Le philosophe anglais Roger Scruton critique la « vision du ressentiment » irriguant la gauche occidentale

Le philosophe anglais Roger Scruton critique la « vision du ressentiment » irriguant la gauche occidentale

Journalpolitique.info veut mettre en évidence la superposition des clivages et leurs différentes interprétations. Le renforcement des oppositions sur certaines questions d’actualité pousse toujours à privilégier le pluralisme pour les mettre face-à-face sur le fond. Nous relayons donc le compte-rendu d’entretien avec le philosophe. Il s’en prend à une représentation obsédante de la société, déconnectée de la réalité et conjuguée à un rêve utopique de salut.

Roger Scruton, auteur du classique « De l’urgence d’être conservateur »(1)

Extraits de l’entretien :

« Vous intitulez l’Erreur et l’Orgueil un ouvrage français tiré de l’un de vos essais, Thinker of the New Left, qui étudie les penseurs de la nouvelle gauche. Pourquoi leur accoler ces deux termes ? Comment décrire ce courant de pensée ?
L’intention du livre est d’exposer la vanité et l’aveuglement qui ont amené les penseurs de gauche à ignorer toute critique réelle. Je rassemble ceux qui, à mon avis, ont été les plus influents et je critique les erreurs de leurs théories et l’extraordinaire orgueil qui a entraîné tant de penseurs de gauche à conserver leur position malgré les faits et les arguments qui démontrent qu’elle était mal intentionnée et irrationnelle. »

« Alors que beaucoup considèrent que la fracture s’établit désormais entre conservateurs et progressistes, le clivage droite-gauche est-il encore pertinent ?
Droite contre gauche : conservateur versus progressiste ; réactionnaire ou révolutionnaire, ce ne sont que des mots. Ce qui compte, c’est ce qu’ils représentent. Pour moi, la position de gauche à notre époque a signifié le plaidoyer en faveur de la « libération » des « structures » de la société « bourgeoise ». Je pense que cette position perdure dans toutes les nouvelles modes de notre temps – la libération des femmes des coutumes et des incapacités imposées par les hommes, la libération des homosexuels des normes du mariage bourgeois, celle de tous les nouveaux groupes de victimes de ce qui est supposé être la culture oppressive qui les entoure. Ce que j’entends par « gauche », c’est cette vision qui repose sur la répudiation de tout ce qui définit les réalisations et le patrimoine culturel européens. Et c’est ainsi que, dans mon pays, la plupart des gens qui se livrent à la chasse aux sorcières par le biais des médias sociaux se décrivent eux-mêmes. »

« Parmi les divers courants de pensée, la gauche américaine se distingue de ses consœurs outre-Atlantique. En quoi ?
Les Américains ont toujours formulé leurs conflits politiques en utilisant le lexique de la Constitution des États-Unis, en termes de « droits », et se méfiaient du socialisme jusqu’à récemment. Peut-être est-ce en train de changer, sous l’impact de la « politique de l’identité ». L’accent est maintenant mis sur l’illégitimité de tout ce qui est constitutif du legs politique américain. La nouvelle gauche américaine, nourrie dans des universités attentives à des sujets politisés comme les « gender studies » (études de genre), est concentrée sur les libertés et les droits reconnus par la Constitution, les considérant comme des privilèges conférés aux hommes blancs aux dépens de tous les autres. À mon avis, c’est absurde, mais très séduisant pour les jeunes gens qui se demandent s’ils ont droit aux incroyables privilèges inhérents à leur naissance dans la société la plus riche, la plus libre, la plus abondante et la plus protégée qu’on ait jamais connue. »

NDLR : Scruton montre bien ici que la politique de l’identité se fonde sur l’illimitation des droits prescrits, inaltérables, et sur la Constitution qui les garantit. La revendication par les droits est donc illimitée.

« Quel est le rapport de la gauche intellectuelle occidentale avec la réalité ?
Le point de vue de gauche ne tient aucun compte des vrais êtres humains ni de leurs motivations. Il y a une coloration fantaisiste dans tous les écrits de gauche, qui ne concernent pas le monde réel des êtres humains imparfaits et faillibles, mais l’intellectuel de gauche dans sa lutte héroïque. Le but de cette lutte est d’abolir les êtres humains et de les remplacer par quelque chose de meilleur. Ce nouveau type humain reconnaîtra alors l’intellectuel de gauche comme prophète et sauveur. »

Dernière génération prophétique ? Une des Inrockuptibles (02/2019)

