, critiquée pour utiliser la langue shakespearienne en plein Brexit et la démarche à tâtonnements, soutiennent-elles un Valls pro-unitaire ou les indépendantistes catalans ? De l’Algérie à l’Allemagne, de la France à la Hongrie, de l’Italie à la Turquie, de l’Angleterre à l’Autriche, ce qui se passe en ce moment en lié à une conscientisation massive et une renaissance des volontés démocratiques. La preuve pour la France, notre ancien premier ministre n’est jamais loin.

Affaire à suivre,

Journalpolitique.info

Débat Eric Zemmour / Yassine Belattar devant P. Praud : tout pour diviser ?

Débat Eric Zemmour / Yassine Belattar devant P. Praud : tout pour diviser ?

Il est de notoriété publique aujourd’hui que les médias grand public ou mainstream sont réglés par des logiques d’audience et donc de buzz, phrases-choc, affrontements théâtraux. Cette logique affecte le débat public et génère ce que chaque camp dénoncera comme la « pensée unique » (voir notre article). C’est pour restituer ce débat dans un ensemble que le journal du cyberespace francophone, journalpolitique.info, livre une analyse de la scène de 50 minutes, très commentée, pour alerter à la surenchère identitaire voulue par la guerre du bas.

Pourquoi ce thème ? Construction d’une actualité médiatique. Le débat a été organisé avec troubles apprend-on dans les premières minutes (01:30-06:00). Tous deux ont accepté le « face à face entre deux enfants de France que tout semble séparer » voulu par CNews , Yassine Belattar considérant son geste comme un dernier sursaut avant sécession du débat public contre celui qui « divise les français depuis une quizaine d’années » (02:44) ; Eric Zemmour comme l’occasion de pourfendre ce « serviteur du multiculturalisme macronien« . CNews y voit véritable clivage, qu’ils mettent donc en scène sur le registre identitaire en format long de soirée de 50 minutes, 3 personnes dont l’arbitre de l’heure des pros. Une sorte de ring présidentiel dans le champ journalistique. Les protagonistes se sont d’ailleurs disputés ce temps d’antenne précieux : Y. Belattar dénonce les invitations de LCI « pas n’importe quel jour » ; et le traitement favorable à son adversaire « je vais pas laisser un facho venir à 9h » ; « ce n’est pas à Zemmour de donner le tempo dans ce cirque« ). Donc le choc médiatique est bien préparé et sera l’occasion de solder les comptes (« quand je viens à LCI, il démissionne » « il ne veut pas me voir parce que je suis le fils d’Hitler » Zemmour à 04:40).

Si le débat est intéressant à analyser, c’est aussi parce que ce débat sur la République, de façon générale sur ce qu’est la France du XXIe siècle (régime institutionnel, évolutions démographiques de type grand remplacement-grand bouleversement, européanisation, américanisation culturelle (1), communautés revendiquées sur le mode anglo-saxon, séparatisme intégriste, régionalisme, Grande nation), est bien la préoccupation principale des citoyennes et citoyens de ce pays. Chacun y veut désormais une reconnaissance collective mais aussi savoir comment fonctionne l’ensemble, et le GDN, auquel on peut reconnaître le mérite d’avoir secoué le tapis qui cachait tout, rend légitime ce cadrage médiatique. Cette analyse veut montrer que l’opposition orchestrée et virulente ne contribue pas à l’apaisement. Proposer une vision critique au bénéfice des deux camps (Belattar revendique « un millions de soutiens sur mon épaule » et l’on sait que Zemmour est un acteur fort d’une partie de la droite Figaro et de la gauche Marianne) empêchera selon nous le séparatisme et la citadellisation. Car cette voie n’est jamais énoncée.