« « La société capitaliste est fondée sur le pouvoir et la domination » semble être le mantra des intellectuels de la nouvelle gauche. Comment l’expliquez-vous ?Dans les écrits de Sartre, Foucault, Althusser et des penseurs allemands de l’école de Francfort se retrouve une vision obsédante de la société dans laquelle toutes les relations humaines sont réduites à des formes de « domination ». C’est une vision paranoïaque, qui se pose naturellement chez les intellectuels car elle explique pourquoi ils n’ont pas le pouvoir qu’ils méritent, tout en cachant le fait qu’ils ne le méritent en aucun cas. Le monde qui l’entoure est critiqué en tant que produit du capitalisme, conçu comme une forme d’asservissement moral. Le capitalisme de l’époque de Marx pouvait vraisemblablement être décrit comme une forme d’oppression de classe. Maintenant que la chose appelée « capitalisme » a tellement changé qu’elle n’est plus reconnaissable, devenant le moteur d’une mobilité et d’une abondance sans précédent, il est difficile de critiquer cette chose en usant des anciens termes marxistes. »

« Mais nous pouvons l’attaquer pour son mystère, pour l’esclavage intérieur dans lequel elle nous emprisonne. Et les écrivains français ont très bien décrit cet esclavage intérieur, par exemple Jean Baudrillard, Pierre Bourdieu et Gilles Lipovetsky, bien que ce que nous puissions faire pour changer les choses soit un sujet qu’ils ont tendance à éviter. »

Le Président de la République mène la Grand Débat avec les 79 intellectuels, via France Culture

« « Une foi aveugle entraîne les gauchistes radicaux » : ces courants de pensée seraient-ils la nouvelle religion de notre époque?
Il y a sûrement un trou en forme de dieu au cœur de la pensée de gauche et j’essaie d’expliquer pourquoi. La religion de gauche, surtout dans ses formes socialistes, offre un rêve de salut – une nouvelle forme d’unité, dans une condition d’égalité, que nous pouvons obtenir ici-bas et pour laquelle nous n’avons pas à attendre jusqu’à la mort. En fait, vous constaterez que la mort a très peu de rôle à jouer dans la vision du monde de gauche ; elle est toujours cachée derrière les invocations d’un avenir glorieux.

Le salut sera une marche des gens derrière la bannière brandie par les intellectuels, vers un nouvel ordre des choses dans lequel il n’y aura ni conflits ni souffrances. Cependant, le chemin menant à cet objectif est un conflit radical parsemé de souffrances incommensurables, et aucun intellectuel de gauche de notre époque n’a jamais admis cela honnêtement.

« « Nous sommes entrés dans une période de suicide culturel. » C’est un constat bien lugubre… Reste-t-il de l’espoir à vos yeux ?
Ceux qui ont reçu notre héritage culturel l’ont piétiné. Mais une nouvelle foi et un nouvel amour peuvent toujours naître parmi les humbles qui se penchent pour ramasser les morceaux. Un chef amérindien a dit un jour à l’anthropologue Ruth Benedict : « Les peuples boivent l’eau de leur vie chacun dans une tasse différente. Notre tasse est cassée. » Je ne pense pas que notre situation soit si mauvaise. Certes, il existe une culture de répudiation qui domine le monde intellectuel et les débats (s’ils peuvent être qualifiés de débats) sur les médias sociaux. Et il est vrai qu’un grand fossé s’est creusé entre les peuples d’Europe et d’Amérique et la classe politique qui prétend les représenter. Un grand effort doit être fait pour reprendre possession de notre culture et pour reconnaître, face à tous les défis, que nous avons hérité d’un grand cadeau qui fait ou devrait faire envie au monde. Si vous ne le pensez pas, c’est que vous n’avez pas bien regardé le reste du monde.

L’une des caractéristiques les plus frappantes des écrivains de gauche que j’évoque est que, même lorsqu’ils bénéficiaient des plus grands éloges et jouissaient des plus hautes positions sociales dans leurs pays respectifs, ils n’exprimèrent en aucune circonstance une quelconque gratitude pour cela, ni pour rien d’autre. Leur vision du monde est celle du ressentiment, pour reprendre le terme de Nietzsche, et ils voient chaque don comme un piège, une autre forme secrète de domination. Dans une telle vision du monde, la gratitude est exclue : tout ce qu’il y a et tout ce qu’il y aura, c’est le « combat » pour une utopie qui, dans la nature des choses, ne peut jamais advenir. »

Article d’Anne-Laure Debaecker paru sur Valeurs Actuelles relayé sur journalpolitique.info


L’Erreur et l’Orgueil, de Roger Scruton, L’Artilleur, 504 pages, 23 €.

(1) « How to be a Conservative » (L’urgence d’être conservateur), Éditions du Toucan – L’artilleur, collection Essais, 2016.