Zemmour attaque le premier : « Yassine Belattar est l’incarnation rigolarde et sarcastique de la takiyah » (06:50). Une estocade essentialiste qui dessert sa cause, que repousse YB « C’est ce qu’on colporte sur les djihadistes, moi je suis français de confession musulmane » et le menace de diffamation. EZ : « vous passez votre temps à m’insulter sur Twitter » et dénonce « Vous êtes un faux comique et un vrai militant« , « vous êtes franco-marrocain et avez deux allégeances : qui est votre patron ? le PR ou le Roi Hassan ?« . Touché (09:38) YB confesse la moitié : « artiste et militant engagé« . Sur l’allégeance : « Vous vous demandez de choisir, sauf qu’on nous l’a jamais demandé. Je vais aller plus loin : je suis afro-européen« .

Bref, mondialisme nationalisme 1-1, EZ « c’est intéressant vous voyez » YB « Zemmour, je veux bien vous parler« . A partir de 10:20 la discussion entre dans le vif.

YB : « Est-ce que vous pensez que vous allez nous arrêter à Poitiers ?« 

Thème : c’est quoi être français en 2019 ? Une vision de l’histoire. Les invités fusionnent en bons nietzschéens leur biographie et l’histoire de la France. C’est fort à propos que l’un de 60 ans défend l’assimilation et la gloire civilisationnelle, et le second né en 1982 une intégration dans un espace euro-africain. Un Pascal Praud renfrogné rappelle qu’il est aussi citoyens français… et que jamais l’identité française à vocation universelle n’est défendue par un représentant historique, tandis qu’EZ et YB s’écharpent sur l’histoire du peuple berbères « colonisés et islamisés de force par les arabes » (13:50) pour Zemmour et la création des nations nord-africaines.

YB : « Que vous le vouliez ou non, vous avez une tête d’arabe« , ou comment ramener tout un chacun à son faciès. Le plaidoyer de Zemmour à 15:40 vaut le détour. YB : « Quand l’équipe de France joue et perd je ne suis pas bien, quand le Maroc joue je ne suis même pas au courant » (19:40) « Vous croisez la France tous les jours dans le métro, je ne vois pas en quoi ils vous portent préjudice« . Zemmour : « Les enfants ne se sentent pas français, ne veulent pas s’approprier les mœurs ou l’histoire »

YB : « Si les musulmans français se coupaient de la société à l’anglo-saxonne, je serais inquiet » (23:00) … comme quoi s’inspire se son multiculturalisme n’est pas sans risque. Au non-sens « Je n’ai pas l’impression qu’une femme qui se voile heurte sa francité« … Zemmour : « Les activistes de type Frères musulmans ont bien compris la faiblesse de nos sociétés : la liberté individuelle. Ils exploitent cette liberté pour faire rentrer toujours plus d’éléments islamiques dans le paysage collectif. Une volonté d’occuper toujours plus l’espace. C’est là que je vous accuse de dissimulation en justifiant leur liberté individuelle » (26:00). « Seule la Tunisie avance vers la démocratie, le reste des sociétés musulmanes ne sont pas libres et démocratiques« .

A Zemmour dénonçant le cocktail délinquance-islam politique qui asservit des populations et fait que 70% des détenus sont musulmans, s’appuyant sur le rapport de l’AN et la demande des gardiens de prisons reprise par J. Lang. YB ferme tout sujet : « il n’y a pas de statistique ethnique ! 400% des gens n’aiment pas Zemmour, moi aussi j’ai mes stats« . Argument en or.

Zemmour : « dans ces quartiers il n’y a quasiment plus de juifs et de chrétiens » Belattar : « c’est faux » (36:45). Vérification sur Libération : c’est vrai.

Assez effarant, YB appelle à la vengeance sur EZ : « vous êtes responsable des idées de Christchurch » (39:00). Zemmour « Tous les deux nous sommes du côté de toutes les victimes. Ça nous fait un point commun. Mais quand quelqu’un tue au nom de l’islam, pas d’amalgame. Quand on tue au nom du grand remplacement, c’est de ma faute » (41:10). « S’il tue au nom du coran, c’est pour moi plus que préjudiciable et condamnable. » reconnaît YB, pour mieux charger : « Le tueur de Nouvelle-Zélande dit avoir vu la France, vous êtes le lieutenant de cette pensée, ce qui vous élimine du débat public. Vous avez fait tuer 50 personnes ». Praud intervient pour calmer le jeu à 44:30 et YB le recadre lui aussi à 45:00.

Finale : EZ « Hassan II disait à Anne Sinclair que ses marocains ne deviendraient jamais français« . YB « Je suis content de faire mentir le roi aujourd’hui. J’ai 37 ans j’aime mon pays« .

Eric ZemmourYassine Belattar
Identité française, assimilation nationale, amitié des peuplesIdentité afroeuropéenne, Multiculturalisme, anti-assimilation « je suis pour la banalisation« 
Le voile dérange car revendication identitaire, séparatiste, et nécessité de précaution avec l’islam radicalLe voile est un choix individuel, pas d’amalgame
La rue est l’espace public La rue n’est pas l’espace public, c’est seulement les institutions et l’Etat (anglo-saxon)
Les rassemblements communautaires étrangers sont une ingérenceLes revendications communautaires ne sont pas un problème si légales (multiculturalisme)
Le PS et SOS racisme ont converti les velléités de rassemblent du peuple en guerre communautaire
Le PS et SOS racisme ont converti les velléités de rassemblent du peuple en guerre communautaire
Le problème est la fin de l’état de droit, les trafics de stupéfiants qui rapportent trop dans des centaines de quartier.Le problème c’est la pédophilie. Il y a plus de blancs qui tuent leur voisin et les cachent dans leur jardin.

Il est impératif de se demander pourquoi l’auteur du Suicide français répand autant son sentiment nostalgique et crépusculaire, alors que l’on pourrait inviter des tas de jeunes ou moins jeunes patriotes, conscients de la force de notre civilisation mais aussi de sa générosité. Des hommes et des femmes qui peuvent témoigner « qu’être français », c’est être conscient d’une spécificité historique, du labeur des générations passées et la volonté d’aller vers l’avenir sans honte et en amitié avec les peuples. La position de Belattar est quant à elle stéréotypale du cosmopolitisme qui se refuse à observer la gloire civilisationnelle et le destin du peuple français comme un grand foyer, éduqué comme il le dit lui-même en accord avec EZ, par un SOS racisme politisé qui fait obstacle à l’apaisement et renvoie l’identité français à un je-ne-sais-quoi obsolète. La plupart des français prennent tout, de Jeanne d’Arc à De Gaulle, de Lascaux à Victor Hugo. M. Belattar n’a pas à justifier de sa francité. E. Zemmour non plus. CE genre de débat dresse chacun sur ses positions. Finalement, un affrontement de ce type confisque la partie à tous ceux à qui elle est chère pour un jeu de plus en plus agressif (« vous avez fait tuer 50 personnes« ) et bilatéral (propos de G. Collomb rendant Beauvau sur les communautés mises face-à-face). A quoi sert ce clash voulu par Cnews ?

Pour journalpolitique.info

(1) Le dernier ouvrage de Régis Debray , »Civilisation. Comment nous sommes devenus américains » est un livre érudit, avec de délicieuses pointes d’humour, qui poursuit une réflexion de Simone Weill de 1943 selon laquelle une américanisation de l’Europe ferait perdre son passé à l’humanité, et une interrogation de Paul Valéry, de 1939 : « Je me demande si l’Europe ne finira pas par une démence ou un ramollissement ».

« La France, Syrie de l’extrême-droite » : l’humoriste Haroun en sables mouvants

« La France, Syrie de l’extrême-droite » : l’humoriste Haroun en sables mouvants

Vrai spectacle de la société spectaculaire.

Dans son sketche « De l’actu« , sous-titré prosélytement #OnRigoleBien, Haroun, humoriste français de 34 ans, forgé entre les figures des Inconnus, de Jamel Debbouze, de Coluche et du vénérable Thierry Ardisson, entreprend une mission politique partisane un petit peu particulière. Pour sa revue d’actualité, il choisit de traiter les deux grands thèmes du moment : le hidjab décathlon et l’attentat de Christchurch. Pour lui l’occasion de mettre à jour, sous couvert de dérision, les clichés les plus emblématiques du think-fast. Il pourfend pêle-mêle et nommément Nicolas Dupont-Aignan (DLF), Marine le Pen (RN), Eric Zemmour, Alain Finkielkraut, Robert Ménard, Renaud Camus et finalement « la France blanche et chrétienne« , à qui il se permet de déclarer « niquez vos mères« , et « sincèrement et de façon raisonnée » qui plus est. Dans quel pays les rangs déculturés applaudissent-ils avec autant de ferveur les attaques ad hominem de la culture historique et nationale ? Analyse.