Les gilets jaunes, Notre-Dame et la renaissance de l’Europe

Les gilets jaunes, Notre-Dame et la renaissance de l’Europe

Après deux mois de publications, il est temps de synthétiser les grandes lignes qui se dégagent de tout ce qu’on a observé et analysé. En ce printemps 2019, la France renaît. Une analyse en quatre actes pour journalpolitique.info

Samedi veillant sur Paris depuis le Sacré-Coeur de Montmartre. .

1. Gilets jaunes : « la France de retour » et la fin de la chape de plomb

Si on a dit que les gilets jaunes étaient héroïques (voir articles), c’est parce que l’immense remue-ménage réformiste et révolutionnaire a été enclenché grâce à eux. Ceux qui sont pacifiquement allés se montrer 23 semaines de suite, tout l’hiver jusqu’au printemps, malgré tous les chapeaux que les infiltrés divers leur ont fait porter.

Les médias mainstream, les intellectuels de plateaux, les politiques : leur pouvoir est devenu intolérable. La société étant atomisée en unités productives autonomes, un tel pouvoir sur la superstructure est vécu comme injuste, sur fond d’égalitarisme. Une constante du discours et le doublement de l’injustice, car la classe dirigeante prône justement l’égalité. Le multiculturalisme comme objectif politique est un échec, dans la mesure où la liberté et la tolérance ne sont partagées qu’au sein de la société cosmopolite, qui laisse à ses périphéries se communautariser par besoin de solidarité, et se rétrécit sous effet de masse.

Il y a donc un régime idéal très élaboré et qui est génial là où il s’applique (en centre-ville) mais qui paraît grandiloquent et fou là où ne s’applique pas. Les gilets jaunes signent la rébellion contre un agenda libéral utopique qui ne s’applique que dans ces zones aéroportisées des métropoles, humains urbains entourés de classes productives, quant à elles peu à peu enfoncées dans le salariat et le précariat atomisés, perdues quant à leur communauté de destin à qui se référer. D’où le regain nationaliste à gauche comme à droite. Comme le rappellent les intellectuels, on s’interrogeait beaucoup moins sur l’identité nationale, qui allait de soi dans une tranquillité latine tout à fait brillante et productive. C’est la remise en question frontale et vindicative qui a relancé le patriotisme du XXIe siècle.

Désormais le peuple se sentant menacé dans ce qu’il est. Emmanuel Macron ne s’y trompe pas en parlant de refondation nationale et européenne. On en est bien là grâce à l’alignement des étoiles et le long chemin de croix des gilets jaunes pacifiques.

Nous remercions le gilet jaune pour avoir réveillé la conscience historique populaire, et ce malgré les manipulations dantesques qui leur ont été opposées (et malgré la médiocrité d’une partie du mouvement elle-même). La preuve étant qu’une majorité du peuple, c’est-à-dire une majorité de Français, a soutenu le mouvement depuis le mois de novembre. En Italie, on me disait cet hiver en commentant les scènes de l’insurrection sur la Rai : « La Francia è di ritorno », la France est de retour.

La mobilisation du cyberespace par les gilets jaunes a mis fin à la chape de plomb : ils ont gagné

Le retour de l’esprit païen, héroïque, solidaire, populaire. Le populisme devient une fierté (dont une bonne moitié des dirigeants ne s’est d’ailleurs jamais cachée), les sites conspirationnistes se multiplient sur fond de dialogue inter-religieux houleux mais positif, le militantisme révolutionnaire est plus vif que jamais dans toutes les factions et associations de France. Bref, la chape de plomb a sauté, c’est un moment crucial de la démocratie de ce siècle. Le grand débat a légitimé toute discussion de ce thème, nous avons ouvert le portail pour diffuser des connaissances.

Retour du conflit vertical et de la fronde populaire.

2. Échec du multiculturalisme hors-sol : retour aux symboles

Ce terrain de jeu pour élites globales, les quartiers multiculturels branchés et les grandes institutions, concerne surtout les métropoles (Paris, Lyon, Marseille, Nantes, Strasbourg). On reproche à l’arrière pays, en quelque sorte, de ne pas entre de plein pied dans la béatitude libertaire, orientaliste et cosmopolite. Il n’est donc pas étonnant que le discours multiculturaliste montre ses contradictions, lorsqu’un panel de citoyens français se réjouit en chœur quand Notre-Dame brûle. C’est bien la preuve qu’on ne rend pas chacun interchangeable dans ses valeurs, symboles et réactions, mais que chacun veut rester attaché à ce qu’il est. Mettons donc fin à l’orthodoxie du métissage anti-peuples et à la mauvaise utilisation de la nationalité.