Un acte militant

Sur son premier sujet, il restera dans une vision monolithique. Toute critique du vêtement religieux serait pour Haroun une critique du sport en tant que tel, alors qu’il s’agit simplement de ne pas manifester d’appartenance religieuse dans l’espace public. Il se complaît donc à filer sa métaphore athlétique : « foulée islamiste » (00:30), s’attaquant à un NDA qui les voudrait « lentes » (00:45). Il échoue sa figure de style rhétorique sur les rivages du lexique de la guerre bas, avec une douteuse « chasse aux musulmans en forêt« . Il fait le parallèle avec l’attentat de Christchurch procédant de mêmes chasses. Donc qui protège la laïcité et la culture historique en France soutiendrait de facto l’égaré criminel de Nouvelle-Zélande. On n’osait pas de tels parallèles et amalgames jusqu’alors concernant les attaques de 2015. Il en fait même le strapontin rhétorique pour aborder son second sujet, le vif. Et l’assume : « On va en parler un peu. Je vous le dis tout de suite » (01:15).

Une démonstration polémique en cinq estocades aveugles :

1- Contre le traitement médiatique des attentats islamistes. Haroun dit grosso modo que les médias fabriquent les attentats en citant toujours un témoin du cri « allah akhbar » lors de l’agression. Cette théorie complotiste en vogue sur internet et en réalité exonère parfois même les attaques de Toulouse ou de Strasbourg, « montées de toutes pièces ». Tout comme les sites complotistes antisionistes, il vise nommément CNews (01:36).

2- Son interprétation de l’attentat en Nouvelle-Zélande : « un mec d’extrême-droite qui est venu en France et qui s’est radicalisé en France » nous informe-t-il. Accusant son pays, sa terre, d’être une « Syrie de l’extrême-droite« , à partir de son postulat militant « extrême-droite dupont-aignan = djihadisme global », il nous explique qu' »il est retourné faire l’attentat« , alors même que le tueur est allé expressément en Nouvelle-Zélande pour son éloignement qui marque la globalité du conflit.

Pour ces influenceurs, l’opinion c’est avant tout la dérision, le détournement de ce qu’on pourrait qualifier de « vrai » ou « réel ».

Journalpolitique.info

3- Son attaque en règle du grand remplacement. Haroun a le mérite de dire qu’il s’agit d’une « pensée d’un auteur français« , car en effet le livre est complexe. Néanmoins de le restituer dans une logique binaire musulmans arabes-chrétiens blancs (voulue par la guerre du bas qu’il croit contrer), alors même que Camus évoque un « grand remplacisme global qui veut faire de l’interchangeabilité des attributs économiques et culturels la norme, plutôt que l’amitié des peuples« , et non pas des oppositions binaires. Il montre qu’il ne l’a pas lu et ne compte pas le lire. « Je ne comprends pas cette théorie. Pour moi on s’est mélangés de tous temps, on se remet en question« . Oui, pour toi. La théorie dit justement que le mélange naturel et historique, l’amitié des peuples, les carrefours de civilisation comme l’Europe c’est bien, mais un seul grand peuple planétaire déculturé, technicisé, sans passé et interchangeable c’est moins bien. Dans cette logique il n’y a pas » les chrétiens contre les musulmans » ou autre pensée simpliste, mais une gouvernance mondiale face à des résistances culturelles enracinées et transcendantes.

3- Suite : Haroun ne comprend pas la nuance. Il s’enfonce avec une drôle d’image : des singes autour d’un arbre. Les singes du bas sont évolués, mélangés. Dans cet état de nature à la Hobbes ou Marivaux, c’est désormais la grandeur morale mélangiste qui est dominante. Le singe resté dans les branche, parce qu’il ne se soumet pas au dictat du grand remplacisme multiculturel (préfère une pluralité de foyers nationaux et le droit des peuples à disposer d’eux mêmes) est évidemment réactionnaire, « Ericus Zemuris, un singe qui se nourrit de ses propres excréments » (03:27). Encore un axiome tautologique : « évidemment qu’on se mélange » (04:05). Sur les Bretons, peuple ô ancien, Haroun fustige « Ils savent pas qui ils sont,ils savent pas tu vois » (04:15). On le renverra une fois de plus à la science historique. Mais ensuite, il déclare qu’un juif polonais et un juif tunisien ce n’est pas tout à fait pareil finalement (05:00). Donc les peuples auraient des spécificités, professeur Haroun ? Merci de vous mordre la queue pour nous.

4- La théorie du complot : celle-là même qu’il justifie, il voudrait la critiquer à partir du syllogisme. Pour l’humoriste qui a revêtu un costume de défenseur de la raison, mais cousu à l’envers, ceux qui « pensent » sont en fait dans des erreurs logiques. Leur erreur n’est pas d’appréciation : est-ce que les populations changent, migrent, se développent etc., elle est une erreur logique et totale de leur esprit malsain. Ceux qui sont dans le vrai sont ceux qui ont cette vision de bien bas étage, comme celle qu’il professe d’un œil souvent sérieux révélant le tigre sous l’agneau.

5- Contre Eric Zemmour : il croit que Zemmour « s’injecte du seum en intraveineuse » (06:40), alors même que Zemmour injecte du seum entre « caïds patriarcaux des banlieues » et ces « petits blancs« , ces « gaulois » païens qui se feraient prendre leurs femmes. Une fois de plus, la lucidité de l’humoriste se manifeste avec faiblesse. Il en vient à servir la guerre du bas zemmourienne en incarnant drôlement l’islamiste lambda caïd (07:50) :

Haroun imagine les personnages décrits par E. Zemmour

Mais ensuite il l’incarne avec beaucoup moins de drôlerie. « J’ai trouvé une solution : niquez vos mères. Attends ! c’est pas pour être insultant, ils peuvent se reproduire avec leur propre mère ou sœur, pour faire des enfants bien teubés mais bien purs« . Et regardant le sol, avec un peu d’émotion dans la voix car il se rend compte qu’il attaque ce pays qui l’a élevé et se sent ridicule, la parousie : « cette culture chrétienne blanche, défoncée« . Se rend-il compte de ses mots ? Il soupire : « voilà« . Fin du sketch, mission accompli du militant utile. Il n’avait en fait qu’une seule cible bien amalgamée. Utile car un public à qui l’on vend sa propre culture comme « puant le cadavre« , pour lui faire intégrer l’idée de sa remplaçabilité est une belle offrande au djihadisme global, vu le contexte que l’on sait très tendu. Ses bonnes intentions feraient mieux de toucher à ces questions avec humilité et précaution.

BONUS: Axel Leclercq de positiv.fr de s’extasier :  » Décryptant les raisonnements xénophobes, l’humoriste passe en revue quelques actualités marquantes des semaines passées. Brillant. » (26 mars). « Décrypter » est le rôle de la philosophie et des sciences, à la rigueur du journalisme, mais pas de l’humour boboï-centré. Comme quoi pour ces influenceurs, l’opinion c’est avant tout la dérision de type perroquet. D’ailleurs, Haroun ne se prive pas de moquer la méthode journalistique, qui prétendument ne relaye que des informations fausses à partir de faux témoins, et des sciences sociales (il ne connaît aucun sociologue on dirait… 07:24 des études existent sur la « seconde zone », voir les travaux de Fabien Truong qui montrent bien le lien étrange entre fondamentalisme culturel et délinquance agitée)

Malik pour Journalpolitique.info

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Revue critique de la politique étrangère de la France

Même s’il oublie un certain nombre d’aspects (les relations avec la Chine de Xi Jinping en visite à Paris cette semaine, la stratégie carolingienne avec l’Allemagne, les relations positives avec l’Afrique, la relation avec Israël où se succèdent malentendus diplomatiques), l’auteur propose une critique de la position de la France d’Emmanuel Macron dans le monde. Pour journalpolitique.info