Le rejet de la société cosmopolite et libérale par ces mêmes populations montre que sa juridiction vacille, et que tout le système national est à repenser. Le discours multiculturaliste est contrarié parce qu’on se rend compte que le régime universel, est en fait un particularisme européen. Eh oui, le drapeau de l’Union Européenne symbolise bien les douze étoiles de Marie. Il faut revoir les fondements. Et ce particularisme fondamental, il est localisé, là, sous vos yeux.

Il est en train d’être purgé par un feu venu d’on ne sait où.

Quand des citoyens français se réjouissent du brasier sur l’un des plus hauts-lieux de la chrétienté catholique, protestante, mais aussi orthodoxe et des églises d’Orient, d’Asie et d’Afrique, en plus d’être un symbole de Paris, du peuples français voire l’humanité en général, quand ceux qu’on attendrait comme représentants actuels de l’humanisme européen réel évoquent les préoccupations mondiales pour la grande église comme « un délire de petits blancs« , je crois qu’il est temps de mettre les choses au clair.

3. Réalisme : une stratégie au concret

Cela signifie que chacun se demande comment trouver la paix civile partant d’un niveau de haine ahurissant de part et d’autre, sans utiliser les faux-arguments mis à disposition. Il faut plutôt parler de politique et de géopolitique au concret (relire par exemple la stratégie carolingienne et le grand échiquier) et comprendre ce que ça implique pour la société française. Après la refonte du projet national, il sera envisageable de recentrer la place de la France dans l’Union Européenne qui doit être maintenue et réorientée.

Nos amis orthodoxes venaient de plus en plus nombreux et nombreuses à Notre-Dame de Paris, prier la couronne d’épines rapportée par Saint-Louis à Paris en 1249.

Images KTO France

Pardonnons à ceux qui se félicitaient du feu et oublions cette fable selon laquelle nous sommes l’Autre. Qui sommes-nous au fond ? L’histoire de l’Europe, et bien sûr celle de la France, est si longue et mérite d’être défendue. Se fondre dans la nouvelle orthodoxie diversitaire n’implique pas l’oblitération de soi mais le souvenir de soi et des vies antérieures, et d’être en paix avec cela. Le devise nationale du Québec est : Je me souviens. Souvenons-nous avant de penser à ce « nouveau monde » golémique.

Encore une fois, les populations hors société cosmopolite ont bien compris, se souviennent et perpétuent à juste titre leurs traditions menacées d’interchangeabilité. L’erreur est de penser que l’Europe est une terre friche qu’on doit livrer. Cette idée de changer la France, terre sainte et douce, en une banlieue du village global interchangeable, devient ignominieuse quand c’est volontairement professé par ceux qui souhaitent abolir toute tradition, défendant l’autre, qui compte au contraire ne pas se diluer dans l’Occident perçu comme décadent. C’est le réflexe de fin d’Empire, du déclin (voir les controverses à partir de la brillante analyse Le déclin de l’Occident de Spengler).

D’autres militants, confondant tous les déclins (civilisationnel, climatique, apocalyptique, messianique), les jugeant inévitables, pensent que toute action est vouée à l’échec et s’en tiennent à leur autogestion atomisée. Penser que tout est fini et ne plus vouloir participer aux affaires du pays, se voir comme identité modifiable à tout moment et démissionnaire du champ politique : « Circulez, il n’y a rien à voir, et d’ailleurs occupez-vous plutôt de votre compost et de vos impôts.« 

« Quel golem vais-je vous envoyer aujourd’hui… tiens, je vais essayer le populisme. »

On en vient au cœur du sujet : Macron souhaite prendre la tête du village global progressiste et rendre à la France sa fonction prophétique moteur quitte à doubler les populistes.

4. Renaissance de l’Europe : le all-in impérial d’Emmanuel Macron

Discours du 11 novembre 2018.

La remise de la France au premier plan pour porter le libéralisme messianique en Europe, 200 ans après Napoléon qui en avait été un grand champion, est une question récurrente dans la campagne de Macron et dans les deux premières années de sa présidence. « Champion de la terre« , chef du multiculturalisme et du multilatéralisme, chef de l’OCDE : Macron développe ce thème dans le discours historique du 11 novembre 2018, qui en est un élément central. Cependant vite désavoué par le mouvement social :

Figure de Marianne au sous-sol de l’Arc de Triomphe

Après avoir pris la mesure du problème immense de cohésion sociale avec Gérard Collomb et la crise de la Méditerranée à gérer avec les Italiens excédés, le rapport sur la Seine St-Denis, le PR a voulu mettre en place la reconquête républicaine, l’éducation massive, le Service national universel ou encore la tentative d’organiser l’islam de France. Ses marges de manœuvres existent aussi en Europe avec Frontex et Schengen, mais il y a énormément à faire.

Étant donné que le sort de l’Europe réalignée sur le front sino-américain se joue avec le Brexit et ce qui suivra, un grand coup de feu juste avant son discours-réponse fuité progressivement dans la presse permet une légitimation politique très forte symboliquement. Cet une image que le monde a vue, qui restera évidemment dans les archives planétaires jusqu’à l’oblivion.

D’où la tentative de Macron de faire de cet épisode le début d’une grande refondation et sauver sa présidence et ses chances de conquête du pouvoir européen. L’incendie s’ordonne à cette logique, à celles des américains qui y voient un 11 septembre ou des Turcs ou Iraniens qui disent que l’on sème ce que l’on récolte.

Je peux apprécier l’idéologie de la société cosmopolitique, Kant, les lumières ou d’autres libéraux. La raison-monde est fascinante.

Cependant je ne l’érigerai pas en norme au vu du contexte géopolitique mondial actuel et surtout au vu des tensions en France. Ce n’est pas le moment d’enfoncer le clou. On voit bien que la France préfère Marie à Marianne comme le suggère le lyonnais Bernard Pivot.

Comme après 1815, et après 1870, le protectionnisme revient. Comme dans les années 1930. Après la digestion générationnelle de la révolution culturelle de 1968, un cycle conservateur s’ouvrira dans un contexte de France archipel mondialisé. Sans réalisme, ce serait un prophétisme aveugle pour tout libéral sérieux (par exemple nos gouvernants très conscients) Il faut sortir du passé unique qui commence en 1945 ou en 1789.

Jeanne d’Arc, détail

C’est le feu sur la vieille Europe et la chrétienté, personne ne s’y trompe et y trouve ses propres implications. Ça n’implique pas de crier, de prendre les armes, de détester, de tout casser. Non. Simplement le meilleur prétexte pour ouvrir une analyse sur ce que nous allons faire : réhabiliter l’âme de la France, son rôle unique et déminer cette montée aux enchères identitaire organisée. En nous inspirant des anciens et en pensant à ceux qui nous succéderont. Aujourd’hui il faut revenir aux sources.

Révolte de 1848 à Paris

Revenons à Emmanuel Macron. Il est dans une toute autre logique, qui peut paraître plus simple : remplaçons symboliquement la vieille chrétienté gothique, qu’on veut effacer. Ces travaux de reconstruction règlent le problème qui se pose en France, cette saleté chauvine et raciste qui ne veut pas bouger d’un iota. On devrait être comme Trudeau, un vaste territoire à peupler massivement et donc multiculturel par vocation. Inscrivons-nous dans ce gigantesque kaléidoscope humain réparti sur un immense espace à remplir.

Organisons un peu les flux et les stocks de tout ce beau monde.

Or la France est historique, et elle n’est pas vaste, ni à peupler ni à vendre. On ne doit pas l’axer à tout prix sur l’économie monde productive et la dépecer.

Elle doit impérativement renforcer la cohésion du peuple actuel avant d’en ajouter, faute de quoi elle ne peut avancer qu’en se trahissant de plus en plus. Le peuple historique se sent vraiment dérouté par tant d’épreuves.

L’avez-vous vraiment compris, roi républicain ? (ici les gardes sont un poil plus endormis)

Peu importe se dit Macron, les Lumières triompheront et elles doivent s’incarner à Paris. Donc faisons-lui comprendre à tout ce peuple que son temps est terminé, que mon calcul lui est mondial. Qu’on ouvre une bonne fois pour toutes l’ère universelle. Allons vers un produit du mondialisme et du rayonnement, laissez-moi employer mes réseaux : un concours international. Les compagnons du devoir n’ont qu’à bien se tenir. Pour tous ceux qui se sentaient encore ce boulet de l’histoire au pied : ne vous inquiétez pas, hommes nouveaux, c’est désormais brûlé !

« Nous avons une stratégie pour l’Europe. » Macron n’est pas seul

Le résultat pourra remettre la France dans une position messianique au niveau mondial, régénérer le cœur d’Europe espère Macron. En un sens, son programme de Renaissance européenne, Nathalie Loiseau, le cap qui attend cette Union Européenne : tout cela méritait bien un grand feu symbolique. L’alignement des étoiles évoqué dans nos colonnes s’affirme, que le feu soit accidentel ou pas.

Pour notre part, considérons que les responsables politiques ont bien cette logique de puissance en tête lorsqu’ils calculent à propos de la Turquie, de la Chine, de l’Arabie Saoudite ou d’Israël. Ils savent bien que la France est en tête de conflit, que son sol est en voie de mondialisation avancée, que les négociations et les alliances sont versatiles et troubles.