Navire « L’Hermione »

La politique étrangère d’un pays est étroitement tributaire de sa politique intérieure, plus précisément de l’état politique, économique et financier de ce pays. S’agissant de la France, cet état est déplorable. La France est perçue désormais dans le monde comme un pays agité, violent, mal gouverné, parfois ridicule. Donner des leçons au monde entier a toujours fait sourire. Maintenant, les donneurs de leçons, tour à tour, font rire et irritent. « La France, c’est le bordel ! » disent brutalement ceux qui en parlent à l’étranger et au plus haut niveau.

Il demeure que la France est membre permanent du conseil de sécurité, avec droit de veto, et possède la bombe atomique. Elle fut longtemps la deuxième puissance du monde derrière la Grande-Bretagne. Elle est encore la cinquième sur près de 200 nations.

On peut donc distinguer les grandes lignes d’une politique étrangère qui, tant bien que mal, continue à jouer un rôle dans le monde qui n’est pas de premier plan, mais dont on peut encore parler. La première de ces lignes, étrangement, c’est « l’empire ». Il faut conserver l’empire ou ce qu’il en reste. Cette nostalgie de la grandeur passée est un peu pitoyable, j’allais dire pathétique, mais c’est une constante. Vaincue en 1940, la France de De Gaulle voulait retrouver sa situation d’avant-guerre à tout prix. Alors ce fut la guerre d’Indochine, perdue, celle d’Algérie, perdue, deux nouvelles défaites dues à deux idéologies contraires, mais unies contre la France coloniale, celle de l’URSS et celle des États-Unis. Aujourd’hui, il reste de l’empire quelques territoires clairsemés à travers le monde. Et, dans bien d’autres, pour conserver une influence, la France mène des guerres coûteuses et sans fin, au Sahel africain notamment.

Mais il y a mieux encore : les départements et territoires d’outre-mer habités par des Français à part entière, champions des aides de toute nature, un phénomène curieux qui fait que la France est frontalière du Brésil sur plusieurs centaines de kilomètres et, prodige, loin de s’étioler, l’empire, en réalité, s’agrandit avec Mayotte, îlot de l’océan Indien devenu le 101e département français connu de toute l’Afrique noire car les futures mamans viennent de loin, même du Burundi, mettre au monde bébés, cartes Vitale et tout ce qui s’ensuit. Faites l’addition ! M’en étant ouvert à un responsable, forcément haut, celui-ci me répondit : « Les Mahorais ont demandé à être Français. On ne pouvait pas leur refuser. – Alors, ai-je dit, si les Papous de la Nouvelle-Guinée demandent à devenir Français, on dira oui. Et la Nouvelle-Guinée sera le 102e département français, un département papou. » Tout cela n’est pas sérieux.

Deuxième ligne de force de notre politique étrangère : l’Europe. Malheureusement, l’Union européenne est désunie. Nous avons maintenant deux Europe, si ce n’est trois : l’Europe de Bruxelles, codirigée par Macron et Merkel, l’Europe du bon sens, avec la Hongrie comme porte-drapeau, et d’une certaine façon, la Grande-Bretagne avec la pagaille complexe du Brexit.

Macron milite pour l’Europe du vieux monde avec l’espoir caché d’en être un jour le président. Ce fut également le rêve inachevé de Giscard d’Estaing … En attendant, l’Europe disloquée vient de nous offrir le spectacle d’une guerre entre la France et l’Italie, une guerre picrocholine. Les deux sœurs latines, sœurs également en incompétence, agitées, divisées, en désordre permanent, disent vouloir s’affronter.