N’oublions pas qu’ils veillent au grain et front preuve de réalisme non-utopique (ici à Helsinki en Finlande)

Or, nous citoyens informés considérons que la terre de France ne doit pas devenir le champ de bataille de conflits globaux de plus en plus risqués. Le poursuite du séparatisme braque chacun sur son identité et lobotomise de leur passé les autres pour les maintenir en docilité. La situation actuelle nécessite une clarification informationnelle, c’est-à-dire un élargissement du débat et de ce qui est discuté. Crever l’abcès est préférable au maintien de la chape de plomb qui nuit à tous les partis, c’est le mérite que nous trouvons à Macron avec le grand débat (lire ici).

Que voyez-vous dans le télescope ?

Maintenant que la France s’est réveillée, que les longs processus initiés en 1945 et en 1968 ont connu leur digestion générationnelle, il est temps de penser et d’agir au même niveau que nos gouvernants (voir ce qu’en dit Chateaubriand). Sous le mouvement générationnel, un nouveau régime va s’imposer progressivement. Son orientation sera indéfectiblement liée à l’histoire :

Saint-Louis rapporte la relique au peuple de Notre-Dame (domaine public)

Rester dans l’analyse mainstream de marché n’a pas d’intérêt pour nous, d’où le vocabulaire et les oppositions que nous développons sur journalpolitique.info. Il faut regarder le temps long de la politique et le temps court de la révolution à faire à partir de la brèche des gilets jaunes.

A votre service,

Sur journalpolitique.info

Gilets jaunes : vous êtes héroïques (2)

Gilets jaunes : vous êtes héroïques (2)

Au plus fort du mouvement, à Lyon

Je m’adresse bien sûr au peuple et non aux ultras infiltrés. Vous avez forcé le pouvoir dans ses retranchements. Le feu à Notre-Dame est le premier acte de guerre. Restez forts, diffusez au maximum l’âme de la vraie France. Réveillez les derniers somnolents. Reprenons le contrôle.

Vous avez réussi à faire voler en éclat la chape de plomb, le politiquement correct. Vous avez permis aux idées de se diffuser et d’être débattues. Vous avez montré au monde que la France ne plie jamais, qu’elle vit encore. Vous avez réalisé le rêve populiste, le quatrième après Trump et le Brexit et l’Italie. Vous montrez le chemin à l’Europe.

Maintenant, pour ne pas tomber dans le piège, il faut viser juste : la première étape est de se réapproprier les fondamentaux de la France, d’en finir avec le mythe égalitariste post-politique, de sortir du passé unique démarrant en 1945 ou 1958, de réhabiliter massivement les grandes figures et accomplissements de notre civilisation portée à bout de bras pendant deux mille ans. L’ethno-masochisme structurel doit prendre fin. Même si on vous l’impose de force.

Notre-Dame doit en être la résurrection, la prise de conscience que tout cela est menacé. La vente sans concession de notre haut-lieu à une mémoire mondiale n’a pas de sens, on ne brade pas son passé, on s’y soumet comme on se soumet à l’évidence et comme les constructeurs se sont soumis à la patience pour une œuvre éternelle.

Comprenez que la République est une parenthèse, aussi bien en Grèce antique qu’à Rome ou qu’en France. Elle n’est pas un état de nature insurmontable, il est faux que hors de son horizon d’émancipation infinie rien n’existe, même si on a remodelé tout le passé pour que ça y corresponde. Comprenez que la démocratie partisane pluraliste mène au nivellement par le bas à la ploutocratie internationale. Sortez du militantisme gauche-droite automatique, sortez de la fable de l’extrême-droite et de l’extrême-gauche diaboliques, sortez des injonctions à s’oblitérer pour laisser la place au no man’s land disneylandique. Rétablissons la France éternelle. Le peuple y adhère. La clarification est indispensable.

JAMAIS JE NE LAISSERAI TOMBER NOS LABOUREURS POUR LES BANQUIERS

La définition juridique abstraite de la nation ne vaut plus rien pour les temps qui courent, elle ne peut que maintenir le statu quo. La maximisation des échanges est inutile en contexte de déclin de l’écosystème. Gilets jaunes, prenez le canal historique, clamez haut et fort le nom de la France éternelle.

Si Dieu le veut, nous mettrons fin à ce régime ploutocratique. Nous sommes déjà depuis 2015 entrés dans une phase qui connaîtra peut-être beaucoup de troubles, mais l’inversion de la tendance mènera au salut. Il y a toujours eu protectionnisme et refonte nationale après les grandes périodes de libéralisation à marche forcée. Nos alliés italiens et russes attendent la France. Les américains et le peuple britannique aussi. Ils désespèrent d’y voir un Trudeau II. Pour cela nous avons besoin d’anticiper.