En Italie, le Nord ne veut plus du Sud, jugé comme peuplé de maffieux et de bons à rien. S’agissant de la France, le monde entier observe avec consternation les prouesses des gilets jaunes et en Italie, on en rigole. Rome a surtout été agacée par les « brillantes » initiatives de Sarkozy en Libye, que les Italiens considéraient un peu comme leur chasse gardée. Et, en France, on a été irrité par les contacts de responsables politiques italiens avec les gilets jaunes en la personne notamment de Luigi Di Maio, vice Premier ministre. Ceci étant, de la part de responsables politiques italiens, cette recherche du dialogue avec les gilets jaunes était tout à fait déplacée. Bref, l’ambassadeur de France à Rome a été rappelé, ce qui, en diplomatie, est un acte grave qui, souvent, a précédé la guerre ouverte. Voilà donc Macron, sur son pur-sang, prêt à bondir sur le pont d’Arcole comme Bonaparte en 1796. Et puis, miracle, on se réconcilie. L’ambassadeur va s’en retourner à Rome et Macron a invité le président italien à venir faire un tour à Paris. Mais on a eu très peur …

En réalité, ce qui agace surtout Paris, c’est que, sous la menace d’une invasion migratoire partie de la Libye, l’Italie s’est rangée aux côtés des « populistes », comme le commandaient le bon sens et ses intérêts élémentaires.

Plus à l’est, au Moyen-Orient, c’est toujours une tuerie sans fin. L’islam a pris le dessus. Daesh est toujours là. Des centaines de milliers de victimes, des millions de déplacés, femmes et enfants, des cités anéanties. Si l’on excepte le Liban, pour des raisons surtout religieuses, et une longue tradition, la France n’a plus aucune influence dans cette région. Celle-ci n’est plus qu’un champ de bataille que se disputent les États-Unis, la Russie, la Turquie, très anti-occidentale, et l’Iran. Le temps est loin de la colonisation anglaise et française qui assurait à cette région la paix et le développement.

Je terminerai cette brève revue de politique étrangère plutôt affligeante par le cas de Carlos Ghosn. Brillant capitaine d’industrie, l’un des meilleurs de la planète, qui a fait ses preuves en redressant Nissan (les Japonais n’y parvenant pas), il a été jeté en prison, dans une cellule de 9 m2 éclairée jour et nuit.

Ce qui lui est reproché relève en réalité de la compétence de conseils d’administration et c’est là que les questions auraient dû lui être posées.

Il est clairement la victime d’une sorte de complot où il apparaît que les Japonais ne voulaient plus d’un Occidental à la tête de cette industrie. Ils lui ont appliqué la présomption de culpabilité et ils
peuvent le condamner pratiquement à la perpétuité. En ce domaine, que peut faire notre diplomatie ? Si Carlos Ghosn était américain, je crois que tout cela se serait passé autrement.

Un article de Lambert Christian,relayé pour journalpolitique.info

Grand débat des partis : BFM valide l’alliance FI-RN

Débat du 20 mars avec les 6 représentants des partis politiques, sur l’indétrônable BFM-Tv. Au consensus argumentaire entre Jean-Luc Mélenchon (La France Insoumise) et Marine le Pen (Rassemblement National), Ruth Elkrief y voit le spectre de l’alliance populiste, celle qu’en réalité beaucoup de militants espèrent depuis 2017 car elle saute aux yeux. JLM à Le Pen : « Jetez-lui donc son os, Madame Le Pen ! »

Relayé pour Journalpolitique.info

Europe : afficher les vraies couleurs de l’Union (tribune)

Europe : afficher les vraies couleurs de l’Union (tribune)

Pour les élections européennes qui approchent, Journalpolitique.info relaye cette tribune de deux europhiles italiens, Romano Prodi et Stefano Micossi. Ils militent pour brandir fièrement le drapeau de l’Union, qui bien qu’imparfaite demeure absolument nécessaire pour les peuples européens. A lire en anglais ci-dessous.

Romano Prodi est l’ancien président de la Commission européenne et deux fois premier ministre de la République italienne (centre-gauche).

Stefano Micossi est Directeur général d’Assonime, think-tank romain, ancien DG à la Commission européenne


Where in Europe are you most likely to see the European Union flag proudly flying above private homes and buildings? The answer is obvious, if strange: the United Kingdom, by citizens who dread the idea of Brexit. Is it really necessary to lose something that we love – and need – before we really begin to appreciate it?