Ne vous laissez plus endormir par l’idée que l’histoire est terminée, qu’on ne peut que subir. Ne perdons pas le contrôle de notre propre pays au profit de plans d’investissement mondiaux. La révolution actuelle nous fait revenir à l’histoire très longue, dans laquelle la dernière séquence de globalisation forcenée paraît folle. Les mots d’ordre de ce système ne servent pas à grand chose pour ce qui se joue. La poudre d’escampette se dissipe et on ne voit que la cupidité.

Crédits photo : Le Monde

Réveillez prioritairement les ethnomasochistes qui ne défendent plus leurs ancêtres et leur message, la gauche béate qui ne veut rien voir. Secouez ceux qui ont oublié sur quoi est fondé leur pouvoir et méprisent le faible et préfèrent s’observer vivre à travers instagram. Rappelez-leur à tous le contexte géopolitique, et les missions qui seraient attendues d’un parfait complice : consommer pour se sentir exister, prêcher le vivre-ensemble et le libre-échange avant tout, dire que le peuple n’existe pas, ignorer les racines du pays au profit de la rentabilité, faire diversion sur des luttes institutionnelles quelconques à travers le vote, appeler à battre les différents punching-ball que sont Le Pen, le complotisme, le racisme etc.

Faites attention au moment où vous vous auto-censurez, et comprenez pourquoi vous faites violence à votre recherche de vérité et ce qu’on vous décrit comme inadmissible. Comprenez que 1% possède la majeur partie des richesses et qu’on accepte cela tous les jours. Or cette clique se fout de votre humilité toute généreuse. Elle veut simplement que la France produise et soit rentable.

Les sublimes vitraux gothiques sont la vraie œuvre

En visant la gauche béate et la droite qui ne réfléchit plus au grand schéma, diffusez-leur au maximum la littérature qui ouvre l’esprit s’ils sont débutants (Aldous Huxleys, George Orwell, Karl Marx, Oswald Spengler).

Montrez-leur leur erreur grossière s’ils sont encore dans l’idéologie du futur festif, béat et mondialisé (François-René de Chateaubriand, Roger Scruton, Georges Bernanos, Philippe Muray, Jean-Claude Michéa, Christopher Lasch). Pensez à votre âme et à tous ceux qui vous ont précédé sur ce sol avant de penser à Tinder et aux séries américaines. Gilets Jaunes, vous avez été héroïques.

Reproductible en citant l’auteur : Malik pour journalpolitique.info

« Identités meurtrières », plus jamais elle ne sera une terre étrangère : la lucidité d’Amin Maalouf

« Identités meurtrières », plus jamais elle ne sera une terre étrangère : la lucidité d’Amin Maalouf

L’écrivain franco-libanais, Amin Maalouf, connaît bien l’harmonie qui peut exister entre les cultures, les traditions et les croyances : le Liban avait jusqu’alors été emblématique de cette réussite du dialogue. Pour Maalouf, la France connaît une situation de plus en plus tendue. Dans son essai remarqué, Les identités meurtrières, qui reprend des thèmes de l’individu pluriel du sociologue lyonnais Bernard Lahire (1), il propose des pistes cosmopolitiques et humanistes, invitant le lecteur à faire la paix avec sa propre identité.

Sous-ligné par un lecteur

Amin Maalouf invite chacun à ne pas renier sa part française et à prendre soin du pays où l’on vit, évoquant cette « terre de France » dont sa vie a de fait hérité. Se faire dépositaire de la francité apportera la paix civile sur le registre identitaire. Et bien entendu, cela ne revient pas à se tronquer : « l’identité ne se compartimente pas« . Cela revient à s’opposer à la guerre du bas et à reconstruire en cohérence avec le passé et l’avenir, cela revient à voir en soi un microcosme dosé de l’histoire du peuple de France.

L’essayiste a eu du mal à convaincre les français de l’imminence du naufrage lors de son passage sur le service public national pour « Naufrage des civilisations » en avril 2019 (notre analyse). Les thèmes progressistes de Maalouf sont parfois instrumentalisés sur un registre hostile au conservatisme et à l’identité européenne, alors même que l’objet est d’avertir les Français : ne vous reniez pas, prenez soin de votre civilisation car le monde tremble et l’heure est à l’acceptation de soi et à regarder droit devant. C’est le conservatisme politique radical iranien, américain et daeshien qui inquiète bien davantage Maalouf qui mesure les résultats au Liban pris entre les feux. La civilisation, la politesse, la douceur, la raison, l’humilité, voici ce qui doit réunir, et l’Europe doit sortir de ses meurtrissures identitaires par la refondation.