We believe that, as a sign of our common European identity, EU citizens should, starting on 21 March, proudly display the Union banner. In the face of the challenge posed by nationalists and populists ahead of the European Parliament elections in May, standing up for Europe’s fundamental values has never been more important. Flying the EU flag from our homes and offices can send an undeniable signal that the Union will not be hollowed out by its enemies, within or without.

In an era of growing uncertainty, frustration, and obfuscation of our common destiny, too many Europeans seem oblivious to the long history of dislocation and war that preceded the creation of the EU, and the unprecedented period of peace and prosperity that we have achieved since the 1950s. For 70 years, Europe’s shared institutions have underpinned the common market, the euro, and the vigorous expansion of individual rights under the protection of the European Court of Justice.

Les douze étoiles représentent la solidarité entre ces peuples d’Europe

Moreover, the European welfare-state model is a beacon of civilisation and an example for the entire world. The incorporation of the Charter of Fundamental Rights in the Treaty of Lisbon crowned the construction of an integrated area of 500 million people based on democracy, the rule of law, and the highest affirmation of human dignity. When we travel with our common EU passport, we are recognized and respected worldwide as citizens of a key player in the world order.

These achievements are under threat not only from the Union’s internal opponents but also by the contempt shown for the EU – indeed, for all multilateral institutions – by US President Donald J. Trump’s administration. The institutions that have long underpinned peace, security, and the growth of world trade are, for Trump, enemies to be undermined, which is particularly dangerous given the confrontation between the United States and China. Today, the Sino-American feud is disrupting world trade; tomorrow, it may be world peace.


« The European welfare-state model is a beacon of civilisation »

Romano Prodi et Stefano Micossi

En effet, les politiques sociales européennes sont très performantes pour diminuer la pauvreté (le RSA la fait passer de 22% à 13% par ex) et garantir le développement humain.

There is little doubt that we in Europe will be unable to preserve what we have achieved over the past seven decades if each EU member state strikes out on its own. After all, even the largest EU member, Germany, is a minnow compared to the US and China. Alone, none of us can manage the enormous challenges posed by technology, protectionism, climate change, or international terrorism.

But instead of recognizing that Europe’s strength is its unity, nationalistic and xenophobic forces have gained support across the continent by promising to close our frontiers, dismantle free movement, and reassert our national control over all public policies. The dramatic increase in migration inflows, owing largely to the Syrian Civil War and the near-anarchy prevailing in Libya, have created fertile ground for xenophobes to spread their message of hate. Exploiting the insecurity felt by low-skilled workers and the unemployed, they blame immigrants for all of Europe’s woes. Yet, given Europe’s demography, increasing inflows of skilled migrants are needed to preserve our economies’ dynamism and the sustainability of our health and pension systems.

Yes, Europe’s institutions and policies need deep changes to reconnect with disenchanted citizens. We must show again a capacity to foster growth and investment, to meet the challenges of fast-changing technologies and climate change, and to revitalise our faltering social model. We must show that our common institutions are able and willing to listen to the demands of a frightened public and that we can act together to protect our frontiers and bring greater security to our unstable eastern and southern neighbourhoods.

But there is also an urgent need to mobilize European public opinion around a symbol of our unity and our future projects: and that symbol is the European flag. For this reason, in January one of us launched the idea that starting on 21 March, we display the flag on houses, factories, and offices.

Ancien drapeau du grand projet d’Union paneuropéenne des années 1920

21 March is the first day of spring, and we would like to believe that the coming European elections will herald a new spring for the European project (une Renaissance telle que proposée par Macron en gros ndlr). The date is also the anniversary of the death of Benedict, patron saint of Europe. In one of the darkest hours of the demise of the Roman Empire, Benedict issued a stirring call for tolerance and piety to rebuild a sense of community in the face of nihilism and barbarism.

Let us show our flag to the world, as the symbol of our unity and our dreams, and as a sign of a new beginning in our efforts to preserve and deepen European unity. Or will we recognize what we have only when it is too late?


Une tribune publiée dans New Europe, relayée pour journalpolitique.info

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