Pour journalpolitique.info

(1) Bernard Lahire (ENS de Lyon) : L’Homme pluriel. Les ressorts de l’action, Paris, Nathan, 1998 (traduit en Espagne, au Brésil, au Portugal, en Roumanie, au Royaume-Uni et au Japon). Voir aussi : Monde pluriel : penser l’unité des sciences sociales, Paris, Seuil, coll. « Couleur des idées », 2012.


Brexit : Macron conteste Berlin et s’affirme indépendant de l’Allemagne

Brexit : Macron conteste Berlin et s’affirme indépendant de l’Allemagne

« Emmanuel Macron semble avoir fait son deuil de la relation franco-allemande après y avoir longtemps cru«  Via Libération du 15/04/2019 : Le couple franco-allemand au bord du divorce. Voir nos analyses précédentes de la stratégie de la Sorbonne sur journalpolitique.info

La fiction du «couple» franco-allemand a volé en éclats lors du sommet spécial Brexit, mercredi et jeudi. S’il y a souvent eu de profonds désaccords entre les deux rives du Rhin, c’est la première fois qu’Angela Merkel l’a affiché publiquement et sans précautions diplomatiques excessives. La chancelière a jugé «incompréhensible» le «raisonnement» d’Emmanuel Macron défavorable à une extension trop longue du délai avant un Brexit définitif, alors qu’elle était prête à donner un an de plus à Theresa May pour lui donner le temps d’essayer de faire adopter l’accord de divorce conclu avec l’Union. 

Le «raisonnement» du chef de l’Etat français est pourtant simple : l’Union, confrontée à d’autres défis, ne peut se permettre d’être prise en otage par une classe politique britannique incapable de mettre en œuvre la décision d’un référendum qu’il a lui-même provoqué… Finalement, un compromis a été trouvé – prolongation jusqu’au 31 octobre –, mais le gouvernement allemand n’a pas caché sa colère face à la résistance d’un partenaire d’habitude plus docile. Norbert Röttgen, le président (CDU) de la commission des affaires étrangères, n’a pas hésité à accuser Macron, dans un tweet vengeur, de «donner la priorité à ses intérêts de politique intérieure sur l’unité européenne». Car il est bien connu que Berlin n’a jamais aucune arrière-pensée de politique intérieure, comme l’a si bien démontré la crise grecque gérée de façon brutale pour ne pas effrayer les électeurs allemands…

L’intérêt allemand n’est pas l’intérêt européen

Curieusement, les médias français ont souligné l’isolement de Paris – qui était pourtant soutenu par la Belgique, le Luxembourg, l’Espagne, Malte, mais aussi, en second rang, par l’Autriche et le Danemark –, l’accusant presque de ne pas avoir joué collectif en refusant de s’aligner sur Berlin. «Il est incroyable que l’on nous présente comme des empêcheurs de tourner en rond alors qu’on a été les empêcheurs de sombrer en rond face à la mollesse collective», se récrie-t-on à l’Elysée. Une position que Macron s’apprête à assumer ce lundi en votant contre l’ouverture de négociations commerciales avec les Etats-Unis, là aussi initiée sous la pression de l’Allemagne, qui craint que Donald Trump ne taxe ses importations automobiles. Relancer un succédané du défunt traité de libre-échange transatlantique (TTIP) n’est en effet sans doute pas la meilleure idée qui soit à deux mois des élections européennes, alors que partout la pression de partis démagogues et isolationnistes grandit…

Emmanuel Macron semble avoir fait son deuil de la relation franco-allemande après y avoir longtemps cru. Il a pris conscience que les démocrates-chrétiens de la CDU-CSU, mais aussi les sociaux-démocrates, défendent avant tout les intérêts allemands travestis en intérêts européens, comme on l’analyse désormais en France. Depuis un an et demi, le chef de l’Etat n’a cessé de recevoir des rebuffades sur quasiment tous ses projets (création d’un budget de la zone euro, d’un Parlement de la zone euro, d’une taxe sur les géants du numérique, d’une Europe de la défense, etc.). Désormais, il n’est plus question de faire semblant ou d’accoucher de compromis qui affaiblissent l’Union : si Berlin ne veut plus d’Europe ou seulement d’une Europe allemande, elle doit l’assumer. Mais Paris est déterminé à ne plus jouer les passe-plats au nom d’une Union qui n’a plus d’européen que le nom

.Jean Quatremer BRUXELLES (UE), correspondant Libération

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